Sortie de mon premier roman : L’araignée et les volets de bois

Le Maroc ? C'est tout près…

  Le Maroc est un pays qui m’attire irrésistiblement et dont je ne me lasse jamais. Proche de la France, accessible, d’une grande beauté et d’une variété indéniable, l’accueil chaleureux réservé par ses habitants finit de séduire le voyageur. N’hésitez pas à vous laisser tenter par cette destination attachante.

 

 

 

 

 

Le repas vient de se terminer. D'abord une harira (soupe) réconfortante après cette longue étape puis un délicieux tajine. Fatima est avec moi dans cette pièce où les coussins disposés le long des trois murs permettent de s'asseoir ou de s'allonger.

Avec ses quelques mots de français et mes rares mots d'arabe, la conversation est limitée mais cela n'est nullement une gêne. Au delà de la compréhension, il s'est installé dans cette maison bien autre chose, un plaisir partagé d'être ensemble dans ce modeste gîte de la vallée d'Aït Boughmez.

J'ouvre le sac posé près de moi. Mon hôte est interrogative en apercevant l'instrument qui y est rangé. J'enfile les deux bretelles de cuir autour de mes épaules. Quand mes doigts se déposent sur les boutons de nacre et que les premières notes de l'accordéon se diffusent, ses yeux semblent vouloir retenir des larmes. L'émotion nous envahit.

Dans ce lieu, seules des douces mélodies me paraissent avoir leur place et j'offre à Fatima quelques airs en harmonie avec l'atmosphère paisible du village d'Agouti, à 1800 mètres d'altitude. Ne serait-ce que pour la magie de cet instant privilégié, je ne regrette pas mon choix de ne pas voyager léger avec mon accordéon prenant à lui seul le volume d'une de mes sacoches Touratech.

 

 

 

Deux semaines que je roule. Je n'ai pas opté pour la traversée rapide de l'Espagne par l'autovia. Pourquoi sacrifier une partie du voyage pour arriver plus vite dans le pays convoité? Il est tellement plus plaisant de profiter de son voyage dès les premiers kilomètres. J'ai préféré prendre les chemins détournés sur cette terre hispanique qui a tant à nous offrir. La moyenne a souffert, certes, mais le plaisir était au rendez-vous et j'ai découvert des endroits magnifiques et préservés.

 

 

 

 

 

 

 

Au Maroc, j'ai évité les grandes villes. Exit Fès, Meknès ou Marrakech. De même, j'ai recherché les routes hors des grands axes avec l'envie de découvrir de nouveaux endroits pour ma onzième visite de ce pays attachant. Il m'a suffi de consulter ma carte Michelin et de me laisser guider par les innombrables traits serpentant dans ce vaste pays.

 

Et c'est sur ces routes minuscules que j'ai eu ce sentiment de sentir « respirer » la population de certaines régions, en traversant au pas des villages aux rues étroites où, pendant un instant, j'étais avec elle, l'écoutant, la regardant vivre. La lenteur est propice à cette faculté d'absorber un peu de l'âme du pays traversé. La route souvent cassée, parfois transformée en piste entre Boumia et Imilchil, puis jusqu'aux gorges du Dadès devint un cadeau en imposant cette lenteur et les arrêts pour quelques pauses salutaires.

 

 

 

 

 

 

 

Elle permit une meilleure écoute des régions traversées, mais aussi de précieux conseils sur mon itinéraire. C’est ainsi que, incertain sur mon parcours du jour au nord de Skoura, j’ai entamé une discussion avec deux Marocains qui m’ont conseillé une piste perdue (non répertoriée sur la carte); elle m’offrira un de mes meilleurs moments du voyage.

 

 

 

Mon chargement peut-être un peu excessif, je l'avoue, limitait de toute façon toute velléité de conduite sportive ! Car, c'est une évidence, une moto chargée n'est pas faite pour le tout-terrain. Les constructeurs n'hésitent pourtant plus à présenter des motos munies de leurs sacoches en action sur des pistes. Halte à la publicité mensongère ! Ne vous laissez pas berner par ces photos magnifiques de gros trails munis de leur bagagerie en pleine dérive sur une piste avec la roue arrière projetant la terre.

Si vous voulez profiter des pistes marocaines, emmenez le minimum de bagages et optez pour une moto légère. Les quelques rencontres et échanges avec des motards sur leurs impressions mitigées au guidon de leur moto alourdie n'ont fait que me conforter dans cet avis. Sur une piste avec une moto chargée, on est en mode « survie ». Le seul objectif est de ne surtout pas tomber avec une machine très difficile à relever et de rouler lentement pour ne pas détruire sa moto. Il vaut mieux y penser avant le départ pour ne pas se retrouver démuni une fois sur place.

 

D'ailleurs, sachez que le Maroc offre des possibilités d'hébergement agréables et peu coûteuses permettant de ne pas avoir à embarquer son matériel de camping. Je n'ai utilisé ma tente qu'une seule fois. Il y est si facile de se laisser séduire par l'accueil toujours chaleureux réservé dans ces petits hôtels à l'architecture traditionnelle et par le repas simple et reconstituant qui est proposé.

 

 

 

Un voyage se nourrit de rencontres. Il y a celles, éphémères, mais toujours franches, simples et réconfortantes avec les gens du pays. Il peut en être différemment dans les endroits touristiques où l'on peut être perçu comme un client potentiel. D'où l'intérêt d'opter, comme moi, pour un itinéraire évitant les axes routiers principaux. Mais quand on est sollicité par intérêt commercial, rien de tel qu'un sourire et qu'une réponse courtoise pour éviter toute tension. A Merzouga, alors que j'entamais une longue séance photos avec mon compagnon de route, le premier contact purement commercial de cet habitant sur son vélo s'est agréablement poursuivi par une discussion sur sa région.

 

 

 

Ceux que l'on rencontre, ce sont aussi d'autres voyageurs et, parfois, un lien se crée, d'autant plus facilement que l'on voyage seul. Ce fut le cas avec Gilles qui était au camping de Chefchaouen (comme quoi, c'était malgré tout une bonne idée d'emporter tout mon matériel de camping!). Une longue discussion à la nuit tombée avait scellé ce moment.

 

 

Nous nous sommes retrouvés par hasard quelques jours plus tard, au petit matin, dans le village d'Imilchil et avons naturellement roulé ensemble six jours durant.

 

 

 

 

 

Toujours à Imilchil, j'ai retrouvé Laurent, en bonne compagnie. J'avais fait la connaissance de ce spécialiste de la Kawasaki KLE 500 lorsque je cherchais cette moto pour un article dans la revue trail Adventure. Le monde est petit, c'est dans une ruelle du village que j'aperçus d'abord sa Transalp 750 et que j'entendis juste après son appel. Et nous nous retrouvâmes quelques jours plus tard peu avant Merzouga où nous avons passé une belle soirée ensemble.

 

 

 

C'est là l'avantage d'un voyage en solitaire. Il est aisé de nouer des contacts avec les personnes rencontrées. Plus encore au Maroc où les habitants ont un véritable esprit d'ouverture sur les autres. Quand ils vous disent :  « Bienvenue au Maroc », on sent que ce ne sont pas des paroles en l'air, que derrière, il y a la réelle volonté de vous accueillir de la meilleure des manières. Ce n'est pas un hasard si je mets les pieds pour la onzième fois dans ce pays…

 

 

 

 

Ce dernier offre en outre une très grande variété de paysages. Cette année, j'ai pu découvrir des endroits où je n'étais jamais passé. J'ai adoré sillonner le parc national de Tazzeka, rejoindre ensuite la ville de Boulemane par des routes désertes; la région de l'Atlas m'a ensuite réservé bien des plaisirs.

Tounfite, Tagoudit, Imilchil, Msemrir, Tamtattouchte, Tilougguite, Aït Boughmez, tous ces noms sonnaient agréablement à mes oreilles en me promettant un dépaysement qui s'est révélé à la hauteur de mes espérances. Sur les routes et pistes de cette très belle région du Maroc, j'ai connu les moments les plus intenses de mon voyage, mes plus belles rencontres. Parcourir à un rythme paisible ces montagnes est source d'un énorme plaisir.

 

 

 

 

 

Le Maroc bouge. Depuis le temps que je le fréquente, je l’ai vu évoluer. Les pistes disparaissent peu à peu au profit de routes à la plus grande joie des habitants, l’hôtellerie est devenue très présente et a su garder le charme des maisons traditionnelles. Ce qui m’a surpris cette année, c’est la diminution considérable du nombre d’ânes. J’avais le souvenir de « parkings » pour ces animaux à l’entrée des villages les jours de souk. Ils se sont fait plus rares cette fois-ci. Par contre, les copies chinoises du Cub Honda pullulent et sont conduites par une population de tous les âges. Exit les Peugeot 103 et autres Motobécane et leur motorisation fumante, l’heure est au quatre temps à la belle sonorité. De plus en plus rares également les Mercedes hors d’âge maintenues plus ou moins en état ; dorénavant, c’est Dacia qui est devenue la marque nationale et les voitures de la marque sillonnent désormais tout le pays.

 

Je termine ma petite virée marocaine à Larache où je m’octroie une journée de repos. J’aime cette ville paisible en bord de mer, sa médina et ses entrelacements de minuscules ruelles dominées par le bleu, son petit port à proximité duquel je choisis mes poissons qui me sont préparés dans la foulée. Et, pendant que je les déguste, j’ai la certitude que mon séjour dans ce pays ne sera pas le dernier. L’envie d’y revenir devrait rapidement me gagner. Maroc, je t’aime !

 

 

 

 

 

 

Le Maroc. Renseignements pratiques.

 

Depuis plusieurs années, il y a eu un développement des voyages à moto organisés. Personnellement, très attaché à ma liberté, je préfère nettement « faire mon chemin » en évitant tout ce qui peut ressembler à un programme bien établi.

Cela tombe bien, il n’y a pas plus simple que de voyager au Maroc.

Pour s’y rendre, il est possible pour ceux qui souhaitent éviter la longue traversée de l’Espagne de prendre le bateau à Barcelone afin d’arriver directement à Tanger. Personnellement, j’ai opté pour un liaison maritime bien plus courte entre Algéciras et l’enclave espagnole Ceuta (une heure de ferry). Elle offre l’avantage d’une entrée très simple au Maroc. Il m’a fallu 10 petites minutes pour le formalités d’entrée à la frontière. Le pays a énormément évolué en ce qui concerne les infrastructures routières et on ne se retrouve sur la piste que parce qu’on l’a choisi. Du trail léger à la Gold Wing, toutes les motos peuvent fréquenter le réseau routier. Sachez que les stations d’essence sont nombreuses et qu’il n’y a pas besoin de posséder une grande autonomie.

L’hôtellerie est présente partout et, fort heureusement, on ne se retrouve pas comme en France à devoir choisir entre un Ibis et un Formule 1. En effet, on trouve une multitude d’auberges au style traditionnel dans lesquelles il est aisé de trouve le gîte et le couvert pour un tarif très raisonnable (environ 30 euros avec repas du soir et petit déjeuner) et avec un accueil aux petits soins. Et pas d’inquiétude pour votre chère monture, une solution est toujours trouvée pour qu’elle dorme en sécurité. J’emporte le Guide du routard avec moi qui concentre un maximum d’informations mais je me laisse guider par mon instinct et par les conseils donnés par les habitants. Car, là-bas, la relation humaine prend toute son importance et cela fait du bien ! Attendez-vous à des discussions impromptues dans ce pays qui a banni l’indifférence de son quotidien.

 

 Itinéraire: 4000 kilomètres parcourus au Maroc (et 3000 kilomètres en Espagne) Durée: 3 semaines.

 

 

Ce récit a été publié dans la revue Voyages à moto n°26 pouvant être commandée ici:  https://boutiquecppresse.com/produit/voyages-a-moto-n26.html