Sortie de mon premier roman : L’araignée et les volets de bois

Voyage dans le temps: le petit mono au Maroc - La boucle est bouclée

 

Le lendemain, alors que nous prenons le petit déjeuner dans l'immense salle de restauration, nous réalisons que nous sommes les seuls clients de l'hôtel. L'ambiance est assez irréelle dans cet endroit hors du temps.

Nous quittons cet hôtel fantôme sans nous presser. Nous avons prévu une courte étape aujourd'hui. A la station d'essence, nous nous occupons des chaînes qui ont bien souffert et nécessitent une tension. Les motos ont droit à un rinçage afin de les rendre plus présentables. Le petit mono a consommé de l'huile, il va falloir que je surveille ça. Je lui ai beaucoup demandé ces derniers jours et je ne lui en veux pas.

La route est monotone, les paysages traversés n'ont pas la saveur de ceux du sud. Nous nous faisons piéger par l'arrivée de la nuit. J'installe mon feu de VTT à l'arrière car mon feu ne fonctionne plus, mes clignotants non plus d'ailleurs; ça commence à sentir la déroute! Jean-Roland qui me suit serre les fesses avec les camions qui lui collent un peu trop au derrière. C'est enfin l'arrivée à Khénitra. En fait de petite étape, nous avons roulé comme des bêtes aujourd'hui. Ce n'est peut-être pas un hasard si certains m'avaient donné le surnom de roule-toujours. Voilà que j'ai filé le virus à mon compagnon de route!

Jeudi. 14 heures. Nous pénétrons dans Larache. Arrêt devant la façade de l'hôtel. Je coupe le contact. Je suis heureux. La boucle est bouclée. Une semaine à rouler au Maroc, cela ressemble, dit comme cela, à une petite promenade de santé; mais j'ai le sentiment d'avoir vécu un très grand voyage. Il paraissait un peu improbable au départ et c'est sûrement cela qui lui a donné ce goût unique. Le souci mécanique du deuxième jour aurait pu marquer la fin de la virée. Nous avons pu rebondir. Puis, cette incertitude permanente a donné un parfum de victoire à chaque étape réalisée.

En écrivant cela, je réalise qu'il y a encore au moins 600 kilomètres avant de voir la ville de Pau et que le petit mono consomme pas mal d'huile depuis deux jours, comme pour me rappeler que je lui ai beaucoup demandé et qu'il n'est plus tout jeune.

Nous partons dans le garage d' Ibrahimi manifestement heureux de nous revoir. Je le remercie chaleureusement d'avoir sauvé mon voyage. Demain, jour de repos.

Vendredi. Une journée tranquille s'annonce. Après un petit déjeuner copieux, je rends visite à Ibrahimi qui est en train d'ouvrir son atelier .... à 10H45. Une vidange? Oui, pas de problème. Ta batterie déchargée? Je m'en occupe de suite. Ici, nul besoin de rendez-vous. Il me dit qu'il va me mettre de l'huile de bonne qualité et constate que mon moteur ne recharge plus la batterie. Il va la recharger, cela suffira pour mes tous derniers kilomètres. Je le questionne sur les tricycles chinois. Sa réponse est claire: ils ne sont pas chers, 1500 euros environ mais la qualité n'est vraiment pas au rendez-vous. " Je ne répare pas les motos chinoises" me dit-il "C'est sans fin. Les réservoirs fuient après quelques mois, l'acier ne vaut rien". C'est à ce moment-là que je lui montre mon pot d'échappement d'origine. Il acquiesce. Pour lui, pas de doute, les motos japonaises sont les meilleures. 

Le café Lixus, tout près de l'hôtel, est devenu notre repaire. Accueil chaleureux (maintenant, le serveur nous serre la main), ambiance sympathique, décor qui l'est tout autant avec ces dizaines de photos en noir et blanc de Larache et d'Omar Sharif dont le fils est un ami du propriétaire, bonne nourriture (petites soles, soupe de poissons, accompagnements gratuits mais nourrissants).

Notre dernière soirée sur le territoire marocain va débuter.Mon œil aiguisé repère deux Honda Transalp garées non loin de nous. Nous faisons la connaissance de deux Perpignanais, Thierry et Yves qui prendront le bateau à Tanger demain. Cela promet de belles discussions pendant la traversée! Jean-Roland a le plaisir de retrouver son ami Mustapha qui rentre aujourd'hui de Cote d'Ivoire. Nous passons une très agréable soirée avec lui à discuter notamment .... de l'abandon du changement d'heure qui a provoqué récemment des manifestations dans le pays car il a été décidé dans l'urgence, un jour avant sa mise en œuvre. Certains dans le pays soupçonnent même le directeur de la grande usine Dacia installée près de Tanger d'en être à l'origine. Il a rencontré le roi quelques jours avant pour lui annoncer l'extension de l'usine et, dans la foulée, un texte a été voté avec une célérité inhabituelle. Une telle mesure ferait soit disant économiser des milliers d'euros à l'entreprise....