Sortie de mon premier roman : L’araignée et les volets de bois

Balade écossaise

 Au départ, il y a eu une très forte envie de retourner en Iran, magnifique pays avec une population si accueillante. J’avais encore en souvenir les cinq semaines que j’y avais passées en 2002 lors de mon voyage jusqu’au Pakistan et la perspective d’y retourner me remplissait de joie.

 

Trois années à doucement préparer ce beau projet. La vente du side-car qui nous avait permis de faire le tour de la mer noire après avoir constaté que notre Manon ne voulait plus se faire secouer dans cette petite caisse il est vrai peu confortable ! Puis l’achat d’un fourgon aménagé d’occasion. Quant à la moto, il était prévu que la VTR 250 de Marie ferait très bien l’affaire et que nous nous en partagerions le guidon. Un jour au volant, l’autre sur la selle de la Honda, une sorte de voyage à moto à mi-temps….

Malheureusement, à quelques semaines du départ, il a fallu annuler ce beau projet. Les quinze semaines à parcourir les routes turques, géorgiennes, arméniennes et iraniennes s’envolaient. Oublié le départ du 7 mai.

On n’allait pas se lamenter. Dans la foulée, c’est une petite virée en Ecosse qui fut décidée. Un peu moins exotique comme voyage. Quoique…. Il parait que certains se promènent en kilt là-bas !

Durée du voyage réduite de moitié, mais sept semaines devraient suffire.

 

Départ sous un beau soleil. L’esprit s’allège au fil des kilomètres. Je tire le rideau derrière moi, il n’y a plus que ce voyage à trois qui m’intéresse. Dans cette alternance moto-fourgon, je dois reconnaître que je préfère nettement les journées durant lesquelles je suis au guidon ! Mais, haut perché sur le siège du Master, j’ai un peu l’impression d’être un routier au volant de son camion. Depuis que je voyage à moto, j’ai toujours ressenti un lien avec ces routiers qui sillonnent les routes. Cela se traduit parfois par un petit geste de sympathie à leur encontre.

L’avantage de notre Cap Andreas, c’est son autonomie. 100 litre d’eau, une batterie auxiliaire performante, un frigo, un réchaud et de quoi dormir, c’est un palace comparé à la toile de tente que j’ai utilisé pendant quelques dizaines d’années. Et pour passer la nuit, il ‘y a rien de plus simple. On quitte l’axe principal et l’on arrive dans un village où l’on cherche l’endroit le plus approprié. Le premier soir, c’est près du terrain de foot, en bordure d’un petit bois. Très calme et il suffit d’une petite marche de dix minutes pour acheter le pain et les croissants le matin venu. Le deuxième soir, peu avant Dieppe, nous faisons une halte près de l’église ; très silencieux là aussi, sauf que l’horloge très sonore se manifeste toutes les heures ! 

 

 

 

 

 

Nous avions décidé de ne pas passer par Calais car nous avions la crainte que l’endroit soit un peu trop fréquenté. Un bon choix car le départ de Dieppe se passe dans le calme. En traversant la ville, la vision des nouvelles Alpine devant l’usine qui a récemment repris son activité me réchauffe le coeur. Elle est très réussie esthétiquement, la nouvelle voiture de la marque.

Quatre heures de traversée nous attendent sur une mer d’huile. Alors que j'assiste à l'embarquement, je crois un instant assister à l'arrivée de Patrick McGoohan, alias le numéro 6 à bord de sa Lotus Seven ( souvenir de la série Le prisonnier) suivi quelques instants après par Monsieur James Bond en personne avec Sean Connery au volant de son Aston Martin DB5! 

 

 

 

 

 

 

 


 

Puis, c'est l’arrivée à Newhaven. Nos premiers tours de roues sont prudents car il faut se familiariser avec la conduite à gauche. En outre, la circulation est dense dans la région. Heureusement, les conducteurs anglais ont un comportement dénué de toute agressivité. La courtoisie est de mise et c’est bien agréable quand on cherche son chemin et que l’on hésite sur l’itinéraire à emprunter.

Nous sommes partis sans aucun programme particulier à part le fait que nous irions jusqu’en Ecosse. La beauté du sud de l’Angleterre nous retient plus longtemps que prévu.

Cela commence par New Forrest où nous trouvons un camping très agréable dans lequel les chevaux et les vaches déambulent librement. Et aussi quelques écureuils peu farouches. Un Anglais bien plus intéressé par le football que nous ne le sommes nous annonce à l’avance la victoire de la France et même le score de la finale de la coupe du monde.

 

 

 

 

Nous quittons cet endroit préservé après trois jours. C’est Marie qui est au guidon. Elle retrouve avec plaisir sa moto et je découvre la conduite à gauche avec volant à droite. L’avantage, c’est que je peux facilement coller les bas-côtés, ce qui est appréciable compte tenu de l’étroitesse des routes secondaires. Ces dernières sont en outre bordées de talus surmontés de haies et cela donne une impression étrange de pénétrer dans un couloir sans échappatoire. Heureusement, la courtoisie semble être un principe édicté dans les auto-écoles et les Anglais se montrent toujours patients et prévenants face à nos hésitations. Autant que je me souvienne, ce n’était pas aussi simple au Pakistan, même si l’on roule également à gauche dans ce lointain pays !

Après Plymouth, nous décidons de quitter l’axe principal trop peuplé à notre goût. C’est l’occasion de découvrir des dénivelés importants. La plupart du temps, il n’y a pas de virages pour limiter la pente, c’est tout droit que l’on se dirige vers le point le plus bas ou le plus haut.

Nous pénétrons dans le Devon, région sauvage qui longe la mer.

 

 


 

Nous faisons une halte après le petit port de Looe dans un camping avec piscine pour la plus grande joie de Manon. Nous optons pour la partie la plus calme au fond du camping, avec vue sur la mer et les chevaux dans la prairie voisine. Le lendemain matin, je pars sur mon vélo. C’est bien la première fois que je emporter mon deux roues en voyage et je reconnais que le fourgon présente quand même quelques avantages. Je me perds dans des routes étroites où j’ai du mal à croiser les rares voitures rencontrées. Quant aux dénivelés, il se confirme qu’ils sont impressionnants au point que je finis par poser pied à terre pour terminer une grimpette musclée. Les coteaux de Jurançon, c’est du faux plat comparés aux montées anglaises ! Nous passons trois jours dans cet endroit paradisiaque. Le soleil ne nous quitte pas. Plus de radio, de journaux, d’internet, le nettoyage du cerveau est entamé….

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

Nous reprenons la route. On se perd sur ces départementales, on traverse des villages non indiqués sur la carte. Il y a toujours ces haies imposantes qui empêchent une vision lointaine. En milieu de journée, nous arrivons à Truro, petite ville de 20 000 habitants. Un panneau conseille aux automobilistes de stationner sur le grand parking situé à la périphérie et d’emprunter les bus pour se rendre en ville. A côté du parking, il y a une grande surface ; elle est très bien intégrée au paysage environnant, on la remarque à peine, ce qui change des habitudes françaises. Pour en rester aux comparaisons, l’absence de panneaux publicitaires est remarquable alors que, chez nous, cette pollution visuelle défigure nos routes. C’est l’occasion de faire le plein de nourriture. Alors que nous sortons du parking de la grande surface, les roues du caddy se bloquent. Impossible d’avancer. Une dame nous signale qu’il est interdit de sortir de cette enceinte. Je fais demi-tour et le caddy se remet à fonctionner normalement ! Comment cela fonctionne-t-il ? En tout cas, c’est efficace.

Fin de journée. Nous arrivons à Saint Just, village situé dans la partie la plus à l’ouest de l’Angleterre. J’ai l’impression de rentrer en Bretagne, avec ses maisons de granit grises rehaussées avec parcimonie de quelques touches de couleur. C’est sauvage, c’est beau et le petit camping qui nous accueille à la sortie du village est à l’image de la région. On aime ! Nous partons marcher sur les bords des falaises proches qui dominent l’océan. Le soleil nous laisse profiter de sa descente à l’horizon en se parant de belles couleurs ; çà et là, se trouvent quelques cheminées délabrées, témoignage des anciennes mines d’étain qui florissaient dans cette partie de l’Angleterre.

 

 

 

 

 

 

 

 

20 juillet. Une balade pédestre nous amène jusqu’à Saint Just par le sentier côtier. Nous découvrons sous un petit abri quelques légumes laissés avec l’indication du prix. Il suffit de laisser l’argent dans une boîte posée à côté. Nous rentrons donc au camping avec nos fèves fraîches. Il y a un festival de musique de deux jours au village. L’ambiance est bon enfant et nous apercevons sur la place six « voitures » sans moteur. Un tracteur les amène un peu plus tard en haut de la cote du village et c’est parti pour la folle descente sous les acclamations du public massé sur le trottoir !

 

 

 

 

 

Alors que nous assistons à ce sympathique spectacle, une vieille voiture décrépie attire mon attention. Je m'en approche et j'aperçois dans un  garage une multitude de Triumph et MG en pleine restauration. Le bâtiment ne paie pas de mine mais le travail réalisé a l'air de grande qualité.

Plus tard, j’effectue une balade à vélo. Les arbres sont absents du paysage. C’est le royaume des buissons épineux et des arbustes au milieu desquels foisonnent les oiseaux et les insectes.

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Barnstaple, Linton, Porlock : cette fin d’étape est un pur bonheur, même au volant du fourgon. On est en phase tous les deux, j’ai pris sa mesure et les routes étroites et sinueuses sont avalées à un rythme soutenu, avec le gros moteur diesel dans sa plage de régime favorite autour de 2500 tours/minute. Au début, je me suis cru dans la région des Baronnies, chez moi, dans une forêt touffue puis la route s’élève dans la lande et, soudain, la baie de Bristol s’offre au regard, avec d’énormes falaises. Au loin, on distingue les côtes du Pays de Galles naissant. Un moment magique. L’Angleterre nous réserve de belles surprises depuis notre arrivée dans ce pays. La campagne n’a rien à envier à son homologue française. Elle est variée, coquette, charmeuse, mystérieuse, elle nous offre de multiples facettes. En outre, le soleil permanent est propice à l’émerveillement ; j’imagine que nous serions moins enthousiastes sous la pluie au guidon de la Honda ou derrière la pare-brise du fourgon !

20%, puis 25%, bigre voilà des pentes inhabituelles chez nous et il convient de jouer au frein moteur pour retenir les élans du Master !

Pour conclure en beauté cette étape de rêve, nous arrivons dans un camping à la ferme situé dans un cadre magnifique, au bord d’un ruisseau qui semble nous promettre une douce nuit.   

Nous passons trois jours dans ce petit coin de paradis où je multiplie les virées à vélo. Il se confirme que les pentes sont ardues ici et cela me permet de maintenir ma condition physique !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

Nouveau départ et nous empruntons l’autoroute. Il me faut un peu de temps pour m'habituer à des vitesses plus élevées après des centaines de kilomètres à un rythme très paisible sur les petites routes sinueuses d'Angleterre. C'est l'occasion de voir que les autoroutes sont gratuites mais aussi qu'elles sont bien moins entretenues que chez nous. Les aires de repos sont minuscules (c'est souvent un simple parking) et peu agréables.

Nous rentrons dans le Pays de Galles dans la région des Black Mountains et faisons une halte dans un charmant village à la caractéristique peu commune. Il possède une trentaine de librairies! C'est Hay on Wye. Un village dédié aux livres. Chouette!

Ce qui frappe, depuis que nous sommes arrivés en Angleterre, c'est l'absence de tous ces panneaux publicitaires qui fleurissent chez nous aux abords des villes. Ici, il n'y a pas cette pollution visuelle contre laquelle nos gouvernements successifs n'ont jamais vraiment tenté de lutter. Dans le même ordre d'idée, on ne trouve pas les zones commerciales françaises qui ont peu à peu défiguré nos villes et qui se ressemblent toutes. Nous avons l'impression qu'il y a la volonté de préserver l'environnement et cela passe aussi par le respect des villes et de leurs bâtiments. A Hay on Wye, alors que je recherche une poêle ( c'est sympa de pouvoir faire des crêpes dans son fourgon!), je rentre dans une boutique que j'appellerai " à l'ancienne", ces magasins qui ont disparu sur le territoire français au profit des omniprésentes grandes surfaces. Le magasin si discret vu de l'extérieur, se révèle être une véritable caverne d'Ali Baba où l'on peut trouver son bonheur. Il me rappelle un temps pas si lointain où de telles boutiques étaient monnaie courante et où l'on pouvait trouver une oreille attentive et un véritable service.

En sortant du magasin, j'aperçois une réplique de Lotus Seven. Depuis notre arrivée sur le sol britannique, nous croisons régulièrement ces voitures atypiques, souvent des autos anciennes. Elles semblent utilisées au quotidien et elles mettent un peu de fantaisie au milieu des voitures modernes qui se ressemblent toutes. Et elles sont la plupart du temps décapotées.   

 

 

 


 

 

Nous poursuivons notre route vers le nord. L'examen de la carte la veille nous annonçait la couleur: nous allions traverser une région avec une forte concentration humaine ( Liverpool, Manchester, Sheffield, Leeds). C'est le cas, l'autoroute est très fréquentée et la vision régulière d'un panneau indiquant sa fermeture entre la sortie 32 et 33 n'annonce rien de bon. Au niveau de Preston, nous voilà conviés à jouer au test de l'entonnoir ou comment diriger quatre files ininterrompues de voitures et camions vers une seule voie! Bouchon énorme de plusieurs heures mais rendu supportable par le calme et la courtoisie des conducteurs. Je n'ose imaginer la même situation en France! Nous finissons par arriver un brin épuisés à Windermere dans la région du Lake District National Park. Il est minuit, le camping est fermé et nous posons le fourgon juste devant pour une nuit récupératrice. 

Le lendemain matin, je vais à la réception. "Tout est plein" me dit-on "C'est la pleine saison". Je retourne au fourgon et, deux minutes plus tard, on frappe à la porte. "Il vient juste d'y avoir un désistement, la place est libre". Nous sommes heureux d'autant que, comme souvent, le camping est superbement situé, dans un endroit calme, en pleine nature. Nous allons pouvoir recharger les batteries .... et observer nos voisins anglais. Ils nous étonnent parfois. Il y a d'abord la télévision, accessoire indispensable, qui équipe l'immense majorité des caravanes et camping-cars; les tentes y ont aussi droit! L'aménagement des caravanes est très coquet, on a l'impression qu'il y a la volonté de reproduire le confort de la maison. Enfin, il y a l'omniprésence des chiens qui accompagnent leurs maîtres. Ils ont droit à des parcours de promenade spécifiques qui leur sont dédiés autour des campings! Ce qui me surprend, c'est de voir des voitures très haut de gamme arriver avec la caravane; ici, on peut être très riche et aimer camper.

 

 

 

 


 

 

Départ pour l'Ecosse. Pas de chance pour Marie, c'est son jour sur deux roues et le pluie s'invite, le type de pluie qui détrempe n'importe quel motard en quelques minutes. Nous faisons une halte à Moffat, notre première ville écossaise et je me délecte d'une sorte de bœuf bourguignon dans une pâte feuilletée; Marie tente le haggis, la panse de brebis farcie et, ma foi, c'est très bon. On se sent bien dans cette petite ville et on se promène dans les rues en faisant quelques achats. Allez, c'est décidé, nous ne reprendrons pas la route aujourd'hui; il y a un panneau "camping" qui nous fait de l'oeil....

 

 

Le lendemain, j'ai plus de chance au guidon car le ciel, parfois menaçant, décide de m'épargner. Nous arrivons donc au Loch Lomond, rendu célèbre par le capitaine Haddock et son whisky adoré. Route minuscule comme souvent mais aussi beaucoup de monde. Nous nous rabattons sur Arrocha. Je trouve un charme désuet à ce village délaissé par les vacanciers.

 

 

 

Dernier jour de juillet. Aujourd'hui, j'ai le sentiment de vraiment pénétrer en Ecosse sur la très belle route qui nous amène jusqu'à Glencoe. Montagnes aux multiples tons de vert, lumière changeante au gré des relations incertaines entre le soleil, les nuages et la pluie. J'envie Marie au guidon de sa vaillante petite moto. Malheureusement, une heure après notre arrivée à Glencoe sur le bords du loch Leven, la pluie s'invite et ne nous quitte plus. Le plafond nuageux est très bas, le vent souffle, la température chute. Au secours, l'été s'en est allé!  Le fourgon est notre seul refuge et commence à sentir le chien mouillé. Il faut que je respire. Quoi de mieux pour me protéger que ma combinaison de pluie. C'est donc dans cette tenue légèrement voyante que je pars marcher dans les environs. Les bois sont remplis de fougères multiples, la mousse omniprésente semble y avoir fait son nid. La brume qui survole le loch lui donne une atmosphère baignée de mystère. C'est très beau .... mais nous aimerions que cela soit moins humide!

Deuxième journée un peu moins pluvieuse et j'en profite pour aller pédaler dans ce cadre magnifique. Puis, c'est une marche en famille. C'est l'occasion de nous attarder sur les maisons aux intérieurs coquets que nous devinons à travers les fenêtres; ces dernières semblent servir de vitrine et de multiples objets visibles de l'extérieur y sont déposés. Très cosy.

Vingt heures. Une petite camionnette pénètre dans le camping détrempé en diffusant, via son haut-parleur l'air de la chanson "Hello, le soleil brille" et propose à la vente des glaces. Maintenant, nous en sommes certains, les Ecossais ont beaucoup d'humour! 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous quittons Glencoe après ces trois jours très humides. Aujourd'hui, c'est jour de fête pour Manon car nous nous arrêtons sur le bord de la route près de Glenfinnan. Elle ne comprend pas pourquoi nous stoppons ici alors qu'il n'y a manifestement rien à voir.  Nous lui apprenons que nous allons faire une petite marche jusqu'au viaduc sur lequel passe le train transportant Harry Potter et ses amis jusqu'à l'école de Poudlard. Cela fait bientôt un an qu'elle a dévoré tous les livres racontant l'histoire du célèbre apprenti sorcier et visionné les films. On ne pouvait pas lui faire de plus beau cadeau.

Plus tard, nous quittons l'axe principal pour une route déserte direction la péninsule d'Ardnamurchan. La nature se fait moins verte, le rocher plus présent. Sur cette "single road", ce qui signifie une seule voie, on roule lentement et on apprécie le moment. Pour se croiser, c'est simple, il y a des "passing places" où la route s'écarte subrepticement. La courtoisie des conducteurs fait le reste et la circulation se passe sans heurt. Difficile à imaginer en France une telle route sur des dizaines de kilomètres.

Arrivée dans un petit camping à Resipole au bord du loch Sunart. On s'y sent instantanément bien. L'atmosphère est paisible, la lumière change à chaque instant même si nous souhaiterions des périodes de soleil moins rares et fugitives.  Manon investit tout de suite la plage de galets, l'accordéon sort de son sac, les vélos partent en virée. Nous décidons de nous poser dans cet endroit si accueillant. C'est là tout l'avantage d'un voyage sans programme, on peut décider de sa direction à tout moment en fonction de son ressenti.

J'effectue une belle balade à vélo dans ce coin d'Ecosse déserté. Sur le chemin du retour, j'aperçois un petit panneau devant une maison: pains et gâteaux à vendre. Je sonne. Une dame vient m'ouvrir, me fait rentrer dans sa salle à manger. Sur le buffet quelques jolis petits pains et pâtisserie maison. Je fais mon choix et je paye. Nous parlons. Je lui dit que j'aime beaucoup sa région mais que le climat y est un peu trop incertain à mon goût. elle semble étonnée et me répond qu'il est tout à fait normal. Je sais maintenant que je n'ai pas la même notion du beau temps que les Ecossais! 

Le soir, il règne une atmosphère particulière car la nuit tarde à s'installer complètement. Nous nous sommes rapprochés du cercle polaire et  les jours ont rallongé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après ces trois belles journées, Marie se régale au guidon de sa moto alors que nous prenons la direction du fameux Loch Ness. L'étape prend de l'ampleur quand nous décidons de rouler sur la rive est du Loch; ça monte, ça souffle, la pluie se met de la partie puis disparaît aussi soudainement qu'elle était arrivée. Un climat très .... écossais qui offre en contrepartie des paysages magnifiquement contrastés, entre ombre et lumière. En fin de journée, nous arrivons au village de Dores. Il y a un pub et un petit parking en terre battue en contrebas. Deux fourgons y sont garés. Je demande l'autorisation au gérant du pub de passer la nuit. Cela ne lui pose aucun problème.  Nous stationnons notre fourgon à dix mètres du loch. La journée tire à sa fin. Manon s'entraîne aux ricochets, puis on mange dans le pub. La nuit vient de tomber, j'ai envie de jouer dans ce cadre magnifique. Je m'installe face aux eaux noires du loch et sors mon accordéon pour une heure de bonheur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le lendemain, une nouvelle belle étape nous attend. Elle nous conduit à une distillerie puis nous empruntons une route déserte. La végétation change, le climat aussi, enfin la pluie s'en est allée. Je me régale devant des paysages bucoliques puis la route prend de la hauteur et  nous atteignons notre première station de ski d'Ecosse. Terminées les petites maisons de pierre contrastant avec les près aux multiples tons de vert, c'est une lande garnie de bruyère qui s'offre à notre regard. On termine cette belle journée à Braemar, agréable village et camping qui ne l'est pas moins. C'est décidé, on y reste deux nuits.

Je pars explorer la région et sa réserve naturelle à vélo, mais la pluie revient à la charge. J'avais fini par l'oublier, mais pas elle! Je rentre trempé au fourgon.

 

 

 

 

 

 

 


 

Arrivée à Edimbourg. Le camping est complet mais on finit par nous proposer un emplacement réduit. On ne fait pas les difficiles et on gare le fourgon sous un arbre. A quelques centaines de là, il y a la mer du nord et le beau temps revenu nous invite à aller marcher à marée basse.

Plus tard, une discussion avec une Anglaise me fait prendre conscience de la chance que nous avons de vivre en France. Quant je lui apprends que nous sommes partis pour sept semaines de voyage et que, de temps en temps, c'est pour le double de ce temps que durent nos périples, elle m'indique que c'est pour elle la deuxième fois qu'elle a trois semaines d'affilée de congés; d'habitude, c'est deux semaines maximum. Elle finit par me dire: "Et au retour, vous retrouvez votre travail? Parce que chez nous, si l'on part si longtemps, on est définitivement remplacé".

 

 

 

 

 

Nous partons vers le centre de la ville en bus deux étages. Manon est ravie de s'asseoir au deuxième niveau. Edimbourg nous séduit. Il s'en dégage un dynamisme, une certaine joie de vivre. Je constate toutefois qu'il y a beaucoup de personnes qui passent leur journée dans la rue. Leur travail? Distribuer des prospectus publicitaires. Ce sont les hommes-sandwich modernes. J'imagine qu'ils sont maigrement payées.

 

Nous visitons le parlement écossais, une institution récente qui date de 1998, 292 ans après sa disparition lors de la formation du royaume de Grande Bretagne en 1707. Depuis notre arrivée en Ecosse, les discussions avec les habitants font ressortir leur fierté d'être Ecossais et une certaine distance avec le voisin anglais. 

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Départ d'Edimbourg. Marie est au guidon et se régale. Il a toujours autant de moutons dans les prés et le temps changeant révèle des couleurs contrastées superbes. Nous faisons une petite halte à Moffat qui nous avait accueillis lors de notre entrée en Ecosse. En fin de journée, nous longeons le mur d'Hadrien. Cette fortification a été érigé il y a bientôt deux mille ans par l'empereur Hadrien. Elle fut construite sur toute la largeur du nord de l'Angleterre pour se protéger des envahisseurs. Il ne reste que des vestiges de cet ouvrage. Il se dégage une atmosphère particulière de cet endroit où les habitations sont rares. Un mélange de rudesse et de douceur, souligné par le gris des murs délimitant des prés et les multiples verts offerts par la nature omniprésente. Nous y trouvons une petit camping à la ferme au charme fou, sûrement le plus beau camping de notre voyage. A proximité, les moutons nos entourent; leur présence ajoute à la quiétude de l'endroit. Le soleil joue à cache-cache avec la pluie. Nous partons marcher dans cet endroit paradisiaque.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous avons beaucoup aimé le baromètre local du camping .....

 

 


 

 

Le lendemain, c'est une étape "à l'énergie" qui nous attend. Il nous faut rejoindre Londres. Après une première partie agréable sur les routes départementales anglaises, c'est l'autoroute M1 qui nous attend. Je me sens tout petit avec la VTR au milieu des trop nombreux poids-lourds qui sillonnent le pays. Circulation dense, ralentissements, je regarde régulièrement les chiffres du compteur qui défilent trop lentement à mon goût.

Nous quittons la morne autoroute et faisons une halte à Rushden. Contrairement à la France, il n'est pas aisé de trouver un emplacement où garer le fourgon pour la nuit. L'espace public est plus compté que chez nous. Les villes ne sont pas disposées de la même façon; on ne trouve pas l'église avec la place autour. Après une première tentative à côté du stade de foot, nous trouvons notre bonheur devant l'école fermée pendant cette période de vacances.

 

 

Le lendemain, nous parvenons sans trop de difficultés au camping située dans la banlieue de Londres. Trois jours nous attendent dans la capitale anglaise. Ce ne sera pas mon meilleur souvenir. Le bus à prendre la matin, puis le train, enfin le métro. Parlons-en du métro. Un enfer! Il y règne une chaleur suffocante, les rames font un bruit terrible au point que j'ai fini par sortir mes bouchons d'oreilles. En fin d'après-midi, pendant les heures de pointe, c'est carrément insupportable. Le métro parisien, à côté, c'est un transport de luxe! Je plains sincèrement les habitants obligés de l'emprunter quotidiennement.

Je n'aime déjà pas les grandes villes mais, avec Londres, il y a comme un phénomène de rejet! Dans ces mégapoles, j'ai le sentiment que je n'existe plus, absorbé par l'immensité des bâtiments, l'absence de la nature, l'agression des bruits incessants. Je regarde les gens autour de moi et je vois très souvent une foule pressée par le temps, un troupeau d'être humains déambulant dans les rares espaces laissés libres par les bâtiments tentaculaires qui cachent l'horizon. Plus j'avance en âge et plus je réalise l'inhumanité d'une grande ville. Tout y est artificiel, je m'y perds.   

 

 

 

 

 

Le célèbre taxi anglais et, juste derrière, la version moderne électrique. 

 

Dans Covent Garden, nous avons eu droit au spectacle de ce chanteur lyrique à la voix superbe.

 

 

Juste à côté, c'était une "réplique" de Charlie Chaplin touchant et drôle à la fois.

 

 

 

 

Au camping, nous avons assisté à la tonte d'un gazon qui n'en avait nullement besoin. C'est d'ailleurs une obsession, aussi bien en Angleterre qu'en Ecosse. Les tondeuses sont souvent de sortie, parfois entre deux averses! 

 


 

 

Dernière étape pour rejoindre le ferry à Newhaven. Le tour de Londres par la M25 avant de rejoindre l'autoroute nous parait bien long; normal, il nous faut parcourir 150 kilomètres! L'attente au port est agréable car il y a quelques motards, un sympathique couple d'Italiens avec une Africa Twin de 1990 et un Français sur son Aprilia Caponord. Quatre heures de traversée un peu mouvementée sur une mer aux vagues "dynamiques".

Nous débarquons à Dieppe à 22H30. Nous posons le fourgon sur une aire dédiée aux camping-cars. Avant d'aller dormir, nous faisons un petit tour. Alors que nous nous apprêtons à traverser sur le passage protégé pourtant bien éclairée, une voiture de police nous coupe le chemin: c'est une certitude maintenant, nous sommes bien rentrés en France!

500 kilomètres nous attendent jusqu'en Vendée où nous trouvons, par hasard, un camping municipal à Saint Etienne du Bois, en Vendée. L'endroit est très agréable et désert, nous décidons d'y passer deux nuits.

Puis, il y a une halte à Fouras, dans la région de La Rochelle, où le fourgon est stationné à quelques mètres de la plage. Une bonne façon de terminer notre voyage.

 

 

 Retour à Pau après 6200 kilomètres de voyage.

La VTR 250 se porte comme un charme. Elle aime ça, les virées à l'étranger. Il va être urgent de lui trouver une nouvelle destination...