Une virée à l'assemblée générale du Voxan Club de France

Les soupapes frétillaient d’impatience alors que le moteur n’était pas encore en marche . Je voulais leur faire la surprise, moi, Miss Varadéro, mais le couvercle de la culasse avant n’avait pas pu résister quand il s’était aperçu que Christian procédait à mon chargement.

" Je crois que l’on va partir faire une bonne virée " leur avait-il glissé.

L'usine Voxan à Issoire




D’ailleurs, les deux pistons s’étaient trahi en commençant leur descente et montée dans les cylindres quelques secondes avant que le démarreur soit enclenché !

J’étais heureuse de prendre la route, d’autant que Christian avait choisi un itinéraire adapté à ma puissance limitée. Les lignes droites avaient droit de cité, mais uniquement sur des courtes distances. Filtre à air et bougies changés avant le départ, je respirais bien dans les premières montées du nord de Pau et je sentais mon pilote tout sourire sous son casque lorsqu’il enchaînait les virages à un bon rythme.

Les premières gouttes à la tombée de la nuit eurent l’effet d’une douche froide, c’est le cas de le dire ! Mais, ce furent surtout les éclairs de plus en plus nombreux qui réfrénèrent mon enthousiasme. Je n’avais pas envie de terminer ma carrière de moto au long cours foudroyée sur une route gersoise. J’aurais du me méfier; à force de scruter le ciel avec mon phare, je n’ai pas vu bondir le chevreuil juste après qu’un éclair m’ait éblouie. La pauvre bête dérapait désespérément sur le goudron et mon pilote frôla la bestiole et l’accident. Inutile de vous dire qu’après, il n’était pas au mieux de sa forme, le bougre. Quel émotif, ce Christian !

Nuit gersoise

Une nuit pour récupérer de nos émotions chez sa frangine et mon pilote m’emmena de nouveau sur les belles routes du Tarn et Garonne et du Lot.

Village de Lauzerte

Village de Lauzerte

Je le surpris à se prendre pour Valentino Rossi quand un " gros " V-twin nous rattrapa juste avant dix kilomètres de partie sinueuse. Lui si calme d’habitude, se mit dans l’idée de retarder ses freinages, de pencher plus fort ( ce qui, soit dit en passant, n’est pas trop difficile !) et il eut un petit sourire de satisfaction quand l’Africa Twin ne nous dépassa qu’une fois arrivés dans la ligne droite. Quel gamin !

Alentours de Souillac

Nous continuâmes notre voyage au petit rythme d’une 125 , toute bi-cylindre qu’elle soit, c’est à dire 90-100, ce qui correspond quand même à 9000-10 000 tr/mn. Je vous assure que les soupapes , pistons et compagnie ne chômaient pas derrière les carters !

De temps en temps, Christian ne résistait pas et dépassait quelques voitures, couché sur le réservoir, pour grapiller quelques précieux kilomètres/heure et tutoyer la zone rouge. Il souriait sous son casque; je crois qu’il replongeait avec délectation dans sa jeunesse, quand il procédait de même avec son petit mono.

Le brouillard et la pluie qui s’installèrent sur le plateau des Millevaches ne parvinrent pas à lui enlever sa bonne humeur et je l’entendais chantonner sous son casque.

Il continua sa quête des routes les moins fréquentées de France, ce qui occasionna quelques détours, ma foi très agréables, avec des traversées de villages magnifiques, loin des banlieues hideuses des villes.

Enfin, cerise sur le gâteau, l’entrée dans le Morvan fut un régal, avec un revêtement accrocheur, des forêts sauvages qui incitèrent mon pilote à augmenter le rythme. Après tant de kilomètres, je constatais, non sans une certaine fierté que j’étais une moto confortable, vu la forme olympique affichée par un Christian peu éprouvé.

Région du Morvan

A notre arrivée à Saint Agnan, ce fut un tourbillon d’émotions qui nous envahit tous les deux. Des Voxan en veux tu en voilà, toutes plus belles les unes que les autres, et aucune pour se moquer de moi, pauvre petite 125, de nationalité étrangère de surcroît.

Je voyais Christian, qui allait d’une moto à l’autre , les yeux brillants. Je constatai qu’il s’attardait tout particulièrement près des Scrambler, une sorte de grosse Varadéro, mais avec un plus petit réservoir !

Samedi, j’eus droit à une virée dans la région derrière une Street Scrambler jaune et une BMW 650 GS. Elles ont été sympas, les deux copines en ouvrant peu la poignée des gaz mais, malgré tout, il a fallu que j’affole un peu les soupapes dans certaines montées pour ne pas me faire larguer.

Ballade dans le Morvan



Ballade dans le Morvan

Ballade dans le Morvan

Christian était euphorique, plus que d’habitude. Je lui en demandai la raison.
" Je l’ai vue " m’annonça-t-il avec une lueur bizarre dans le regard.
" Qui ? Miss Univers ? " lui rétorquai-je.
" Mieux que ça. La NFR-TT, la nouvelle Voxan. Il y a eu quelques photos projetées à l’AG . Elle est superbe, râblée, compacte, magnifique ".

Devant tant d’enthousiasme, je ne pus que m’incliner….

D’ailleurs, le bougre changea l’itinéraire du retour en passant par le Puy de Dôme et ….par Issoire.
" Puisque l’on est dans la ville de naissance des Voxan, on pourrait peut-être faire un petit arrêt devant l’usine " m’annonça-t-il innocemment.

Devant l'usine Voxan d'Issoire
 
Nous restâmes là, un long moment, devant les bâtiments de Voxan. Christian scrutait la grande porte ouverte avec l'espoir, j'en étais sûre, d'apercevoir cette nouvelle reine, comme il l’avait appelée. Au bout d’un moment, je le bousculai un peu : " On a 500 kilomètres à se taper, le Cantal à traverser, et je n’ai pas les 100 chevaux de ta NFR-TT, moi ! "
 .
Une moto a le droit, elle aussi, d’être jalouse, non mais !

Cantal

Cantal

Comme d’habitude, Christian augmenta le rythme au fil des heures, mais il en fallait plus pour me fatiguer. Un peu plus de 1900 kilomètres aller-retour, c’était trop peu pour me faire peur, toute 125 que je suis.

La pluie arrosa notre arrivée à quelque enclabure de la ville de Pau, mais nous étions tellement heureux de cette petite virée qu’elle n’a pas entaché les derniers kilomètres sur les coteaux.

Des belles routes, des paysages superbes, des motards un peu fous mais ô combien sympathiques, des Voxan de toute beauté et l’arrivée prochaine d’une reine de la route, ce week-end de l’Ascension restera gravé dans ma mémoire de petit V-twin (petit, mais costaud et vaillant !).

Vroum. Vroum ! !

Signé : Miss Vara