Douceur d'une nuit d'hiver

Jeudi 8 janvier 2009,vingt trois heures.

Température extérieure: moins cinq degrés.

La moto m’attend sagement sur sa béquille.


La selle givrée annonce la couleur; ce n’est pas aujourd’hui que je vais attraper un coup de chaud.


Le V-twin se réveille au premier coup de démarreur. Je le laisse chauffer tranquillement en regardant la fumée à la sortie des pots qui se dissipe dans la nuit étoilée.


Quarante cinq petits kilomètres m’attendent pour rentrer chez moi après cette chaleureuse soirée musicale.
L’accordéon diatonique est dans son sac, attaché sur la selle.


Les premiers tours de roues sont hésitants. Je suis à l’affût de la moindre plaque de verglas et j’ai l’impression que mes pneus sont en bois.
Après quelques kilomètres, je quitte les faubourgs de la ville et ses lampadaires. La nuit m’enveloppe et je sens déjà le froid s’insinuer doucement.
La route est déserte et j’attaque une montée pour atteindre le plateau de Ger. Je réalise soudain que le goudron devient plus foncé,mon rythme cardiaque s’accélère, je diminue les gaz sur ce tronçon de route gagné par l’humidité de la forêt voisine. Je n’ose ni freiner, ni accélérer, encore moins pencher ma moto.


Enfin, le plateau et une route sèche. Je respire un peu mieux. Je devine la lune juste au dessus de mon casque qui m’envoie une douce lueur; elle éclaire la campagne environnante recouverte de neige et lui donne un aspect paisible et bienveillant .
Je chantonne la scottish du camion que nous avons jouée, tout à l’heure. Elle réchauffe mon corps, me fait oublier l’engourdissement de mes doigts. Pour m’encourager, je me remémore la traversée de l’Autriche de nuit, par moins vingt degrés, il y a bientôt vingt-sept ans.


Plus tard, je quitte le plateau. Les lumières du village, en contrebas, me promettent chaleur et réconfort, mais j’ai encore vingt kilomètres qui m’attendent.


L’index droit devient douloureux. Cela faisait longtemps que je n’avais pas attrapé l’onglet.


Enfin, la ville approche; je ralentis, la buée envahit la visière.


Je l’ouvre; mon front est saisi par un froid de glace.


Une courte ligne droite bien sèche m’invite à me lâcher; je tire les rapports, le moteur chante de plaisir pour accompagner la scottish qui ne m’a pas quitté.


Plus que deux kilomètres. Je redouble d’attention sur la route bosselée bordée de platanes où je distingue quelques plaques de verglas.
J’actionne le clignotant; gagné lui aussi par le froid, il se déclenche tardivement alors que je suis déjà dans l’impasse de notre maison.


Point mort. J’écoute quelques secondes mon V-twin et tourne la clef de contact. Le quartier est silencieux.
Je soulève la porte du garage qui grince doucement, pousse la moto à l’intérieur.


Je sors et lève les yeux au ciel pour dire bonne nuit à la lune.


Le froid était un doux compagnon, ce soir.