Sortie de mon premier roman : L’araignée et les volets de bois

Voyage dans le temps: le petit mono au Maroc - Retour au pays

 

Samedi. 120 petits kilomètres nous attendent. Nous suivons le route côtière et je m'arrête acheter un petit plat à tajines à un sympathique Marocain (pléonasme) qui tient une épicerie sur le bord de la route. Plus loin, nous voulons rentrer sur l'autoroute mais le gendarme en faction nous l'interdit. En fait, il avait pris le petit mono pour un 50 cm3! Après lui avoir montré la carte grise et le chiffre 125 sur le cache latéral, les portes de la voie rapide nous sont ouvertes. Parlons-en un peu de ma Honda; elle marche de mieux en mieux. Elle aussi aime les voyages. Mais, ça, elle me l'avait déjà montré il y a bien longtemps.

Arrivée dans le nouveau port moderne et spacieux. Qui vois-je en m'approchant du poste de douane? Marc! Décidément, on ne se quitte plus! Les formalités sont rapides et efficaces et se font dans le calme. Les véhicules ont droit au scanner XXL avant de pouvoir embarquer. Dans la file d'attente, il y a des 4X4 remontant de Mauritanie, dont une Toyota au bout d'une corde. heureusement, la boîte de transfert n'a lâché qu'à quelques kilomètres du port!

Nous embarquons et assistons, du pont supérieur, à l'arrivée des retardataires qui n'en finissent pas au point que nous levons l'ancre avec deux heures de retard sous un beau soleil couchant.

En enfourchant le petit mono ce matin, je m'étais fait la réflexion suivante. A aucun moment, je n'avais eu mal aux fesses, ce qui était loin d'être le cas avec mes Transalp. De là à en déduire que la Honda CG 125 est une grande routière.... 

Autre réflexion, alors qu'au début du voyage, je me sentais tel le crapaud sur une boîte d'allumettes, je m'installe maintenant naturellement dessus, comme si la morphologie de mon corps avait changé en s'adaptant à l'espace réduit offert par ma petite moto.

Durant la traversée, nous alternons les repas avec les siestes récupératrices, la lecture, la contemplation des étendues maritimes, les longues discussions avec Marc et les deux Transalpistes. La nuit est tombée et nous apercevons les lumières de Barcelone. On souhaite bonne route à Thierry et à Yves qui n'ont que 150 kilomètres à parcourir avant de retrouver leur maison. Marc nous accompagne jusqu'à notre petit hôtel tout proche. On se congratule, il est arrivé chez lui.

La météo annoncée pour demain est très mauvaise et nous décidons d'éviter la traversée des Pyrénées. Neige et grand froid annoncés. Nous quittons donc Barcelone sous la pluie en direction du Perthus. La pluie finit par nous abandonner mais c'est un vent très violent qui prend le relais. J'ai l'impression d'être un fétu de paille sous ses assauts répétés. Nous sommes en France et nous prenons la direction de Foix sur la belle route qui longe les Pyrénées. Le vent ne faiblit pas, ce qui devrait au moins nous épargner la pluie. Pourtant, cette dernière en remet une couche alors que la température chute. Nous sommes frigorifiés. Jean-Roland a soif de kilomètres aujourd'hui; alors nous continuons à rouler. Mais, à l'entrée de Quillan, j'abdique. Cela fait près de six heures que nous roulons, je suis trempé et mon estomac se manifeste. Dans le café, il n'y a que des frites. Avec deux thés en accompagnement, cela risque d'être un peu léger comme repas consistant et équilibré! C'est reparti. Nous sommes étonnés de voir des hommes en jaune au rond-point. Une manifestation? Ah oui, c'est vrai, nous avions entendu parler de ce futur mouvement des gilets jaunes avant le départ mais nous avons eu d'autres préoccupations durant ces deux semaines.  

Nous parcourons à l'énergie les derniers kilomètres qui nous séparent de Foix. Nous trouvons un très agréable hôtel en plein centre. Le grand radiateur de la salle de bain est mis à contribution et accueille en son sein bottes et vêtements divers. Nous déambulons dans les rues à la recherche d'un restaurant. Beaucoup sont fermés, c'est la morte saison. Nous finissons, le hasard fait bien les choses, dans un restaurant iranien. Je devais aller en Iran cette année et le voyage fut annulé; cela m'a libéré du temps pour effectuer cette virée au Maroc et je conclus cette dernière en mangeant un plat iranien et en discutant avec la très sympathique restauratrice de son pays que j'ai tant aimé en 2002.

Mardi 27 novembre. Dernier jour. Nous démarrons les motos alors que le soleil levant illumine le château au dessus de nous.

Cette étape est un bonheur, la pluie d'hier semble avoir lavé le ciel. Les couleurs sont exceptionnellement belles, nous ne quittons pas des yeux les Pyrénées aux sommets enneigés. Nous effectuons d'une traite les 160 kilomètres qui nous séparent de Tarbes où nous faisons un arrêt chez mon concessionnaire. Nous sommes en train de raconter brièvement notre périple quand arrive mon ami Bruno. Il a dû sentir l'odeur du CG parfumé au sable de Merzouga!

Un arrêt repas chez ma maman et nous entamons les 40 derniers kilomètres. Soudain, Jean-Roland me voit partir comme une fusée, couché sur le réservoir. J'ai une envie un peu puérile, me faire flasher par le radar installé en bas de la cote de Ger ( je précise qu'il flashe par devant). Quelle n'est pas ma déception de le voir recouvert d'un beau sac poubelle. Dommage, j'aurais tant aimé être en excès de vitesse avec mon ancêtre!

Dernier arrêt devant la maison. Nous sommes arrivés au bout de ce voyage de 3000 kilomètres. Je suis heureux. Le petit mono a rempli sa mission et j'ai eu un compagnon de voyage adorable qui a accepté avec le sourire les soucis de santé de ma vieille moto et dont la Yamaha a assuré son rôle avec brio.

Jean-Roland, on repart quand tu veux!