Sortie de mon premier roman : L’araignée et les volets de bois

Risque ou danger?

 

Septembre 1985. Dans ce poste frontière entre le sud de la Tunisie et l'Algérie, j'ai la boule au ventre. Je ne peux retirer de mon esprit les mises en garde répétées des personnes de notre entourage notamment celles des pieds noirs ayant vécu les atrocités d'une guerre qui ne disait pas son nom.

 

Les « aboiements » des douaniers tentant de canaliser une foule impatiente ne sont pas faits pour me rassurer. Au milieu d'une tension palpable, j'ai le sentiment d'un saut vers l'inconnu.

 

Une dernière formalité nous attend dans ce petit bureau de l'assurance obligatoire. L'homme nous reçoit avec le sourire, remplit rapidement l'attestation et s'enquiert de notre destination et de notre point de chute pour la nuit. Devant notre incertitude, il écrit en arabe un petit mot sur une feuille de papier destiné à son épouse.

En fin de journée, nous nous présentons un peu gênés dans cette petite maison du village de Debila. Nous y sommes reçus comme des rois. Je me souviens encore de mes larmes de bonheur quand nous avons bu le thé à la menthe avec les membres de cette famille, en fin de soirée, au sommet d'une dune sous une myriade d'étoiles.

Je suis allé à quatre reprises dans ce pays et ce que m'ont offert ses habitants fut au-delà de tout ce que je pouvais en attendre. Une écoute de tous les instants et une envie de rendre la vie du voyageur agréable. A tout moment et en tout lieu.

Je devrais avoir cela à l'esprit alors que je m’apprête à rentrer au Pakistan en ce mois d’avril 2002. Mais l’affaire semble autrement plus sérieuse. Il y a quelques mois, un terrible attentat a eu lieu à New York et depuis, les images délivrées par les médias montrent des hommes armés prêts à tuer le moindre occidental passant à leur portée. Pour me rendre au Népal, je n’ai pourtant pas le choix, il me faut traverser ce pays.

Alors, avec mes deux compagnons de route rencontrés en Iran, nous échafaudons des plans pour que cette étape pakistanaise soit la plus courte possible. En toute innocence, nous avons réussi à planifier cela en trois jours; qu'il est aisé (mais peu réaliste!) de survoler une carte routière en lui faisant dire ce qui nous arrange…

La frontière passée, nous nous engouffrons dans le désert du Balouchistan, un endroit où il est déconseillé de s'attarder. Nous roulons toute la journée pour franchir cette bande de terre longeant l' Afghanistan et arrivons à Quetta, 700 kilomètres plus loin à la nuit tombée. La journée du lendemain est consacrée à quelques formalités et les contacts avec les Pakistanais se révèlent simples et chaleureux. Nous sommes très loin de l'image véhiculée par les médias. Il est donc décidé à l'unanimité de prolonger notre séjour dans le pays. Au cours des jours qui suivent, je me sens happé par ce pays fascinant, grouillant de vie, et l'arrivée dans la grandiose chaîne de l'Himalaya sonne comme un cadeau de Dame Nature. Je n’ai plus envie de quitter ce pays, ses habitants si accueillants et abandonne l’idée de me rendre dans l’Inde voisine. Je prolonge mon séjour dans ce Pakistan séduisant à mille lieux de ce que j’avais imaginé.

La peur de l’inconnu fait partie intégrante de l’être humain. Né sur un territoire avec ses us et coutumes, il est parfois difficile d’oser aller chez celui dont le mode de vie est si différent. Quand l’information au sens large déforme, volontairement ou non, la réalité d’un pays, l’appréhension peut alors se transformer en véritable peur. Si on arrive à la surmonter, on découvre par soi-même un monde bien différent de celui qui nous a été dépeint. Le voyage est un formidable révélateur du véritable mode d’existence d’un pays. Je l’ai souvent remarqué mais cette expérience pakistanaise fut réellement la plus enrichissante que j’ai connue. Elle m’a montré une réalité aux antipodes des vérités assénées par les canaux de l’information qui portent parfois bien mal leur nom.

J’ai passé un mois complet dans ce pays méconnu sans éprouver la moindre crainte pour ma sécurité.

Alors, le Pakistan pays le plus sûr au monde ? Ne nous emballons pas car j’ai oublié de vous parler d’un petit détail. Y circuler sur les routes constitua un des épisodes les plus effrayants de ma vie de motard. Rouler là-bas, c’est s’assurer un lot d’émotions à chaque kilomètre parcouru. Il faudra que je vous en parle dans une prochaine brève de voyage...