Sortie de mon premier roman : L’araignée et les volets de bois

France-Pakistan - Karakoram Highway

 

Karakoram Highway

Nous quittons la fournaise de la capitale. Au départ, il nous faut composer avec la circulation anarchique sur cette route sinueuse. La chaleur étouffante s’estompe rapidement. Les virages se succèdent sans interruption, au milieu des forêts d’abord, puis, imperceptiblement, le paysage se transforme. Il devient moins familier, avec de magnifiques tons de vert et ces très beaux champs en terrasse. Une dérobade de la roue arrière me rappelle à l’ordre. Il ne faut jamais relâcher son attention sur ces routes. Car, ici, tout est surprise ; le camion garé au milieu du virage, le minibus qui double sans se soucier du pauvre motard en face, ces piétons qui se précipitent sur la route… et regardent, après, si personne n’arrive. Heureusement, au fur et à mesure que nous nous élevons, les véhicules se font plus rares.


Un petit motel nous fait de l’œil. Une pause repas s’impose et, à l’heure du thé, la décision est unanime. A quoi bon rouler alors que nous nous sentons si bien, au milieu de la nature. Nous roulerons un peu plus demain, … ou après-demain.
En fin de journée, je laisse mes deux compagnons et fait une marche. Le soleil couchant donne un très beau relief au champ qui suit les contours du terrain ; les épis sont étincelants, blonds, beiges, ocres. Plus loin, une fumée s’élève au dessus d’une maison de terre. Les arbres sont disséminés, ça et là, comme pour ne pas se déranger les uns les autres, leur feuillage brille de mille feux, quelques oiseaux chantent. Moment de sérénité.


Le lendemain, je me lève pour regarder le jour se lever. Les oiseaux se sont donnés rendez-vous autour du bassin du motel ; j’en aperçois un, particulièrement beau, avec deux ailes en V bleues turquoise, sur une robe brune. Comme un cadeau du ciel.

Karakoram Highway

Plus tard, c’est moi qui ouvre la route ; j’essaie d’enchaîner les virages, d’éviter les trous, rochers, et obstacles divers avec le plus de douceur possible. Peu à peu, nous pénétrons dans des gorges impressionnantes et l’état de la route se dégrade vraiment. Les kilomètres défilent lentement et la fatigue s’installe. Mais, les endroits pour s’arrêter sont rares et il nous faut rouler, encore, pour rejoindre Chilas. De gros nuages noirs menaçants s’installent au dessus, accentuant le sentiment de vulnérabilité.

Karakoram Highway

Gilgit (7 mai 2002)

Trois jours que nous avons commencé à parcourir cette montagne qui parait sans fin. Nous nous sentons infiniment petits devant elle; il y a quelques heures, nous avons frôlé le Nanga Parbat qui culmine à 8126 mètres, mais le temps couvert ne nous a pas permis de le voir. On apercevait parfois, entre quelques nuages, la neige glacée étincelant sous le soleil. Et, tout en bas, de véritables oasis de verdure illuminaient le rocher de la montagne.


Nous ne sommes plus qu'à 250 kilomètres de la frontière chinoise et le coeur bat très fort quand nous roulons au milieu de cette nature grandiose. La moyenne horaire est faible car les virages se succèdent et la vue de profonds précipices n'incite guère à l'attaque; en outre les pilotes sont très occupés à éviter les nombreuses pierres qui parsèment le parcours. Peu importe les difficultés, quelle beauté s'offre à nous!

Match de polo à Gilgit

match de polo

Gilgit (9 mai 2002)

Ce matin, quand le militaire soulève la barrière à la sortie de Sust, je suis très ému. Nous quittons le dernier village pakistanais et nous nous dirigeons vers la frontière chinoise, là- haut, à 4700 mètres d'altitude, après quelques formalités douanières. Pour parcourir un no man’s land de 80 kilomètres. J’ai l’impression de vivre un rêve sur cette route déserte ; je savoure chaque kilomètre parcouru. Le froid s’installe.


Mais, à 50 kilomètres du but, à 3200 mètres d'altitude, une avalanche se met en travers de notre chemin.

https://maps.google.fr/

https://maps.google.fr/

 

karakoram highway pakistan

L'homme, dans toute sa folie, a cru dompter cette montagne en construisant cette route incroyable, mais la nature est là pour lui apprendre l'humilité. A tout moment, elle lui montre qu’elle est la plus forte et qu’elle n’accepte qu’avec beaucoup de réserve cette longue cicatrice de goudron qui lui a été imposée.


C'est d'ailleurs ce que je ressens depuis plusieurs jours, un sentiment très fort de fragilité face à la puissance de ces montagnes dont certaines culminent à plus de 8000 mètres.

karakoram highway pakistan

J'ai l'impression qu'à tout moment, cet équilibre entre le ruban de goudron et la masse rocheuse peut basculer. Et je crois que le bonheur de parcourir cette extraordinaire région s'en trouve encore grandi.


Avant cette journée inachevée, nous avions, la veille, effectué la plus belle étape depuis le début de mon voyage. Nous sommes rentrés dans une autre dimension avec ces pics qui nous obligeaient à lever très haut la tête alors que nous étions déjà à 2000 mètres d'altitude. J'en avais le souffle coupé, je n'ai pas de mots pour décrire l'émotion qui s'est alors emparée de moi.

Pakistanais match de polo