Sortie de mon premier roman : L’araignée et les volets de bois

France-Pakistan - Turquie

Alors que le jour décline, j’approche de la frontière Turque. Adieu, l’Europe. Avec une certaine excitation, je traverse le pont qui sépare les deux frontières. Le change est l’occasion de me sentir riche ; d’un coup de baguette magique, mes quelques centaines d’euros se transforment en centaines de millions de livres ! La pleine lune m’accompagne dans mes premiers tours de roues sur le sol turc et j’y vois comme un bon présage pour la suite de mon voyage.


Je m’arrête dans la première ville pour y passer la nuit. Tout de suite, je ressens un bien-être alors que je pénètre dans un petit resto où mangent quelques personnes du quartier. Dans cet endroit modeste, je reçois un accueil mêlé de gentillesse et de discrétion. Il règne dans ce lieu une atmosphère si différente du pays voisin.

Je savoure ce moment magique où tout mon esprit quitte définitivement son environnement quotidien habituel en fermant soigneusement la porte derrière lui pour rentrer dans celui du voyage.

Difficile à expliquer cette transformation qui s’opère en moi et qui me remplit peu à peu d’un sentiment de bonheur très fort.

A cet instant précis, une nouvelle vie s’offre à moi et, au delà de cette envie de visiter de nouveaux pays, d’y rencontrer les habitants, je me demande, alors que la nuit s’est installée depuis longtemps, si cette force intérieure qui me pousse à voyager ne prend pas sa source dans ce sentiment qui, systématiquement se manifeste dans chacun de mes voyages.

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De retour à l’hôtel, le patron m’invite à boire le thé dans le salon où les clients regardent la télévision ; l’émission qui passe est …. « Qui veut gagner des millions ? » !

12 millions de livres : c’est ce qu’affiche la pompe à essence une fois mon réservoir rempli. Bigre ! Je me sens soudainement moins riche que la veille. Une rapide conversion m’apprend que le carburant est aussi cher qu’en France. Heureusement, le pompiste me fait rapidement oublier ce détail en m’invitant à boire le thé. Quelle différence avec les stations françaises inhumaines où l’on se sert pour ensuite aller payer à la caisse.


Je me sens en pleine forme car j’espère arriver le soir à Ankara et aussi parce que, quelques heures auparavant, j’ai traversé le détroit des Dardanelles ; j’ai aimé cette attente alors que le soleil matinal réchauffait mon corps, les simits, ces petits pains au sésame, achetés à un jeune marchand ambulant, la lente arrivée du bac, l’embarquement de ma Transalp, et ce sentiment que, de l’autre côté, une belle journée m’attendait.


Je roule avec entrain pour ma première étape turque. Les routes sont en moins bon état qu’en Grèce, les constructions souvent plus modestes, les véhicules plus « fatigués », les conducteurs encore moins rigoureux mais, tout au long de la journée, j’y rencontre bien plus de chaleur humaine à chaque arrêt dans une station d’essence, un magasin, un restaurant. Une gentillesse empreinte de douceur. Oui, la Turquie me séduit comme elle a su le faire quatre années auparavant.


Je roule… comme je le sens, un peu comme tout le monde ici. Cela donne quelque chose de relativement anarchique, mais dans un certain calme, sans aucune agressivité.
A 80 kilomètres d’Ankara, je décide raisonnablement de m’arrêter; déjà près de 3000 kilomètres depuis mon départ pas si lointain. Une course un peu folle. Demain, j’espère que les portes Iraniennes vont s’entrouvrir pour me laisser rentrer dans ce pays qui me fascine.
Une belle pizza turque (pide), une savoureuse soupe de légumes et un thé (pour 2 euros le tout) dans un petit resto achèvent cette longue journée. Demain, de longues formalités m’attendent….

 

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