Sortie de mon premier roman : L’araignée et les volets de bois

Voyage à Djanet - Retrouvailles

5 / RETROUVAILLES
Débila, 12 décembre 1990. Salah m’invite à rentrer chez lui. Je viens de m’enquiller 500 kilomètres sous la « protection » de Monsieur Eole, très ( trop à mon goût) présent depuis mon arrivée sur le sol algérien. La journée fut encore une fois une lutte contre cet élément naturel qui a décidé de me mener la vie dure. La moto inclinée comme si elle enroulait un interminable virage, les muscles du cou endoloris par leur incessant combat contre le vent, la route tellement balayée par le sable qu’elle finissait par se confondre avec l’environnement. J’avais parfois l’impression d’être le marin d’un bateau qui tente de maîtriser son navire sous un fort grain. De temps en temps, je caressais le réservoir de ma moto comme le fait le cavalier à son cheval pour l’encourager . C’est que, Titine et moi, nous sommes maintenant comme les doigts de la main ; nous formons un tout indissociable. Difficile à exprimer cette communion parfaite qui s’est instaurée au fil des jours entre l’homme et la machine.

Entre Ouargla et Touggourt, je me suis arrêté dans l’unique bâtiment du parcours, le restaurant du carrefour. Un endroit sale, bleu et blanc à l’origine, avec trois tables entourées de quelques chaises bancales, des fils électriques pendouillant, un vieux frigo et un comptoir crasseux. Dehors, la tempête redoublait de violence. L’omelette aux frites que l’on me servit fut une des meilleures que je n’ai jamais mangé. Affamé, épuisé, je l’ai dévorée en appréciant chaque bouchée de ce plat simple mais ô combien délicieux. Deux thés à la menthe ont fini de me requinquer totalement. Les routiers présents m’ont mis en garde contre les passages de sable qui recouvraient parfois entièrement la route. J’ai ressenti un certain respect de leur part vis à vis de ce motard affrontant les éléments déchaînés. Au fur et à mesure que j’approchais de la maison de Salah et Mabrouka, je ressentais une excitation semblable à celle que j’éprouve en arrivant chez les personnes chères à mon cœur. Nous ne sommes pourtant vus que 24 heures il y a plus de cinq ans lorsque ce jeune couple nous avait chaleureusement hébergés lors de notre première journée sur le sol algérien. J’ai encore le souvenir de ce thé à la menthe que nous avions partagé au sommet d’une dune sous un ciel magnifiquement étoilé.

 

Les retrouvailles se font naturellement comme si nous nous étions quitté la veille. Un somptueux couscous est préparé en mon honneur et les discussions se poursuivent tard dans la nuit

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Le lendemain, je paresse dans mon lit. J’écoute la maison se réveiller doucement. Je suis bien. Salah vient me réveiller et nous déjeunons ensemble. Nous partons ensuite au poste de police faire la déclaration d’hébergement, formalité obligatoire dans ce pays.

Pendant que Salah part travailler, il me confie à un de ses amis, Ali. Pour nous rendre à El Oued, nous nous dirigeons vers la station de taxis où j’ai tout loisir d’assister à une scène étonnante pour le pauvre Français que je suis. Il n’y a pas de file d’attente et de nombreuses personnes se sont dispersées stratégiquement( ?). Lorsqu’un taxi arrive, il se gare ( jamais au même endroit pour pimenter la chose). Les gens se précipitent et les derniers arrivés ont perdu. Après une demi-heure d’attente, nous trouvons enfin un taxi libre, une 404 familiale. Les 20 kilomètres sont parcourus avec, dirais-je, une rapidité teintée de nonchalance de la part du chauffeur génératrice de sueurs froides pour les passagers.

Nous visitons longuement la ville aux mille coupoles, le signe architectural de la région.

 

 

 

El Oued