Honda Crossrunner: la SuperTransalp

Je me rappelle les premières images de cette moto parues dans la presse après le salon de Milan 2010. Souvent, à travers les photos des motos, j'essaie de deviner ce que ces dernières semblent nous promettre.

 

Là, j'avais été surpris pas la compacité de la Crossrunner, et j'y avais vu comme un message: " je veux du virage, je veux du sinueux, je hais les lignes droites". Derrière cette moto, c'était une virée loin des nationales qui se dessinait dans mon esprit. Elle m'avait déjà parlé, bien avant que je ne la rencontre.

 

 

 

Je suis excité comme une puce lorsque je prends possession de la Crossrunner, ce samedi soir, juste avant la fermeture de la concession. Elle est à moi pour deux jours!

J’ai 500 mètres pour rentrer à la maison, mais je parcours 15 kilomètres ; j’ai parfois du mal à m’orienter !


Ces quelques tours de roues me révèlent une moto vive, dès le premier rond point abordé dans lequel elle s’inscrit naturellement. Pourtant, dans la ligne droite qui suit, c’est la stabilité que je note, la moto semblant être sur des rails.

Demain, départ prévu de bonne heure. J’ai concocté un itinéraire intéressant, mais où il va être difficile de tenir une bonne moyenne. Si je veux voir la mer avant la nuit, il va falloir se lever tôt.

Avant de retrouver la maison, je tente de voir le régime moteur en 6 ième alors que je flâne à 70 km/h . Ouais, c’est pas gagné avec ce tableau de bord tout numérique qui ressemble un peu trop à celui de mon VTT. Je sens que je vais avoir du mal à l’aimer tout au long des deux jours qui vont suivre même si, globalement, il ne lui manque pas grand-chose : montre double totalisateur journalier, consommation moyenne, température d’eau.

Mais , je regrette les bonnes vieilles aiguilles qui, d’un coup d’œil, permettent de se situer et dont le mouvement incessant accompagne le rythme du moteur.

Tu vieillis, Christian…

Honda Crossrunner

Honda Crossrunner

 

Je sentais bien qu’il n’était pas nécessaire de monter le réveil ; il devait sonner à 5H30.  Deux heures avant, je suis réveillé et ne peux me rendormir. Je me dis qu’un essai nocturne ne s’impose pas et ne lève le camp qu’à 6H20, au moment où la nuit passe le relais au jour naissant .


Le (moche) tableau de bord se pare d’une douce lumière orangée très agréable et sa position en hauteur permet effectivement de le lire sans avoir à baisser la tête.

Je me dirige doucement vers le premier col de la journée. J’aime ces premiers tours de roues au cours desquels je fais connaissance avec ma monture. Ce qui me frappe, c’est ce mélange de douceur du moteur et de réactivité de la partie cycle. Tout parait facile à son guidon ; cela tombe bien car le temps est incertain et la route mouillée par un léger crachin alors que je m’attaque au col d’Aspin désert.

Honda Crossrunner Sainte Marie de Campan

A 4000 tours/minute, la moto semble glisser à 100 km/h.


A chaque accélération, le bruit rauque du V4 m’enchante.


Les épingles se succèdent dans la montée et je les enroule sur le troisième rapport avec un moteur qui tracte en douceur aux alentours de 2000 tours/minute.


La descente est encore piégeuse avec cette route parfois mouillée et j’apprécie ce freinage couplé très rassurant ainsi que le frein moteur.

Honda Crossrunner Col d'Aspin

Honda Crossrunner Col d'Aspin

Honda Crossrunner Col d'Aspin

 


A l’entame du col de Peyresourde, le soleil perce les nuages, la route s’assèche et je commence à augmenter le rythme, avec toujours un grand sentiment de facilité. La moto enchaîne les virages avec une bonne volonté évidente et le grand guidon permet de la diriger aisément.
Il n’y a quasiment personne sur mon parcours et j’ai l’impression que la route m’appartient.

 

Honda Crossrunner Arreau

Honda Crossrunner Col de Peyresourde

Honda Crossrunner Col de Peyresourde


Honda Crossrunner Col de Peyresourde

 

Je me sens bien sur cette moto, les genoux bien encastrés dans l’échancrure du réservoir, les mains naturellement posées sur ce guidon idéalement  placé . Ah ! La position trail, il n’y a rien de tel pour me faire plaisir !

Après Bagnères de Luchon, le col du Portillon me permet une rapide incursion sur le sol espagnol et j’en profite pour faire le plein à moindre coût. 9,34 litres pour 159,2 kilomètres parcourus, soit une consommation moyenne de 5,86 litres.


Dans la montée, je me « lâche » ; avec ce moteur réjouissant qui chante si bien, il est difficile de résister à la tentation ; la descente révèle encore plus le côté facile de la moto et j’en oublie complètement le poids respectable de la bête.

Bref, après trois cols, je me sens frais comme un gardon et je n’ai qu’une envie : que cela continue encore et encore. Cette moto est en train de me séduire.

C’est à ce moment là que je décide de quitter l’axe principal pour me diriger vers le col d'Artigascou, indiqué par un petit trait blanc sur la carte Michelin. Ce n’était peut-être pas une bonne idée . Cela commence avec des épingles du style demi-tour autour d’un cône dans l’épreuve du permis de conduire, ce qui me permet de constater que la Crossrunner s’y inscrit sans résister, puis avec une route étroite comme l’état d’esprit de certains de nos dirigeants, enfin avec le goudron qui se fait rare, finit par disparaître complètement alors que le brouillard s’invite à la fête. Mes seules rencontres sont quelques vaches et veaux  qui n’apprécient guère le vrombissement du V4. Cela se termine par un panneau indiquant que le chemin est interdit aux personnes non autorisées.

Un demi-tour s'impose.

Cette petite escapade d’une heure m’a permis de constater que la moto s’en sort plutôt bien dans cet exercice. La position basse, la douceur du moteur, le rayon de braquage correct, les suspensions bien amorties et le guidon haut contribuent à faciliter la tâche et je ne me suis pas senti en difficulté malgré quelques passages détrempés et accidentés. Je me dis que cette moto pourra occasionnellement, s’aventurer dans les chemins roulants et cette polyvalence me plait.

Honda Crossrunner Col d'Artigascou

Honda Crossrunner Col d'Artigascou

Honda Crossrunner Col d'Artigascou

Honda Crossrunner Col d'Artigascou



Honda Crossrunner Col d'Artigascou

 Honda Crossrunner Col d'Artigascou

 Honda Crossrunner Col d'Artigascou

Honda Crossrunner Col d'Artigascou

  Honda Crossrunner Col d'Artigascou

Après ce petit intermède enrichissant, je retrouve avec grand plaisir le col de Mente et ses multiples épingles. Un local en Renault Laguna que je rattrape décide de mettre la gomme. J'entends son moteur poussé dans ses derniers retranchements, ses pneus gémir dans les virages serrés et je le suis en toute décontraction, en me régalant du bruit enchanteur du V4.  

Dans la foulée, le col de Portet d’Aspet, hélas avec le brouillard à nouveau présent, puis le col de Core.

Honda Crossrunner Col du Portet d'Aspet

Honda Crossrunner Col du Portet d'Aspet

Cela fait alors 5H30 que je suis parti et j’ai envie d’ « attaquer ». C’est un signe qui ne trompe pas, elle est facile et reposante cette moto.

J'aime cette réponse immédiate, mais jamais brutale,  lorsque je remets les gaz. C'est rassurant et terriblement confortable quand on roule longtemps. Et douceur ne veut pas dire fadeur, comme je le lis trop souvent dans les essais de la presse moto où seules les motos "de caractère" ont l'air de trouver grâce aux yeux des journalistes. Régulièrement, ils se plaignent d'un manque de couple, d'allonge dans les tours, bref, à les entendre, on croirait qu'ils sont en train d'essayer la dernière 125 du marché. Mais, non, c'est souvent d'une 1000 , voire d'une 1200 ( l'exemple de la dernière VFR) dont ils parlent.

 Et étonnamment, je ne me retrouve pas dans leur description de la moto quand j'ai la chance de l'essayer. J'ai le fort sentiment qu'ils oublient que tous les motards ne sont pas sensibles à une puissance brute, à un couple énorme mais qu’ils ne sont pas pour autant des débutants ou des "touristes" tranquilles.

Non, j'en connais pas mal dans mon entourage, qui, comme moi, aiment les motos "bien élevées", mais ne rechignent pas à prendre de l'angle, à accélérer en sortie de virage, tout en refusant d’être submergés par leur monture, appréciant d'en avoir le contrôle total, heureux de constater, après plusieurs heures sur la selle, qu'ils sont suffisamment frais pour continuer à déguster la partie sinueuse qui s'annonce ou le paysage qui s'offre à eux car ils savent qu'ils n'auront pas besoin de se battre contre une moto rétive mais que cette dernière va au contraire les accompagner.

 Je suis vraiment étonné de n'avoir jamais entendu de voix discordante dans ce discours systématique de la moto bourrée de caractère ( et de préférence débridée) qui envahit les revues motos.

Pourtant, à chaque accélération de "ma" Crossrunner, à aucun moment, je n'ai ressenti une quelconque frustration, le moindre manque de couple, pourtant mis en avant dans la presse.

Au contraire, cette progressivité, cette maîtrise de la puissance que je ressens à son guidon participent grandement au bonheur que j'ai d'enchaîner, depuis plusieurs heures, ces cols pyrénéens qui devraient me mener, si tout va bien, jusqu'à la mer méditerranée, ce soir.  En outre, le bruit envoûtant, grave, sourd, du V4 n'est pas pour rien dans cet immense plaisir qui m'envahit.

Le détail qui fâche dans ce concert de louanges, c’est ce tableau de bord qui ne ressemble à pas grand-chose et qui, en plus, s’avère peu lisible, en fonction de la lumière.

Les repose pieds sont peut-être un peu trop en arrière à mon goût car je note que, de temps en temps, j’abandonne le positionnement sur la pointe des pieds pour celui plus  décontracté du milieu du pied quand la route se fait moins sinueuse.

Quant au klaxon, il a un son proche du ridicule. Les concepteurs de cette Honda, en s’inspirant du héros de dessin animé (roadrunner) dont le rôle semble consister  à rendre fou le coyote lancé à sa poursuite, ont poussé le mimétisme jusqu’à doter la machine d’un avertisseur se rapprochant du célèbre « bip, bip » de l’oiseau! 

La boîte de vitesses me semble plus douce qu’au départ. Peut-être avait-elle un peu souffert lors des multiples essais organisés par mon concessionnaire au cours de la semaine dernière.

Je me sens bien sur ce parcours, sans rond-point, sans zone commerciale, avec une circulation nulle. Un grand sentiment de liberté m’envahit. C’est moi et moi seul qui dicte le rythme de cette balade montagneuse, même si, parfois, le brouillard m’oblige à ralentir. C’est d’ailleurs le cas dans la descente du col de Core que j’aborde au ralenti, le régime moteur à 2-3000 tours minute. La moto se fait oublier.

Honda Crossrunner



Midi sonne au clocher de Seix et un arrêt repas s’impose.


Et pour la dame rouge, un deuxième plein :11,11 litre pour
197,1 kms, soit 5,63 litres aux 100 .

Le ventre plein, j’ai soif de kilomètres, de dénivelés, de paysages.  Après un col de Port où le brouillard joue à cache–cache avec le soleil, je découvre mes véritables premières lignes droites depuis le départ en montant sur Ax les Thermes. L’occasion de constater que la bulle protège insuffisamment en dirigeant l’air sur la visière.

Sinon, j’apprécie la grande stabilité de la moto dans les courbes rapides et toujours ce moteur plein , vivant, qui redonnerait le sourire à n’importe quel déprimé. Il est enthousiasmant et je comprends mieux maintenant les témoignages des possesseurs de VFR lorsqu’ils parlent de leur moto, avec des trémolos dans la voix.

Et un nouveau petit col, un ! Celui de Pailhères avec un beau soleil revenu et la chaleur qui s’installe. Au sommet, j’ai une vue magnifique sur une mer de nuages.


La descente se révèle extrêmement sinueuse, mais avec un revêtement de rêve. J’apprécie toujours autant ce freinage couplé qui permet d’inscrire si facilement la moto dans les virages.

Honda Crossrunner Col de Pailhères

Honda Crossrunner Col de Pailhères



Honda Crossrunner Col de Pailhères

Honda Crossrunner Col de Pailhères

Honda Crossrunner Col de Pailhères

Honda Crossrunner Col de Pailhères

Honda Crossrunner Col de Pailhères

 

Honda Crossrunner Col des Hares

 

Col de la Quillane. Enfin, j’ai quitté définitivement ce temps un peu incertain. La chaleur s’installe alors que je parcours, au pas, les ruelles de Mont  Louis, ville fortifiée conçue par Vauban au XVII ième siècle. Dans la descente vers Prades, une petite erreur d’estimation lors d’un dépassement se résout d’une impulsion sur la poignée de gaz et d’une prise d’angle un peu plus prononcée dans le virage suivant. Cette moto permet une conduite débridée, instinctive, et j’aime ça.

 Honda Crossrunner Mont Louis

Honda Crossrunner Mont Louis

Honda Crossrunner Mont Louis

 

 

 

Après Prades, je réalise que l’heure est bien avancée et que mon projet de terminer par le col de Llauro est déraisonnable ; je rejoins par les petites routes la côte méditerranéenne, un peu fatigué, après ces douze heures intensives.

C'est dans ces moments où une certaine lassitude s'installe que l'on apprécie le confort et je trouve que, sur les routes parfois bosselées empruntées depuis ce matin, les suspensions ont bien fait leur travail. Ce n'est pas la douceur, voire la mollesse de mes Transalp 600, mais l'amortissement est bon et je ne me suis jamais senti secoué.


Je trouve un charmant petit hôtel à Argelès village avec un couple de gérants très chaleureux. La moto a droit  à une petite place dans leur cour, entre leurs deux voitures.

Pas de douleur aux fesses, aux épaules, je me sens étonnamment frais après ces 536 kilomètres et ces 12 cols franchis.

Elle est en train de me taper dans l’œil, cette moto.

Un nouveau plein révèle une consommation de 5,09 litres aux 100 (12,12 litres pour 238 kilomètres ).




Le lendemain, sous un beau soleil, j’emprunte la superbe côte Vermeille qui va jusqu’à Cadaques. J’ai envie de flâner, ce matin et le moteur m’emmène doucement sur cette route peu fréquentée en cette période. Sur le compte tours illisible (oui, je sais, j’insiste !), je crois apercevoir un régime entre 2 et 4000 tours/minute. J’apprécie cette faculté de se laisser glisser, la visière relevée, profitant du magnifique paysage où se mêlent les vignobles, la mer, les criques et la montagne un peu plus loin.

Honda Crossrunner Collioure

Honda Crossrunner Collioure

Honda Crossrunner Côte Vermeille

Honda Crossrunner Côte Vermeille

Honda Crossrunner Côte Vermeille

Honda Crossrunner Côte Vermeille

Honda Crossrunner Côte Vermeille

 

 

Et, un peu plus tard, en traversant la ville de Figueras encombrée, alors que je remonte les files de voitures, je me fais cette réflexion : «  En fait, c’est une Super Transalp, cette Crossrunner ».

Acceptant les évolutions au pas avec un rare équilibre, les demi-tours aisés, les angles de rues passés en troisième à un régime proche du ralenti,  elle se révèle facile au quotidien.Depuis le départ, j’ai accumulé  les arrêts photos, parfois dans des endroits un peu inaccessibles et elle s’y est plié de bonne grâce, sans jamais me mettre en difficulté. Comme une Transalp. Sa faible hauteur de selle est un atout dans ces situations. J’en viens à me dire qu’elle conviendrait même à un débutant  tant elle est d’une humeur facile.


Elle a dépassé les 1000 kilomètres et j’ose pousser un peu plus les régimes. En fait, il y a deux motos, celle avant 6500 tours/minute et celle après. Si je faisais une comparaison culinaire, c’est comme si on comparait un mets délicieusement parfumé au cumin et un plat relevé à l’harissa qui enflamme le palais !

Sur la Crossrunner, après le son rauque, grave, caverneux et un moteur qui tracte, c’est d’un coup un déluge de décibels aigus et une moto qui bondit en avant. La transition est étonnante ; c’est vif, mais pas brutal et cela laisse présager des accélérations puissantes jusqu’à la zone rouge que je n’ai pas osé tutoyer, par respect pour cette jeune mécanique. Cette double personnalité est très sympathique et contribue à donner encore plus de caractère à un moteur qui n’en manque pas.


Décidément, je vais finir par délaisser le V-twin percheron de la Transalp pour ce V4!


Un nouveau plein ( et oui, je roule !) montre une consommation raisonnable de 5,01 litres aux 100 (10,83 pour 216 kilomètres). Je n’ai pourtant pas l’impression d’avoir roulé plus doucement et je mets cela sur le compte du rodage en cours.

En direction de Ripoll, je bifurque par le col de Capsacosta. Bonne idée. Je découvre une route comme savent les faire les Espagnols ; très étroite mais pas pour autant abîmée. Non, le revêtement est parfait et, de nouveau, j’enchaîne les virages serrés avec délectation avec une vitesse maximale estimée à 80 km/h ; je n’ai pas eu le temps de vérifier au compteur, peu lisible sous le soleil , trop occupé à étudier la trajectoire du virage qui suit immédiatement celui que je m’apprête à quitter.

Honda Crossrunner Col de Capsacosta



Puis, arrive la montée du col de Toses, sur la route de Puigcerda. Un moment d’anthologie. Une voiture dépassée en cinquante kilomètres, et un Christian qui lâche la bride. J’use et abuse de ce freinage couplé qui m’aide à inscrire la moto dans les virages ou qui permet de réduire la vitesse lorsque l’angle de ce dernier se referme. Pas une chaleur, juste une concentration totale, bien aidé par cette moto si équilibrée, m’enivrant des montées en régime du V4. La moto suit mes instructions à la lettre et ne met jamais en difficulté. J’ai le souvenir de l’avis d’un journaliste de Moto journal qui parlait d’une moto pouvant se désunir à cadence élevée. Quant à moi, je ne m'en rends pas compte. Je n’ai pas le niveau de pilotage requis, ni le degré d’inconscience nécessaire pour attaquer si fort sur une route de montagne, bordée par la falaise rocheuse et le précipice.


J’ai atteint le nirvana motocycliste sur cette portion de route ; d’ailleurs, vous n’aurez pas de photo de l'endroit, je ne me voyais pas interrompre ce moment de grâce où tout se déroulait comme dans un rêve.



Je me demande si ce n’est pas à ce moment là que je suis vraiment tombé amoureux fou de cette Crossrunner. Elle correspond tellement à ce que j’attends d’une moto tout en offrant un supplément de caractère, sans que cela soit au détriment de la facilité d’utilisation à laquelle je suis très sensible. 

 
J’avais une idée, avant le départ, de ses qualités, mais je n’avais pas prévu d’envisager, si j’avais le budget pour, l’achat d’un tel modèle. Je trouvais à mes Transalp un côté couteau suisse, mais, là, c’est un couteau suisse avec quelques lames supplémentaires qui s’offre à moi !


J’entre en Andorre. J’avais oublié que la montagne pouvait être si moche quand elle est envahie par l’homme et ses constructions. Andorre la Vieille ne me laissera pas un souvenir impérissable. Par contre, la montée du col d’Envalira me redonne le sourire et j’arrive en pleine forme au sommet à 2400 mètres d’altitude.


Il est quinze heures et je réalise que je n’ai toujours pas mangé ; même copieux, le petit déjeuner est loin, mais il faut croire que la route nourrit son homme.

Honda Crossrunner Port d'Envalira

Honda Crossrunner Port d'Envalira



Il y a ensuite la descente sur Ax les Thermes où il faut savoir garder la tête froide dans les grandes courbes qui s’offrent à vous. Mais, en cas d’imprévu, il y a ce freinage très puissant et dosable pour venir à la rescousse.

Foix et son château m’accueillent. Si je veux arriver à la maison à une heure raisonnable, je comprends que l’option tant redoutée de l’autoroute va s’imposer.

Honda Crossrunner Foix

Honda Crossrunner Foix

Honda Crossrunner Foix



A partir de Saint Gaudens, je décide donc d’aller m’ennuyer, et de payer pour cela sur ce triste et monotone ruban de bitume. C’est l’occasion de constater qu’à 135 km/h, le compte tours se stabilise à 5500 tours environ, que non seulement la bulle ne protège pas, mais , qu’en plus, elle semble accélérer la vitesse  des insectes venant s’écraser allègrement sur ma visière, que d’une petite impulsion sur la poignée de gaz, on frôle les 170 km/h en un rien de temps. Bref, rien de réjouissant, sauf à constater que l’autonomie de la moto est confortable puisque le voyant de réserve clignote à 316 kms et que le décompte des kilomètres parcourus s’affiche à ce moment là, contrairement au tableau de bord de la grande sœur, la VFR 1200 .

Un dernier plein, avec 15,87 litres pour 321 kms parcourus révèle une consommation légèrement inférieure à 5 litre ( 4,94 litres) ! Cela me conforte dans l’idée qu’un rodage soigneux ne peut qu’être bénéfique pour un moteur.

J’arrive à la maison, bien sûr un peu fatigué après plus de 22 heures de route en deux jours et un bon paquet de cols franchis, mais sans courbature, sans douleur. La selle confirme l’impression visuelle en se montrant douce pour le fessier.



Je n’ai plus qu’à laver la moto qui porte les stigmates des 1130 kilomètres parcourus, de la piste de la veille et des attaques incessantes des insectes. Cela me permet de voir que le garde boue avant n’est pas assez protecteur (une constante chez les constructeurs) et que la qualité de fabrication est réelle.

Seraient-ce les deux jours d’idylle vécus, je la trouve belle cette moto, surtout dans ce beau rouge . Même Marie est séduite. En la regardant, alors que le soleil se couche, je réalise à quel point elle est compacte et basse. Je loue les ingénieurs de chez Honda d’avoir conçu cette moto accessible et joueuse à la fois.


Le compromis est pour moi réussi. A chacun de se faire son opinion, en allant l'essayer chez son concessionnaire.

 

Pour les motards de la région de Pau, qu’ils ne s’inquiètent pas, le rodage fut soigné !

 

Avant d’essayer cette moto, je pressentais ses qualités, mais si l’on m’avait dit, que l’éventualité d’en acquérir une me viendrait à l’esprit, dans l’hypothèse où mon budget me le permettrait, je ne l’aurais pas cru.

Et pourtant, oui, j’ai trouvé chaussure à mon pied.

Avec une bulle haute, une béquille centrale qui devrait être d’origine, un prolongateur de garde boue , deux sacoches, elle friserait le sans faute pour moi.

 

PS: si je devais résumer cette virée en trois mots ?

 

QUE DU BONHEUR !!