Ducati Scrambler

Adolescent, alors que je commençais à m’intéresser à la moto, j’ai le souvenir des photos de motos qui attiraient mon regard, parce que je les trouvais belles et que je m’imaginais à leur guidon. J’aimais particulièrement la Honda Scrambler 450 que j’avais vue dans un Télé poche en, photo grand format. J'étais déjà attiré par ces motos polyvalentes, permettant de s’aventurer dans les chemins.

 

 

 

Dans la même catégorie il y avait aussi une jolie italienne, du nom de Ducati Scrambler, qui rencontra un certain succès aux Etats Unis.

 

 

La catégorie des trails n’existait pas, à cette époque. Les constructeurs se contentaient, sur la base de motos de route, d’installer des pneus mixtes, un guidon et des pots d’échappement relevés. Puis, Yamaha est arrivée avec sa DT1 et tous les constructeurs se sont engouffrés dans cette nouvelle voie : le trail.

 

Le Srambler avait vécu.

 

Voxan le regretté constructeur français, renoua avec cette catégorie en commercialisant sa moto la plus homogène de la gamme.

 

Triumph, depuis plusieurs années, a également réinvesti cette catégorie sur la base de la Bonneville, elle-même réinterprétation du passé de la marque.Et voilà que Ducati, sortant de ce qui fait sa réputation, à savoir des motos sportives et de caractère, vient de présenter son Scrambler, avec une couleur jaune censée nous rappeler celle dont elle s’inspire.

 

Autant la gamme de ce constructeur ne me parle pas, car bien loin de mes goûts en la matière, autant ce nouveau modèle m’a interpelé. Et quand, lors de ma visite chez le concessionnaire de Pau, lui-ci m’a proposé de revenir pour l’essayer, je ne me suis pas fait prier.

Samedi 7 mars 2015. Après de longues journées pluvieuses, une douceur printanière accompagnée d’un soleil agréable me pousse à retourner dans la concession.

La petite Ducati est dehors. Je dis petite, car, malgré son bicylindre de 750 cm3, elle parait vraiment menue. Je l’enfourche. Elle est très basse et l’impression première est étrange car il n’y a rien sous le regard.Le « tableau de bord » est installé à droite, on aperçoit à peine le phare.

Démarrage, le bruit est feutré, pour une  Ducati s’entend. Visiblement, le constructeur veut s’adresser à une clientèle moins exclusive. Je quitte le parking de la concession. La boîte de vitesses est douce, bien que je sois gêné par un sélecteur trop bas. La position est agréable, avec ce grand guidon relevé. Le moteur est plutôt doux, bien loin de celui de la Monster 900 que j’avais essayée il y a plus de quinze ans. Une moto à l’état brut qui m’avait laissé dubitatif, après être revenu un peu trop secoué de mon court essai. Je ne parle même pas de la Ducati 888 de mon ami Bruno dont la stabilité impériale dans les grandes courbes se payait cash dans les épingles ; un vrai camion !

Rien à voir aujourd’hui, le bicylindre me permet de rejoindre la petite route sinueuse de Lacommande sur le dernier rapport, en suivant tranquillement la file de voitures aux alentours de 70 km/h.

Enfin, je bifurque et quitte cette trop longue ligne droite. Maintenant, c’est  une route « vivante » qui m’attend avec des dénivelés, des virages, et des inégalités. Rien de tel pour me faire plaisir et tester vraiment la moto.

 Deux ralentisseurs me permettent déjà de noter une certaine fermeté des suspensions ; il est vrai que je sors tout juste du moelleux de ma Transalp.

J’aime ce moteur qui vous propulse avec une certaine vigueur teintée malgré tout d’une douceur inattendue sur ce V-twin refroidi par air. Dans les virages pris sur un filet de gaz, je note que la remise des gaz est cependant un peu trop réactive à mon goût.Il faut dire que je suis habitué à l’extrême douceur des Honda que je connais bien, notamment de la NCX 750 que je peux comparer. Sur la Ducati, je souhaiterais un tout petit peu plus de progressivité.

 

La montée entrecoupée de virages serrés est avalée sur un bon rythme. La moto se balance aisément d’un virage à l’autre, je ressens juste une résistance minime lors de la mise sur l’angle, peut-être due au profil des  pneus.

 

 

J’aime le son discret du moteur à l’accélération. Les 75 chevaux du moteur sont largement suffisants. D’ailleurs, d’après ce que j’ai pu voir sur le compte-tours (illisible), c’est un moteur fait pour tracter entre 3 et 6000 tours/minute.

 

Moto Journal, dans son essai, parlait d’un  « moteur assagi, presque soumis, d’accélérations linéaires, qui perd un peu de son âme Ducati ». Cela me confirme une fois de plus que je ne vis pas sur la même planète que ces journalistes demandant toujours plus de puissance, de caractère aux motos.

Au contraire, j’ai apprécié cette disponibilité dès les plus bas régimes et une puissance bien présente pour m’amener avec vigueur vers le proche virage suivant.

 

Je m’arrête pour quelques photos souvenirs. Sous l’œil de l’objectif, la priorité donnée à l’esthétique saute aux yeux.  La moto est belle, comme les Italiens savent les faire, hormis le pot d’échappement un peu massif par rapport à la finesse de l’ensemble. Par contre, au rayon fonctionnel, un garde-boue avant minimaliste, inexistant à l’arrière ; on peut sans se tromper prévoir des projections d’eau diverses, variées et nombreuses en cas de conduite sous la pluie. Avec une protection contre le vent inexistante, il est clair que cette moto risque de montrer ses limites dans le cadre d’une utilisation quotidienne tous temps. En outre, le confort de la selle étroite m’a paru limité.  Il est clair que les gros rouleurs iront voir ailleurs, d’autant que sa taille réduite ne doit pas permettre de charger la moto dans les meilleures conditions possibles.

 

Quarante kilomètres plus tard, je termine mon très court essai, frustré. J’ai vraiment besoin de kilomètres pour me faire une idée précise de la moto ; aujourd’hui, je me contenterai donc de ces quelques sensations fugitives et agréables.