Vendredi 14 février 2025. 18 heures.
Je quitte Tarbes. Les jours ont bien rallongé depuis le début de l'année et je sais que j'arriverai à Pau avant la nuit.
Peu après le passage à niveau, je bifurque à droite en quittant l'axe routier principal que j'évite systématiquement. Les trop longues lignes droites, la circulation et les deux radars m'attirent peu. Je préfère opter pour un parcours certes plus long mais ô combien plus réjouissant pour un motard. Il est devenu mon quotidien, au moins deux fois par semaine et j'aime sa variété, son revêtement changeant, ses "pièges" variant en fonction de la météo, ses alternances de virages plus ou moins serrés, ses descentes, ses montées, ses traversées de sous-bois, et la vision au loin de mes belles Pyrénées qui réchauffe mon coeur.
Cela commence par la traversée du bois du commandeur avec la montée qui suit, celle qui me faisait souffrir quand je l'attaquais avec mon petit vélo rouge dépourvu de vitesses et que je rêvais déjà de "prendre la route". Il me faut rester vigilant à l'abord du virage à gauche sans visibilité et plus étroit. Au sommet, je descends deux rapports avant d'angler la moto et entamer la descente.
Ma Honda répond au doigt et à l'oeil en enchaînant avec aisance les successions de courbes qui suivent, l'épingle arrive et je rétrograde trois rapports pour la franchir en faisant attention aux traces humides qui sont toujours présentes à cet endroit. La moto fait preuve d'une rigueur absolue dans son comportement et je franchis le dernier virage en conservant bien l'extérieur pour enquiller la petite ligne droite.
Au fond, j'aperçois la petite montée sur Pintac. J'en salive d'avance car je l'adore. J'aborde le premier virage à droite en ayant pris soin de me positionner jute avant au milieu de la route pour ouvrir mon champ de vision et passe la 5ième en soulageant la poignée de gaz; l'épingle à gauche qui suit est bosselée et je la passe le regard tourné vers l'avant sur le 3ième rapport. La fourche épouse le revêtement et l'amortisseur fait de même. L'équilibre entre les deux est parfait.
Je reste sur le troisième rapport avant d'aborder la deuxième épingle à droite plus délicate car sans visibilité. Je l'entame "large" pour augmenter mon champ de vision et je vois qu'il n'y a aucun véhicule, je conserve donc ma 3ième vitesse, accélère tout en appuyant légèrement sur la pédale de frein pour "tendre"la moto. La route est défoncée mais ma moto absorbe efficacement les cassures.
Dernier virage et entrée dans le petit village de Pintac. Je me stabilise en 6ième à 50-60 km/h. J'aime sentir le bicylindre et son bruit sourd à bas régime. Une ligne droite bosselée m'accueille je monte à 100-110km/h. J'aime sentir la moto imperturbable. Elle ne désunit aucunement avec une harmonie réjouissante entre l'avant et l'arrière.
Une nouvelle descente m'attend, étroite, sous les arbres. La faculté de la moto à garder la corde est flagrante. C'est aussi dans ce domaine que j'ai senti les progrès. La fourche épouse les moindres inégalités et cela permet cette grande précision dans le choix des trajectoires. C'est précieux pour moi car j'emprunte systématiquement des parcours sinueux où je suis régulièrement confronté à des virages qui se referment, nécessitant une improvisation, des changements d'angle impromptus.
Cela fait maintenant 130 000 kilomètres que mon amortisseur Fournalès m'a prouvé combien son amortissement très efficace me permettait de rouler plus vite en toute sécurité. J'ai dorénavant les mêmes qualités au niveau de mon train avant, toute cela au bénéfice d'un comportement routier exemplaire.
La variété du terrain se poursuit et je continue à me régaler en alternant ces successions de virages plus ou moins serrés et les dénivelés.
Après Seron, il y a une descente particulièrement "secouante" où l'équilibre de la moto se révèle totalement. La fourche absorbe tous les chocs et la moto garde son cap, imperturbable. Une mélange de confort et de rigueur du comportement qui me transporte de joie car j'aime plus que tout les motos sécurisantes.
Eslourenties, Limendous, Andoins, Serres Morlàas, la route se poursuit, un peu moins sinueuse mais avec régulièrement des inégalités de terrain. J'ai le sentiment de survoler tout cela peut-être parce que je me sens particulièrement bien aujourd'hui mais aussi, c'est indéniable, parce que ma moto a depuis 26 000 kilomètres un comportement routier en nette hausse. Ces deux cartouches ont transfiguré ma fourche très basique (elle a été améliorée avec l'adoption de la fourche inversée en 2022).

Cela fait aujourd'hui 26 000 kilomètres que je suis allé chez EMC faire installer des cartouches de fourche de la marque pour ma moto (ma moto n'était pas référencée) et je n'ai à aucun moment regretté cette décision.
MAJ au 7 février 2026: le kit cartouches totalise 53 000 kilomètres à ce jour et mes conclusions très favorables n'ont pas changé.

Il m'en aura pourtant fallu du temps et plus d'un million de kilomètres pour m'intéresser à ces deux tubes encadrant la roue avant de mes motos. Auparavant,la seule modification que j'avais apportée à la fourche de ma moto avait consisté, à plusieurs reprises, à changer l'huile d'origine par une plus épaisse afin de compenser le poids supplémentaire transportée par ma moto lors de mes voyages au long cours. On peut parler là d'une préparation mineure, voire anecdotique, vous en conviendrez !
Il aura fallu que je me mette au guidon d'une Honda CRF 300 munie d'un kit cartouches Andréani sur les hauteurs de Bayonne en 2023 pour prendre conscience des énormes progrès que cela générait.
Peu après, c'est au guidon d'une Honda Transalp 750 munie des cartouches du même fabricant italien que je pus comparer l'énorme bond en avant des qualités de la fourche.
A mon retour du Maroc l'an dernier, j'avais décidé de franchir le pas en prenant rendez-vous chez EMC. J'avais assisté à la fabrication de mes cartouches permettant dorénavant d'avoir une fourche réglable hydrauliquement en compression et en détente.
J'ai encore en souvenir le retour de l'usine EMC en parcourant dare-dare les 750 kilomètres jusqu'à chez moi. Une impression délicieuse de sécurité au niveau du train avant qui m'avait conduit à en rajouter dans les mises sur l'angle; j'avais eu le sentiment qu'un pneu bien plus performant avait été installé sur ma moto.
Et, cerise sur le gâteau, ma route avait croisé celle d'une rare Bentley ayant participé aux 24 heures du Mans en 1928. Magnifique et avec un bruit envoûtant!






Il m'a juste fallu au départ peaufiner les réglages initiaux pour arriver au résultat qui me convenait le mieux. Rien de plus simple, il suffit d'une clef allen pour mettre plus ou moins de frein en compression (sur le fourreau gauche) ou en détente (sur le fourreau droit).
C'est facile, il y a juste à compter le nombre de clics pour cela. Car ma fourche d'origine (à simple effet, sans aucun frein hydraulique) est désormais réglable hydrauliquement. J'ai pu assister à sa fabrication, et c'était très intéressant. Pierre Sambardier, le technicien m'avait montré et décrit la cartouche « détente » prévue pour le tube droit: l'huile passe par les trous dédiés, vient plier les clapets, ce qui crée une résistance mécanique. Par contre à l'enfoncement, l'huile va repasser par d'autres trous et va juste pousser ce que l'on appelle un by-pass qui est très léger et donc n'oppose aucune résistance. Sur l'autre tube, ce sera l'inverse pour une résistance en compression.
Pierre m'avait expliqué qu'EMC avait cherché à supprimer le défaut constaté sur les cartouches Andréani (dont l'entreprise a assuré l'importation et l'installation pendant 5 ans avant de décider, il y a un an, de produire ses propres cartouches), à savoir des bruits mécaniques en fin de course provoqués par des simples joints toriques faisant office de butées. Chez le fabricant français, des butées en caoutchouc évitent cela. De même, les réglages se font via un un système de clics, plus pratique pour régler la détente ou la compression que que de compter un nombre de tours (sur les cartouches Andréani). Il y a 26 clics de réglage.








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L'huile devient très importante et celle qui est choisie par EMC a une viscosité très faible (2,5 au lieu des 15 d'origine; 120 ml d'huile). Pierre m'avait expliqué que plus l'huile est épaisse, plus elle a tendance à perdre rapidement ses propriétés et à se fluidifier.
Quant au nouveaux ressorts de fourche, ils sont choisis en fonction de la moto, du poids du pilote, de l'utilisation qu'il va faire de sa monture. Le tarage d'origine est pris en compte.
Une fois la fabrication des cartouches effectuée et leur montage assuré sur ma moto, Pierre Sambardier était allé faire un essai autour de l'usine pour vérifier la justesse des réglages et il m'avait indiqué comment procéder si je souhaitais une fourche plus souple (en privilégiant d'abord la compression).

Le bilan après 26 000 kilomètres parcourus est donc excellent ( 7 février 2026: cela fait maintenant 53 000 kilomètres que je roule avec les cartouches de fourche EMC et ma satisfaction est toujours bien présente!). Je ne regrette vraiment pas les 690 euros dépensés au vu du résultat. Pour un gros rouleur comme moi et utilisateur permanent de routes souvent "remuantes", le net progrès dans les qualités de la fourche est un sacré plus. Ma moto était déjà saine (encore plus avec l'installation d'un amortisseur Fournalès), elle est désormais superbement équilibrée dans son comportement et cela me permet de rouler à très bon rythme en toute sérénité.
J'ai en outre la satisfaction d'avoir fait appel pour mon amortisseur et maintenant pour ma fourche à des entreprises françaises qui ont un savoir faire indéniable et proposent des produits de grande qualité.
J'avais d'ailleurs été impressionné lors de ma visite des locaux d'EMC pendant les quelques heures nécessaires à la fabrication de mes cartouches. Vastes, bien rangés, d'une propreté clinique. François Speck, le patron, m'avait très bien accueilli et j'avais senti chez lui une volonté d'autonomie; EMC fabrique tout, à l'exception des ressorts et des butées en caoutchouc, dans le but de ne pas dépendre des sous-traitants pour des raisons d'efficacité, de réactivité et de qualité des produits. EMC possède quatre machines modernes à commande numérique qui fabriquent les différentes pièces composant les produits proposés par l'entreprise (rotules, têtes d'amortisseurs, pièce permettant de calibrer le passage d'huile, etc...).
EMC a acquis une belle renommée dans le domaine des amortisseurs. Nul doute qu'elle va se poursuivre avec les kits cartouches pour les fourches.




Cet article a été publié dans la revue Trail Adventure n°24 et peut être commandée ici: