Sortie de mon premier roman : L’araignée et les volets de bois

France-Pakistan - Bye-Bye Pakista, rebonjour Iran

Ispahan (23 mai 2002)

Je viens de m'enquiller un marathon de quatre jours et je suis à peine essoufflé! L'entraînement sans doute.

20 mai. Traversée du désert du Balouchistan. 650 kilomètres en 11 heures sous une forte chaleur mais tellement concentré sur mon sujet que j'ai trouvé l'étape (presque) facile.

Balouchistan

21 mai. Passage de la frontière Pakistano-Iranienne en deux heures chrono avec, c'est une habitude, un désintérêt total des douaniers pour mes bagages. Il va falloir que j'envisage sérieusement de transporter de la drogue dans mes sacoches pour financer mes futurs voyages!


Puis une longue route surchauffée jusqu'à Bam où, malgré une vitesse de 100 km/h, le ventilateur de ma moto n'a cessé de fonctionner. Arrivée à l'Akbar Tourist Guest House de Bam (une adresse à retenir, une des meilleures de tout mon voyage) où je retrouve Akbar et sa profonde gentillesse et des voyageurs de tous horizons; les discussions se prolongent tard dans la soirée.

22 mai. Bam-Yazd: 550 kilomètres à l'énergie et une très belle rencontre avec Sylvain, un Suisse; nous avons partagé nos impressions sur le voyage en particulier et la vie en général; très enrichissant

Aujourd'hui, petite étape de 300 kilomètres jusqu'à Ispahan où je vais m'accorder une journée de repos.

En fait, 7 jours pour traverser l'Iran, c'est très court. Heureusement que j'ai une moto exceptionnelle qui survole les obstacles mais ça, vous vous en étiez déjà rendu compte!


J'ai retrouvé avec plaisir l'Iran même si j'ai une pensée toute particulière pour le Pakistan et surtout ses habitants extrêmement attachants.
Le contraste entre les deux pays est saisissant. Je retrouve ici une "pauvreté" de vie. Je ne veux pas dire par là que les Iraniens sont moins riches que leurs voisins. C'est comme si des décennies de totalitarisme, d'absence de liberté, de guerre avaient anesthésié ce peuple. J'ai parfois le sentiment que les Iraniens ont fini par baisser les bras, découragés par cette vie plombée par un pouvoir religieux autoritaire.

Je n'y trouve pas cette étincelle de vie que l'on perçoit au quotidien au Pakistan.
Il y a comme une sorte de " à quoi bon" alors que le sentiment profond que rien ne va changer dans le pays est omniprésent.
Tous les jeunes avec lesquels j'ai parlé répètent la même chose: "Il n'y a pas de futur chez nous". Je réalise l'énorme chance que j'ai d'être né dans un pays de liberté d'expression, d'aller et venir, dans lequel j'ai suffisamment d'argent pour vivre bien.
Ce doit être une impression terrible de vivre ainsi en ayant perdu toutes ses illusions. J'espère que, malgré tout, cette nombreuse jeunesse arrivera peu à peu à faire bouger les choses et que ce pays aura la chance de s'ouvrir à l'extérieur.

Ispahan (24 mai 2002)

Ispahan

Hier, j'ai fait la rencontre de deux jeunes français qui ont décidé de rentrer au pays au guidon de deux 125 Minsk (motos fabriquées en Biélorussie) après leurs deux ans de coopération au Vietnam . Pour les non initiés, c'est, dans la production motocycliste, ce qui peut se faire de pire au niveau qualité de fabrication, fiabilité et robustesse. Pour vous situer, c'est un peu comme si je décidais de traverser l'Afrique du nord au sud au volant d'une Paykan.


Avec un enthousiasme extraordinaire, ils ont plus porté leurs motos qu'elles ne les ont emmenés sur les routes asiatiques. Une des deux motos a carrément laissé son moteur sur la route lors du passage d'un rond point! Ce sont deux véritables épaves que je viens d’apercevoir garées près de ma moto. Et comme ils n'aiment pas la simplicité, ils sont partis sans carnet de passage en douane, le passeport de la moto indispensable dans ces pays, ce qui leur a occasionné de très longues négociations avec les autorités douanières.
Chapeau bas, Axel et Mathieu. Vous êtes maintenant armés pour affronter n'importe quel autre périple et la vie en général.

Ispahan

Orumiyeh (26 mai 2002)

Il est temps que je quitte le territoire iranien. Aujourd'hui, entre Hamadan et Orumiyeh, j'ai traité de tous les noms d'oiseaux certains automobilistes irrespectueux (le mot est faible) et les plus privilégiés ont même eu droit à des gestes classés X!
Heureusement qu'en Iran, les routes sont larges, droites et que la densité de circulation est moindre que chez les Pakistanais car, grosso modo, on retrouve le même comportement suicidaire.


Je pense d'ailleurs que l'étude des automobilistes de cette région pourrait être un sujet de thèse intéressant pour des étudiants en sociologie. Je propose quelques pistes de recherche à certains d'entre eux tombés par erreur sur mon site. A moins que justement ils ne soient arrivés ici car ils étudient les motivations qui poussent un motard à partir dans des contrées si lointaines.


A ce sujet, je leur conseille la lecture de " L'usage du monde" de Nicolas Bouvier; il explique ça bien mieux que moi et avec grand talent. Il écrit notamment "à mon retour, il s'est trouvé beaucoup de gens qui n'étaient pas partis pour me dire qu'avec un peu de fantaisie et de concentration, ils voyageaient aussi bien sans lever le cul de leur chaise. Je les crois volontiers. Ce sont des forts. Pas moi. J'ai trop besoin de cet apport concret qu'est le déplacement dans l'espace. Heureusement d'ailleurs que le monde s'étend pour les faibles et les supporte, et quand le monde, comme certains soirs sur la route de Macédoine, c'est la lune à main gauche, les flots argentés de la Morava à main droite, et la perspective d'aller chercher derrière l'horizon un village où vivre les trois prochaines semaines, je suis bien aise de ne pouvoir m'en passer".


Pour en revenir à nos moutons (mais non, je ne suis pas bavard!), j'ai en tête quatre raisons:
- ils s'en remettent à Allah, seul habilité à décider de la vie et de la mort et adoptent une conduite irresponsable.
- les seuils de danger et de douleur sont repoussés dans l'inconscient collectif par rapport aux sociétés occidentales.
- frustration d'une vie quotidienne étouffée par le pouvoir en place et besoin de compenser.
- ils se vengent d'être obligés de conduire une Paykan en essayant d'en détruire le plus possible!
Avant cette ultime étape iranienne (la frontière turque est à quelques dizaines de kilomètres), j'ai revu hier mon ami d'Hamadan. Il était avec deux de ses copains. Désoeuvrés, ils se sont partagés un joint en attendant que la journée passe. Très triste.
Je sais que chez nous aussi il y a une jeunesse qui s'ennuie et se drogue mais, ici, le sentiment si fort qu'il n'y a pas moyen de s'en sortir est terrible.

Mon visa expirant demain et n'ayant aucune envie (vraiment aucune!) de rendre visite aux fonctionnaires iraniens, je vais passer la frontière turque demain. Là, je vais ralentir la cadence car, ces derniers jours, le rythme a été un peu rapide.