Sortie de mon premier roman : L’araignée et les volets de bois

Traversée des Pyrénées: sur les traces de la petite reine

 La montagne est un lieu propice aux itinéraires séduisants pour nos motos et le choix de relier l'océan atlantique à la mer méditerranée s'est vite imposé pour une petite virée de quatre jours. Avec comme fil conducteur les autres deux roues, ceux qui carburent à l'énergie musculaire.

 

 

 

 

 

 

 

17 juillet 2024. Nous faisons une petite halte sur le port de Saint Jean de Luz. Le soleil matinal est de la partie et c'est le coeur léger à l'idée de franchir de nombreux cols pyrénéens que nous entamons notre petite virée montagnarde.

 

 

Il nous faut d'abord nous éloigner de la concentration humaine mais Jean-Luc a de la ressource et après être passé devant le départ du train à crémaillère qui emmène les passagers au sommet de la Rhune, nous pénétrons dans un pays basque où la nature reprend ses droits. La route se fait étroite, dans les traversées de sous-bois l'herbe s'invite parfois sur le goudron, les moutons et les chevaux assistent au passage des deux motos en mode découverte. De toute façon, sur cette route ressemblant aux single track roads écossaises (à double sens mais avec une seule voie de circulation), la prudence est de mise.

 

 

 

 

 

 

 

 

Plus tard, après avoir passé le col d'Ispeguy situé sur le frontière franco-espagnole, nous pénétrons dans la petite ville de Saint Jean Pied de Port. Une halte s'impose dans cette cité médiévale au charme certain.

 

 

 

 

 

 

 

Mais l'envie de rouler est la plus forte et nous accompagnons les marcheurs sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle pendant quelques kilomètres avant de nous retrouver au milieu d'immenses étendues herbeuses où les chevaux et moutons vaquent en liberté.

 

 

 

 

Au loin, nous apercevons la tour romaine d'Urkulu érigée il y a plus de 2000 ans. L'endroit est très peu fréquenté malgré la saison estivale. Même en plein mois de juillet, il y a de multiples possibilités d'itinéraires tranquilles; il suffit pour cela de s'éloigner des sites touristiques. Nous rejoignons ainsi un tronçon désert, le col d'Orgambidesca. La descente sur Larrau se fait sur un rythme plus soutenu tant la topographie des lieux invite à se lâcher un peu. Le plaisir de la moto passe aussi par ces moments jouissifs de pilotage.

 

 

 

Après avoir traversé le très beau village de Larrau, c'est un moment de grâce qui nous attend sur le tronçon vers la Pierre Saint Martin. Les motos virevoltent dans un cadre magnifique et les deux amis en prennent plein les yeux. La faim nous tenaille et c'est compréhensible alors que la journée s'étire. Nous nous arrêtons à la sortie de Sainte Engrace dans le seul restaurant du village. Quand, à la question « Auriez-vous un petit quelque chose à manger pour deux motards affamés ? », on vous propose avec le sourire, alors qu'il est 16 heures, une omelette aux girolles, du jambon braisé et une salade, on comprend que l'on est au bon endroit. Une adresse à retenir, l'auberge Berriex !

 

 

 

Rassasiés, nous poursuivons notre périple sur des routes étonnamment (et agréablement) désertes jusqu'au col de Marie Blanque, après un bref passage à Arette où un très important séisme a eu lieu en 1967. La majorité des maisons du village avait été détruite ou endommagée.

 

 

 

 

 

 

 

 Allez, encore un col, pas le moins célèbre puisqu'il s'agit de l'Aubisque, pour terminer la première journée. C'est un peu plus fréquenté mais l'heure tardive nous permet d'éviter les hordes de vacanciers et nous autorise un rythme soutenu. Les cyclistes sont de plus en plus présents dans cette région très régulièrement empruntée par les coureurs du Tour de France.

 

 

 

 

 

Pascal et Eloi font partie de ces passionnés de la petite reine et c’est avec l’équipement de camping sur leurs magnifiques vélos en titane qu’ils franchissent les cols des Pyrénées. Leur joie manifeste me donnerait presque envie de tenter un jour l'expérience du voyage à vélo…

 

 

Nous avions prévu de dormir dans les environs de Bagnères de Luchon mais les tours et détours effectués ont ralenti notre progression. Un coup de téléphone à Sophie, propriétaire de l'escale du Cardouets nous rassure. Ce soir, nous dormirons dans une yourte aux abords du très beau village de Germs sur l'Oussouet dont le simple nom donne envie d'y faire une halte. Et nous ne sommes pas déçus de ce changement de programme bien au contraire tant ce lieu que j'ai déjà eu l'occasion de fréquenter se révèle accueillant. Entre la chaleur humaine de Sophie et la beauté de l'environnement, difficile de ne pas être séduit !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le col du Tourmalet pour se mettre en appétit de bon matin, il y a pire comme programme ! Nous doublons ou croisons de plus en plus de cyclistes qui affrontent avec courage les durs dénivelés de ce col mythique. Certains transportent en outre leur matériel; or, à vélo, le moindre kilogramme supplémentaire compte et, en ma qualité de cycliste, je tire mon chapeau à celles (de plus en plus nombreuses) et ceux qui affrontent ces sommets sous les assauts du soleil estival.

 

 

 

 

A Sainte Marie de Campan, un arrêt s'impose devant une plaque commémorative relatant une histoire rentrée dans la légende du Tour de France. Cela se passe en 1913 et, lors de l'étape Bayonne-Bagnères de Luchon (étape de 326 kilomètres!), Eugène Christophe a entamé la descente du col du Tourmalet lorsqu'il casse sa fourche. Pas moyen de la réparer sur place ni de récupérer un autre vélo. À l'époque, les assistances n'existent pas. Mais le coureur n'abdique pas. Il décide de marcher 15 kilomètres pour aller chez un forgeron de Sainte-Marie-de-Campan. Et c'est lui-même qui répare son engin, le règlement interdisant alors toute aide. Il repart quatre heures plus tard pour terminer l'étape. Vous avez dit motivation ?

 

 

 

A quelques kilomètres de là, n'hésitez pas à faire une halte à Campan, charmant village où vous pourrez être surpris par un panneau indiquant « rue du pont des cagots ». Sachez que ce terme désignait, à partir du Moyen-Age, des personnes considérées comme des parias. Elles vivaient éloignées des autres habitants sur l’autre rive de l’Adour et faisaient l’objet de nombreuses restrictions. C’est ainsi qu’il leur était interdit de posséder du bétail ou de travailler la terre. Dans certaines villes, elles devaient porter sur leurs vêtements une marque rouge en forme de patte de canard ou d’oie. Leur rejet a duré huit siècles. Dans le sud-ouest, nous avons eu aussi nos intouchables...

 

 

 

Mounaques de Campan

 

Nous poursuivons notre parcours.

 

 

A Payolle, nous n’entamons pas la montée du col d’Aspin trop fréquenté à cette époque de l’année. Nous bifurquons vers la Hourquette d’Ancizan qui a ma préférence.

Après un passage en forêt, nous découvrons des vastes pâturages dans un cadre grandiose. La présence de nombreux animaux en estives participe au charme de l’endroit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une fois redescendus à Guchen, nous rejoignons Saint Lary pour nous attaquer à un autre col délaissé des Hautes Pyrénées, celui d’Azet. La route se révèle étroite, sinueuse, un régal pour nos deux trails !

La descente est à l’avenant avec le lac de Loudenvielle en contrebas et les tâches de couleur dans le ciel azur provoquées par les vols en parapente dans ce cadre grandiose.

 

 

Un nouveau col, très connu, nous attend, celui de Peyresourde où une borne nous rappelle l’existence de l’ancienne RN 618 (classée dans les années 30) qui reliait Saint Jean de Luz à Argelès sur Mer, dénommée à juste titre la route des Pyrénées.

 

 

 

 

Pas le temps de souffler, voilà le col de Menté à franchir, avec ses innombrables épingles à cheveux toujours délicates à négocier au mieux. Rien de tel pour parfaire son niveau de pilotage!

 

Plus loin, une stèle rend hommage au coureur cycliste Fabio Casartelli tué dans sa chute lors d’une étape du Tour de France dans la descente du col de Portet d’Aspet. Il est vrai que je les sens bien fragiles, ces cyclistes qui dévalent les pentes sans équipements de protection. En les observant, j’ai presque le sentiment de ne pas être si vulnérable au guidon de ma moto, muni de mon casque, avec les multiples renforts installés sur mon pantalon et ma veste et mon gilet air-bag. Relativité des choses…

 

 

 

 

Nous entrons dans le département de l’Ariège alors que la journée tire à sa fin. Cela tombe bien, je connais des chambres d’hôtes que j’avais découvertes il y a trois ans ( L’échappée belle). Situées dans un cadre isolé, elles tombent à point nommé pour permettre une pause salutaire après cette journée intensive sur les routes.

Pourtant, les nombreuses heures de roulage se sont écoulées rapidement, sans vraiment que l’on en est conscience. L’esprit a tellement été sollicité que le temps a pris une autre dimension, celle où le plaisir a pris le dessus sur toute le reste. Strictement rien à voir avec l’ennui mortel ressenti lors d’une étape autoroutière. La fatigue ne se manifeste pas malgré l’énergie déployée pour franchir les multiples cols et les virages à n’en plus finir. La montagne à moto est une véritable source de bonheur, c’est certain !

La traverser, c’est se sentir pleinement à l’écoute de son environnement. La vision des agriculteurs rentrant le foin, les passages au ralenti pour ne pas effrayer les chevaux et vaches vaquant librement dans les estives, le spectacle de ces deux pêcheurs dans la rivière concentrés, à la recherche d’une belle prise, l’arrêt sur le marché animé d’Argelès-Gazost, l’émerveillement permanent devant les beautés naturelles qui s’offrent au regard au détour d’un virage. Tous les sens sont sollicités et c’est la plupart du temps visière ouverte que je roule pour m’imprégner pleinement du spectacle environnant. Sans oublier ces moments où, sans prévenir, l’envie de prendre un peu plus d’angle se manifeste et où l’on fait intimement corps avec sa machine pour profiter d’un épisode plus « dynamique ».

 

 

 

 

C’est en compagnie d’un nouvel ami, Bruno, que je poursuis ma petite virée vers la mer méditerranée.

 

 

Toujours avec une Africa Twin, mais beaucoup plus vieille puisque c’est une des premières 750. Un petit crachin matinal puis une rentrée dans les nuages nous empêchent de pleinement profiter des trois premiers cols mais le soleil finit par s’imposer sur la très calme route des crêtes à la sortie de Tarascon sur Ariège puis sur la montée du col de Pailhères. Le temps nous manque mais les sollicitations pour des haltes régulières ne manquent pas (la superbe grotte de Niaux renfermant un très riche art pariétal, le château de Foix dominant la ville du haut de son rocher, Trimouns, la plus grande carrière de talc au monde près de laquelle nous passons....). Ce beau et attachant département mérite à lui seul un séjour tant il regorge de sites intéressants.

 

 

 

 

Pour notre part, nous basculons dans le département de l’Aude après une descente du col de Pailhères où nous avons pu peaufiner nos trajectoires dans les innombrables épingles à cheveux.

 

 

 

 

 

 

 

Carcanières, Garabell et Jau, c’est par une route étroite et bosselée que nous changeons de département en franchissant ces cols méconnus. Une nouvelle preuve qu’il est aisé de trouver des tronçons déserts même pendant la période estivale sur la chaîne des Pyrénées. L'Aude nous accueille, moins verte. La chaleur monte d'un cran et nous nous éloignons progressivement des hauts sommets.

 

 

La mer est proche ... et malheureusement avec elle la concentration humaine en cette période estivale.

Nous rejoignons malgré tout Collioure pour nous y restaurer de quelques tapas bienvenues et tenter de faire baisser la température sur nos corps surchauffés. Mais la si belle cité prisée des peintres perd de son charme lorsqu'elle est envahie par des hordes de vacanciers et nous l'abandonnons sans aucun regret afin de trouver un endroit plus calme pour passer la nuit à l'intérieur des terres.

 

 

 

Cette courte virée m’a conforté dans l’idée que le plaisir à moto est à la portée de tout motard disposant de peu de temps sans avoir à quitter notre beau pays (même si je suis un fervent amateur de voyages plus lointains...). La montagne est un terrain idéal pour cela et, preuve de son degré de séduction, après avoir quitté Bruno, c'est de nouveau par les cols déjà franchis à l'aller que j'ai rejoint ma ville de Pau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

51 cols au total; jusqu'à plus soif !

 

 

 

 

 

 

 

Cet article a été publié dans la revue Voyages à moto n° 24  qui peut être commandée à l'adresse suivante: 

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