Sortie de mon premier roman : L’araignée et les volets de bois

Voyage dans le temps: le petit mono au Maroc - Merzouga-Skoura

 

Lundi matin, 6H45. Nous chargeons les motos dans le noir. Il y a pas mal de kilomètres à parcourir aujourd'hui. J'hésite encore sur l'itinéraire car j'appréhende un peu de retrouver des altitudes trop élevées où ma petite moto n'est pas très à l'aise. Je suis tendu; je viens d'avoir deux alertes au bas du dos, deux "décharges électriques". Je connais trop bien ces symptômes. Je respire, m'étire longuement, évite de trop m'asseoir. Nous quittons l'auberge par la piste. Le petit mono semble vouloir passer partout à son rythme.

 

Longue ligne droite jusqu'à Rissani. Le vent est tombé. A Rissani, il y a pléthore d'enfants à pied ou à vélo se rendant sur les bancs de l'école.

A la sortie de la ville, je ne tourne pas à gauche et opte pour la partie la plus montagneuse et la plus belle.

Le rythme est soutenu, les arrêts rares et fugitifs. Je sens peu à peu que tout va bien se passer. Le moteur marche plutôt bien et j'use et abuse de l'aspiration des véhicules qui me dépassent. Il y a même un gros camion qui me tire durant 40 kilomètres. Le chauffeur m'a repéré et me prévient des difficultés.

Les paysages traversés sont magnifiques aujourd'hui, avec une luminosité exceptionnelle. C'est grandiose de rouler sur ce plateau cerné par les montagnes, ocres sur notre gauche et enneigées sur notre droite.

 

Je me tire la bourre avec un 125 chinois. Il me faut un long moment pour parvenir à le rattraper et le dépasser. Je fais très couleur locale avec mon CG. Il continue d'intriguer les Marocains qui ne comprennent pas pourquoi je viens de France avec cet ancêtre.

Coté motards rencontrés, c'est la douche froide. Nos signes enthousiastes ne font aucunement réagir les quelques groupes de BMWistes et Triumphistes et même Africa Twinistes rencontrés. Peut-être que, vues de là-haut, sur les selles de ces gros trails, nos motos ressemblent à des vélos....

Arrêt à la station d'essence. La Yamaha de Jean-Roland ne veut plus repartir. Après une séance de poussette, elle fait entendre son moteur mais tous les voyants sont éteints. Voilà que Madame SR fait sa petite crise de jalousie. Depuis le départ, on ne s'occupe que du petit mono, c'en était trop. Elle veut nous monter qu'elle souffre, elle aussi. Après avoir envisagé un alternateur hors service, Jean-Roland aperçoit, derrière le cache latéral, une cosse de batterie qui a sauté en marche.

 

Après une vallée du Dadès toujours aussi belle, nous traversons un plateau balayé par un vent puissant. Ma moto est à la peine. Elle s'asphyxie. Nous saluons deux motards espagnols arrêtés sur le bord de la route. Près d'eux, une Africa Twin 1000 et un X-ADV. Ils ont du goût, nos voisins. Ils nous doublent un peu plus tard alors que je suis dans la position de la limande. Pour les non initiés, inutile d'aller chercher la signification de cette position dans le Kamasutra. Très utilisée chez les possesseurs de cyclomoteurs et 125, elle consiste à coucher sur le réservoir son buste pour améliorer notoirement son aérodynamisme et, partant de là, la vitesse de sa moto. Dix kilomètres/heure de mieux, quand on roule à des vitesses faibles, cela représente beaucoup, je vous assure! En tout cas, il se confirme que la conduite d'une 125 de 130 000 kilomètres à l'aube de la quarantaine est physique!

 

Nous arrivons à Skoura après 340 kilomètres intenses, mais superbes. Nous retrouvons le petit hôtel traditionnel où nous avions passé la nuit en 2009. Demain, le col Tizi N'Tichka sera le juge de paix avec ses 2260 mètres d'altitude; je sens que ça va peiner dans la pente....