Sortie de mon premier roman : L’araignée et les volets de bois

France-Pakistan - Nouveau départ

Ankara (27 mars 2002 )


« Madame République Islamique d'Iran et Christian ont la joie de vous annoncer la naissance de leur enfant. Après une grossesse douloureuse et un accouchement difficile, le petit Visa est enfin venu au monde. Le choix du deuxième prénom a été l'objet de vives discussions entre les parents mais, au final, 7 jours paraissant trop réducteur pour un enfant promis à un si bel avenir, c'est 1 mois qui a été retenu. Le bébé se porte bien, mesure environ 7 centimètres pour un poids non connu ».

Gagné, JE L’AI !!!! Enfin. J’ai l’impression que l’on vient d’abattre ce grand mur qui me barrait la route. Mon voyage reprend son cours ; je me sens heureux, calmement heureux. J’en oublie la neige qui vient de s’abattre sur Ankara.

 

Tatvan (31 mars 2002)

Après trois longues étapes dans le froid et parfois, sous la neige, je me sens lessivé alors que je retrouve cette petite ville d’altitude. Le fait d’avoir refait le même parcours a été peu motivant mais l’espoir de retrouver l’Iran me porte. En plus, j’ai eu le plaisir de retrouver mes deux amis motards à SanliUrfa hier au soir. L’idée de faire un petit bout de route ensemble s’insinue en moi. Wait and see.

 

Entre Tatvan et Iran

Orumyieh (1er avril 2002)

Alors que je marche dans les rues désertes et détrempées de ma première étape iranienne, les deux seuls passants que je croise sont….Vincent et Stéphane. Décidément, nous devenons inséparables. Lors de la soirée, nous parlons de la future traversée du Pakistan que nous envisageons d’accomplir ensemble. Il faut dire que, après les évènements du 11 septembre, les informations que nous avons reçues sur ce pays n’étaient guère encourageantes. Alors, devant une carte, on échafaude des plans pour passer le plus rapidement possible d’Iran en Inde. Bref, nous ne faisons pas les fiers.

Bazar d'Orumyieh

Sanandaj (4 avril 2002)

Je viens de vivre une étape encore « physique » aujourd’hui. Décidément, je n’ai pas encore connu des journées à rouler, les pieds en éventail, la visière du casque relevée.


Ce matin, le soleil et le ciel bleu étaient là pour me souhaiter une bonne journée. J’avais le cœur léger. Au loin, les montagnes et leurs sommets enneigés. La route fut bonne, rien à voir avec l’axe Tabriz-Téhéran emprunté il y a trois semaines. Plus tranquille, avec beaucoup de champs, de verdure, de nombreux bergers et leurs moutons, quelques villages où respire la pauvreté. Ce qui m’a de nouveau impressionné, ce sont les attroupements autour de ma moto et, quand une cinquantaine de paire d’yeux sont là à m’examiner dans ma procédure de départ ( casque, gants, lunettes de soleil, démarrage du moteur), c’est parfois un peu dérangeant.


Peu à peu, la route s’est élevée et le froid avec ! Encore ! Les poignées chauffantes ont marché sans discontinuer. Au sommet d’un col, je suis arrivé sur un plateau désert, tacheté de neige, balayé par un vent glacial. J’ai alors dépassé une Minsk 125 pilotée par un homme, avec son gamin et sa femme en tchador derrière et un chargement impressionnant ; l’équipage roulait à 60 km/h dans un panache de fumée incroyable. J’ai eu honte soudain de me plaindre avec mon blouson de moto, mes manchons et mes poignées chauffantes.

Que la vie m’a paru dure dans cette région, si éloignée de Téhéran la moderne. Je n’ai pas compté les épaves roulantes que j’ai croisées au cours de cette étape, elles étaient trop nombreuses. Je me demandais ce qui allait lâcher en premier : l’embrayage, les amortisseurs, la transmission ou la carrosserie prête à s’écrouler au premier trou venu.