Sortie de mon premier roman : L’araignée et les volets de bois

Voyage dans le temps: le petit mono au Maroc - Revoir Merzouga

 

Dimanche. Je sors du sommeil très tôt. Mes compagnons de route dorment profondément. J'ai l'étape du jour dans la tête. Je quitte la chambre et retrouve ma moto dans la cour intérieure. La femme de chambre est esseulée, sur sa chaise, en bas des escaliers, attendant on ne sait quoi.

Je remets la mousse de filtre à air en prévision de l'atmosphère poussiéreuse de la journée, "répare" la selle avec du scotch américain, change une sangle de maintien des sacoches, vérifie le niveau d'huile.

Je sors. La grande avenue se réveille avec ses nombreux tricycles chinois omniprésents au Maroc. Je remonte dans la chambre. Marc et Jean-Roland sortent juste du lit; ce n'est pas aujourd'hui que nous partirons aux aurores!

Marc me questionne sur notre choix aujourd'hui. Je lui réponds en espagnol: "Vamos a Merzouga. La razon me dice no, pero el corazon me dice si".

Je suis excité au moment du chargement des motos, au point d'en oublier qu'il nous faut déjeuner avant de partir. Nous vérifions la pression des pneus dans la station située en face de l'hôtel. Un tricycle vient faire le plein. Quelle surprise! J'ai devant moi la preuve vivante de ce que je soupçonnais depuis mon arrivée au Maroc. Mon concessionnaire a investi le marché du Maghreb (!?) et semble vendre comme des petits pains ces engins ô combien utiles pour transporter du matériel. Les Top Moto pullulent dans les villes et les campagnes, en concurrence avec d'autres marques chinoises. Je saute sur l'occasion pour interroger le propriétaire de ce tricycle. Il me répond que c'est un engin de 150 cm3 supportant les lourdes charges (je m'en étais rendu compte!), pas très cher et plutôt solide. Dès mon retour à Tarbes, je vais aller chez mon concessionnaire pour négocier un futur achat. Moi qui ait tendance à trop charger mes motos je sais qu'avec un tel engin,  je ne rencontrerais plus de problème à ce niveau là. Quant au plaisir de conduite, je suis plus dubitatif.... 

 

C'est parti. J'ouvre la route le cœur léger; le désert est tout proche. Je trouve que la carburation ne va pas trop mal (peut-être que je deviens de moins en moins exigeant! ). Nous arrivons au dessus d'une belle palmeraie. Alors que je prends quelques photos, je vois arriver un motard au guidon d'une Yamaha 700 que je qualifierais, par égard pour elle, de fatiguée. Ce Chinois est parti depuis 2003 de son pays et entreprend un tour du monde. Je suis étonné de l'absence de bagages hormis deux sacoches cabossées. Son top case ressemble en fait à une énorme tirelire avec une fente pour y verser son obole. Communication difficile avec cet étrange personnage qui ressemble plus à un SDF voyageur motard et dont l'anglais approximatif ne permet pas un échange poussé. Je comprends malgré tout qu'il a plusieurs fois changé de moto et que celle-ci a été achetée à Dubaï.  Nous le laissons avec sa Yamaha prématurément vieillie et son drapeau chinois flottant ( j'ai trouvé trace de son site mais je n'ai pas pu trouver beaucoup d'informations sur ce voyage au (très) long cours).

 

 La route descend dans une vallée au goût de désert. Les femmes sont habillées d 'un vêtement noir rehaussé par de subtiles touches de couleur, les dattes sèchent, étalées devant les maisons, les rochers ocres contrastent avec le vert des palmiers, la poussière est omniprésente. J'adore cette atmosphère si particulière que j'ai souvent rencontrée lors de mes divers voyages. Elle participe à ce merveilleux sentiment d'éloignement qui m'enveloppe à cet instant précis.

Nous traversons Erfoud. Mon cœur bat un peu plus fort et j'ai les yeux humides. Merzouga est proche. Le petit mono semble aussi enthousiaste que moi et il manifeste sa joie, poussé par un vent puissant. Peu après, au détour d'un virage, ce dernier frappe les motos sur le coté et nous avançons ballotés par le souffle de Monsieur Eole. La moto tangue, le sable traverse la route tel un tapis accueillant les voyageurs, peu à peu, le cordon de dunes se détache au loin. L'émotion est intense sous le casque quand nous pénétrons dans la ville de Merzouga. Trente six années plus tard, je parcours au pas la même rue qui nous emmène jusqu'aux fameuses dunes de Merzouga. Arrêt photo obligatoire pour immortaliser le moment.

A la recherche d'un hôtel, nous parcourons un petit bout de piste où la 125 se révèle étonnamment facile à mener. J'avais oublié qu'un poids plume allié à une hauteur de selle réduite était aussi adapté à un tel terrain. Il est 14 heures et nous allons pouvoir faire relâche pendant une demi-journée. Après ces multiples péripéties au cours desquelles le doute s'est installé à plusieurs reprises dans ma tête, cette arrivée a un goût unique que je savoure à sa juste mesure. Nous venons d'achever une semaine de voyage, j'ai l'impression d'avoir vécu un mois.

 

Nous partons faire un tour dans les dunes. Le vent est violent. Il n'y a pas grand monde; c'est la saison morte.