Sortie de mon premier roman : L’araignée et les volets de bois

Voyage dans le temps: le petit mono au Maroc - Le projet

 

 

Juillet 2017. Je suis venu assister aux courses du Promosport et surtout à celles de mon poulain. Bruno, son père, m'annonce qu'il envisage, l'année suivante, d'acheter une vieille 125 et d'aller au Maroc avec Dom, le mécano d'Alex. "Cela te dirait de venir avec nous?" Et comment! Mais, ce n'est pas possible, car un voyage en famille de 15 semaines jusqu'en Iran est prévu en 2018. Je décline donc son invitation.

 

Fin mars 2018. A quelques semaines du départ, nous sommes contraints, la mort dans l'âme, d'annuler ce voyage préparé depuis trois ans. Nous rebondissons avec une virée moins longue et moins lointaine en Ecosse. C'est à partir de ce moment-là que l'idée a germé dans mon esprit. Puisque je serai disponible, pourquoi ne pas me joindre à Bruno et Dom?  Oui, mais avec quelle moto? La réponse me parait soudain évidente. C'est avec mon CG que je dois l'accomplir, 36 années après.

Je téléphone à Richard à qui j'avais donné ma 125 il y a 23 ans. "Richard, accepterais-tu de me prêter ta moto pour que j'aille lui faire visiter une nouvelle fois le territoire marocain?". C'est d'accord, il n'y a plus qu'à aller chercher le petit mono qui est resté en Charente Maritime. J'effectue un aller-retour dans la journée et ramène la petite Honda sur une remorque. Elle est recouverte de poussière, piquée superficiellement par des points de rouille mais j'ai confiance.

Arrivé à la maison, je la lave et la rend plus présentable avec de la paille de fer. Je suis ému de la retrouver, ma première moto, celle qui m'a mis le pied à l'étrier, qui m'a fait découvrir le bonheur des voyages lointains. 

 

Sébastien, mon voisin, vient me proposer son aide pour la remise en route. Proposition bienvenue car je dois reconnaître que je suis loin d'être un as de la mécanique. Nous entamons donc le travail, assez réduit en définitive. Etriers de freins à dégripper, vidange du moteur, changement de la bougie, démontage du carburateur qui est resté très propre. Un peu d'essence dans le réservoir et le monocylindre fait très vite entendre son doux pom-pom caractéristique. Je suis heureux.

Petit bémol, Bruno m'annonce que ni lui, ni Dom ne pourront effectuer ce voyage. Mince! J'ai trop envie de partir, je téléphone à Jean-Roland pour lui proposer de m'accompagner avec sa Yamaha SR 125 qu'il a conservée. Il accepte!

Mardi 9 octobre 2018. Je m'installe au guidon. Manette du starter soulevée sur le carbu, un coup de kick et le moteur se réveille. J'actionne le levier d'embrayage; qu'il est dur! Il va falloir sérieusement s'en occuper si je ne veux pas attraper une tendinite. C'est parti. J'avais oublié à quel point elle était menue, cette moto; j'ajuste ma position pour me sentir bien dessus. Dans la ligne droite, des voitures me doublent. Le compteur ne marche pas. Il faut dire que Richard a légèrement modifié la Honda. Devant, il a installé une fourche avec double frein à disque! Et pas n'importe quelle fourche; c'est celle qui équipait le cyclo de course qu'il avait confectionné il y a bien longtemps pour participer au championnat de France de la catégorie. Avec deux titres à la clef en 1988 et 1989. Il a également mis les roues de son cyclo, avec les roues Comstar. Au final, cela donne une allure très sympathique au petit mono. Le bémol, c'est que je me retrouve avec un rayon de braquage digne d'une Ducati! En outre, avec la petite couronne installée à l'arrière, la moto tire très long. Mais ce ne sont que des détails. Pour l'instant, je suis juste heureux de rouler via les petites routes sinueuses au doux son du monocylindre. Sur les revêtements bosselés, ça remue pas mal; on est loin du confort de ma Transalp. Je commence à  réaliser que le voyage jusqu'au Maroc ne va pas être triste!

 

Après deux heures de route, j'arrive à ma concession préférée à Tarbes. Je suis venu chercher quelques pièces pour préparer le voyage.

 

 

Philippe me propose de monter au grenier. Là-haut, je suis accueilli par des morceaux de motos de toute provenance. Les fourches côtoient les réservoirs, les morceaux de carénage sont empilés, des réservoirs sont accrochés au mur, des épaves sont alignées les unes contre les autres. Dans la pénombre, Philippe repère un CG 125 de 1998;  il a un porte-bagages .... et des clignotants. Super, c'est ce que je cherchais! L'après-midi  se déroule comme dans un rêve, je me suis installé dans l'atelier et Philippe, le mécano, vient régulièrement m'apporter son aide bienvenue et nécessaire. Il intervient sur le phare qui ne fonctionne pas à l'intérieur duquel se mélangent les fils électriques, il me conseille quand il me voit peiner. Peu à peu, ça avance et je repars joyeux à 19 heures de la concession. J'ai eu l'impression pendant ces cinq heures d'être rentré un peu dans mon futur voyage. J'ai ressenti du soutien et cela fait du bien.    

 

  

 

 

Dimanche 14 octobre 2018. J'ai pu tester l'étanchéité du CG! 120 bornes sous une pluie persistante avec un moteur qui n'a pas bronché. Sur la route jusqu'à la maison de Richard avec des nombreux dénivelés, j'ai pu de nouveau constater que la démultiplication n'était pas au top, c'est le moins que l'on puisse dire, alors que le petit mono avait justement une démultiplication excellente permettant de conserver la 5ième dans les faux plats ou avec le vent de face, même en duo. C'était, je m'en souviens très bien, une de ses grandes qualités. Là, je dois régulièrement passer la quatrième et la troisième pour éviter que le régime moteur ne s'écroule. Il est vrai que la moto est passée d'un 14 X 34 à un 15 X 30, et d'une roue arrière de 17 à 18 pouces. Je retrouve les réflexes de la 125 avec une anticipation de tous les instants pour ne pas perdre de la vitesse. C'est qu'il n'y avait que 11 chevaux déclarés sur le certificat d'homologation de la moto et depuis, les années ont passé et le kilométrage aussi. Je l'estime à 130 000 km, ce qui veut dire que le moteur a sûrement perdu quelques chevaux en route! J'arrive chez Richard juste avant que le déluge ne s'installe. Ouf!

Le fouillis dans le phare est remis en ordre; il y aura encore quelques aménagements à apporter mais ça avance doucement. Dans moins d'un mois, si tout va bien, le petit mono sera sur le bateau entre Barcelone et Tanger....

 

 

Mardi 30 octobre 2018. Le cœur bat plus fort, j'ai parfois du mal à m'endormir avec le cerveau qui balaye toutes les difficultés à venir dans la préparation du voyage; rien d'autre qu'une situation normale. J'ai toujours cette période un peu particulière qui précède le départ. La tête s'affole parfois car elle imagine tout ce qu'il reste à faire et tous les obstacles à franchir. A la limite, je dirais que c'est bon signe!

L'embarquement à Barcelone est maintenant connu. Ce sera le 12 novembre à 10 heures. Cela veut dire que nous aurons 450 kilomètres à parcourir la veille au guidon de nos grosses mobylettes. Je pressens une première étape à l'énergie. Je croise les doigts pour que le mauvais temps nous épargne et nous permette de franchir les Pyrénées tranquillement. Il faut dire que, depuis deux jours, les températures ont chuté et l'on est passé de l'été à l'hiver sans transition.

Le petit mono est retourné chez Richard pour une inspection plus approfondie de l'installation électrique actuellement bien trop fantaisiste pour pouvoir partir sereinement. Oui, j'en suis maintenant certain, ce voyage sera placé sous le signe de l'incertitude....

                        

31 octobre 2018. J'ai vraiment le sentiment d'être dans la dernière ligne droite. Après une nuit écourtée par un sommeil aux abonnés absents et une matinée au travail, j'enfourche ma fidèle Transalp et parcours les soixante kilomètres  qui me séparent de Richard. Le petit mono m'attend avec le phare ouvert. Il y a eu du ménage de fait à l'intérieur. Seul problème, la centrale clignotante récupérée chez mon concessionnaire ne fonctionne pas. Je laisse les vis platinées et le condensateur, la mousse de filtre à air et le pignon de 13 dents que j'ai récupérés hier et m'en vais chez Top Moto. Quarante kilomètres plus tard, je fais une nouvelle visite du grenier au milieu des épaves et trouve en compagnie de Bruno présent sur place une nouvelle centrale clignotante. Une demi-heure plus tard, je suis de nouveau chez Richard. Le phare est refermé, le pignon installé. Mon ami me détaille les petites modifications apportées pour fiabiliser la moto. Le porte-bagages ne bouge plus, un filetage défaillant a retrouvé un état plus présentable. Comme toujours, cela a un effet apaisant sur moi; avec lui, tout parait simple. Demain, je pars pour la Dordogne; on se donne rendez-vous dimanche, lors de mon retour. Je laisserai ma Transalp chez lui et récupèrerai le petit mono. Il sera temps. Sept jours plus tard, ce sera le départ tant espéré! 

 

 

 

Dimanche 4 novembre. De retour de Dordogne avec ma Transalp, je m'arrête à Ladevèze. Le petit mono m'attend. Richard a peaufiné certains détails. Je rentre à la maison sous un magnifique soleil couchant. Avec le pignon de 13 dents, je retrouve un moteur alerte qui ne s'essouffle pas à la moindre déclivité; c'est beaucoup plus confortable à conduire. J'ai retrouvé le plaisir de sentir le moteur reprendre sur le couple à bas régime dans le doux bruit du monocylindre. Par contre, il se confirme que la phare n'est qu'un modeste lumignon et il va falloir trouver une solution pour être vu par les usagers de la route. Heureusement que Jean-Roland, avec son super phare de Diversion 600 installé sur sa Yamaha pourra m'apporter la lumière qu'il me manque! A l'arrivée, le clignotant gauche pendouille, il va falloir renforcer la fixation....

Lundi 5 novembre. Je viens de trouver un phare pour VTT chez Décathlon avec batterie intégrée. Enfin, je vais pouvoir sortir de l'obscurité! J'ai installé la sacoche de réservoir de la Transalp et les sacoches de la VTR 250 sur le petit mono. Il y a encore une foule de détails à régler, un rétroviseur à trouver par exemple; ça sent bon le départ prochain. Plus que six jours à attendre.... 

 

Jeudi 8 novembre 2018. Mon dos donnant des signes qui ne me plaisent pas beaucoup, une carte verte qui a décidé de bouder la boîte à lettres nécessitant un aller-retour dans l'urgence à Bayonne pour la récupérer, la pluie qui semble s'inviter bref, tous les ingrédients pour faire monter la pression à deux jours du départ. Pour oublier tout ça, montage de mes bons vieux manchons, ajustement des sacoches et test du phare de VTT. Vivement la libération du départ!

 

 

 

 

 

 Vendredi, veille du départ. La tension monte. La carte verte de Jean-Roland n'est toujours pas arrivée et nous n'avons pas envie de jouer avec les douaniers marocains. Je pose ma demi-journée et file au guidon de la VTR la récupérer à Bayonne. 130 km/h à 8500 tours/minute, les 110 kilomètres sont parcourus rapidement. Je récupère le précieux sésame et apprend par l'occasion que j'aurais pu aller à la permanence de Pau dont j'ignorais l'existence! Demi-tour pour me rendre à Tarbes. Juste avant l'arrivée , j'ai soudain envie d'ouvrir les gaz en grand. La température a baissé et je sens le V-twin qui respire bien sous le réservoir. Je me retrouve à 155 km/h alors que la moto s'engage dans la descente de Ger; le moteur prend ses tours jusqu'à la limite de la zone rouge. L'aiguille du compteur indique 170! C'est ensuite le retour sur Pau, j'aurai effectué 300 kilomètres aujourd'hui, une bonne mise en jambes avant le départ demain.