Balade en famille autour de la mer noire (version en différé par Christian)

 



Cette journée de travail du 7 mai 2013 ne ressemble pas aux autres. Il suffit que je regarde par la fenêtre de mon bureau pour m’en rendre compte. Notre side-car rouge, chargé, avec son pneu de rechange me rappelle, si besoin est, que, dans quelques heures, l’impulsion du pouce sur le bouton de démarreur aura un goût particulier.

 

 

 



Effectivement, c’est avec une certaine fébrilité que j’enfourche la moto à 16H30. J’ai alors un peu plus de 200 kilomètres qui m’attendent.

Encore plus que d’habitude, je parcours les premiers kilomètres lentement, un peu tendu. Devant moi, le ruban autoroutier, mais surtout quinze semaines de liberté.

Pour l’instant, je reste vigilant, à l’écoute des réactions de l’attelage que je n’ai encore jamais piloté avec un tel chargement. Et, effectivement, je sens comme une certaine imprécision dans le comportement.

Peu avant Toulouse, je bifurque et retrouve avec plaisir une petite route sinueuse. Des montées, des descentes, des virages, plus ou moins serrés, des beaux champs, des prairies verdoyantes, quelques villages : je me sens mieux dans cet environnement plus humain.

En outre, un side-car, c’est comme une moto, c’est nettement plus plaisant à piloter quand ça tourne.
Je commence alors à mieux sentir les réactions de l’attelage, mon voyage débute vraiment, j’ai des envies d’ailleurs, de nouveaux pays, de rencontres.

Pas mécontent toutefois de cette première courte étape, car je réalise que notre « camion » ne se laisse pas mener comme une vulgaire moto à deux roues ! L’engin réclame de la douceur, du doigté. Je suis heureux du choix que nous avons fait avec Marie de me laisser parcourir seul les 1400 kilomètres jusqu’à Venise pendant qu’elle survole d’un coup d’avion les Alpes avec Manon.
Jean Roland et sa fidèle Honda Deauville arrivent peu après dans l’hôtel de Villefranche de Lauragais.



8 mai. Tension omniprésente sur les 150 premiers kilomètres ; regard fixé sur le ruban autoroutier, corps qui se tend à chaque mouvement intempestif du side, et il y en a beaucoup ! Appels d’air des camions, roue avant « tête chercheuse » avec les inégalités longitudinales, l’ambiance à bord n’est pas à la sérénité….

Puis, un certain relâchement s’est naturellement mis en place. Je commence à regarder le paysage, à sortir mon regard de la seule autoroute. J’hésite un peu moins pour doubler, et la vitesse de croisière augmente.

9 mai. Journée intense. Un side-car, c’est quand même beaucoup plus physique à conduire qu’une moto, surtout quand l’amortisseur de la moto donne des signes de faiblesse. Hé, oui ! J’ai osé partir avec un élément fatigué. En fait, pendant tous les préparatifs, j’ai occulté ce bout de ferraille, bien planqué derrière le cache latéral droit. Il faut dire qu’il n’avait manifesté aucun signe avant coureur, mais je n’avais pas non plus roulé chargé. Et ça change tout. Il s’écrase beaucoup et crée un déséquilibre. Les grandes et nombreuses courbes de l’autoroute italienne ont mis en avant le problème.
L’attelage manque de précision (pour rester mesuré !) et c’est assez peu rassurant au milieu des nombreux camions et voitures.



Pendant ces 600 kilomètres, j’ai le temps de réfléchir et j’envisage une opération « alerte rouge » auprès de Fournales.
 
L’arrivée à Padoue est accueillie avec soulagement, car je me sens un peu fatigué physiquement et nerveusement.

C’est avec joie que la petite famille est reconstituée et Jean Roland retrouve également Dédette, sa passagère préférée.

Le 10, je pars avec JR dans la banlieue à la recherche de l’entrepôt où doit normalement se trouver la Honda 250 VTR de Marie arrivée il y a plusieurs jours en camion. Tout se déroule sans anicroche et après avoir déballé la belle moto rouge, je me délecte à son guidon  en la ramenant à l’hôtel. Marie va se régaler !



Sur le port de Venise qui nous accueille, il y a pas mal de motos qui attendent, la Grèce étant une destination courue. Je sens les regards portés sur l’attelage et je commence à comprendre qu’il va falloir composer avec tout au long du voyage. Pour voyager discret, il y a mieux qu’une Honda Paneuropéan rouge et son side-car avec une petite blonde de cinq ans à l’intérieur !

L’attente qui se prolonge est l’occasion de faire connaissance avec deux sympathiques motardes allemandes.
Enfin, c’est le moment de l’embarquement, mélange d’émotion et de tension ; d’un côté, on sait que l’on va quitter terre mais il faut d’abord composer avec tous les véhicules qui s’engouffrent dans l’énorme cale du bateau, les bruits métalliques, les odeurs, la cohue. J’aime cette ambiance annonciatrice du largage prochain des amarres.

Et le départ du ferry qui longe doucement la belle Venise est un moment émouvant.











Traversée sur une mer calme, transition entre cette longue étape autoroutière et le voyage qui va se mettre en marche à l’arrivée sur le sol grec.

Ces 24 heures de traversée nous offrent un moment magique. Dans la grande salle commune, un homme entouré par un groupe de jeunes sort sa cornemuse ; accompagné par des tambourins rythmant la musique il entame un air obsédant, qui semble vouloir se répéter à l’infini pendant que de jeunes filles dansent et chantent.