Midual, l'autre moto française

Je me souviens très bien du salon de la moto 1999. Voxan présentait trois modèles, dont le Scrambler que j’adorais. En outre, Thierry Henriette avait conçu une Voxan magnifique sur la base du Café Racer. C’était la fête de la moto française.

 


 


Et, surprise, deux frères Olivier et François Midy étaient là avec la maquette d’un roadster de 900 cm3 avec un flat twin longitudinal pour le moins original. L’article dans Moto Journal révélait deux passionnés de moto et de technique qui avaient passé 24 000 heures de travail ( !) sur cet audacieux projet. La moto rencontra un grand succès auprès des visiteurs et sa production était annoncée pour l’année 2003.


Cette présentation était destinée à convaincre les investisseurs de se lancer dans une telle aventure. Voxan semblait alors bien parti et l’on pouvait raisonnablement espérer que certains donneraient le coup de pouce financier nécessaire pour que ce projet aille jusqu’à son terme.


Hélas, Voxan connut de graves soubresauts en 2001 et l’on n’entendit plus parler de Midual.

Puis, en 2010, l’espoir revint avec un article dans Moto Station (http://www.moto-station.com/article7627-moto-francaise-midual-le-retour-.html) qui fit part du soutien du Conseil régional du pays de la Loire.

Motomag (http://www.motomag.com/Moto-a-Angers-la-Region-soutien-la.html) parlait également de l’avancement du projet : Fin décembre, Jacques Auxiette, président du Conseil régional des Pays de la Loire, a annoncé que la Région s’engageait aux côtés de la société RDMO, qui travaille depuis 6 ans à l’élaboration d’une moto « européenne » (sic) équipée d’un flat-twin « entièrement nouveau ». « Il s’agissait pour le président de la Région d’appuyer le projet de l’entreprise qui s’inscrit parfaitement dans la dynamique des Plateformes régionales d’innovation lancées par le Conseil régional » .

Puis, de nouveau, le silence.


Juste avant le salon de la moto de Paris 2013, le bruit avait couru que Midual présenterait peut-être son modèle. Hélas, il n’en fut rien et j’avais fini par me dire que l’on avait nous aussi notre serpent de mer.

 

 


 


Or, surprise ! Et de taille ! Dans le Moto Journal du 8 mai 2014, je découvre la photo de la Midual en cours de roulage avec Olivier Midy au guidon. La machine semble aboutie, ce n’est pas un vague prototype que j’ai détaillé sous toutes ses coutures, le cœur battant.

Quelle émotion de lire ces quelques lignes où l’on annonce une présentation de la moto dans quelques mois après 21 ans de travail (!) que l’on devine acharné. Je ressens une vraie passion chez ces deux frères pour œuvrer si longtemps à l’élaboration d’une moto française avec un tout nouveau moteur si original (et efficace, j’espère).

 

 

Après la Douglas, moto anglaise équipée elle aussi d'un moteur flat twin longitudinal, il n'y a plus qu'à patienter encore quelques mois avant de pouvoir examiner plus en détail cette toute prochaine Midual.

Je crois que je vais trouver le temps long avant la présentation officielle....




 

1er juillet 2014: le site de Midual a changé. On y trouve une unique photo où l'on devine, derrière une belle couverture rouge, la silhouette d'une moto.

il y a aussi cette indication: Coming soon et la date du dimanche 17 août est mentionnée, ainsi que l'endroit où sera dévoilée cette Midual, le concours d'élégance de Pebble Beach .

Ce concours ne concerne pourtant que les automobiles; il se déroule chaque année en Califormie.

Le compte à rebours a commencé, il n'y a plus qu'à patienter.... 

 

  

 

22 juillet 2014:  Midual fait monter la pression en présentant quelques photos de détail de la moto.

Manifestement, le choix du luxe à la française est clairement affirmé puisque, sur le site du constructeur, on peut admirer du bois avec une phrase qui dit " Quelle moto possède un tableau de bord en chêne soyeux d'Australie verni et poli à la main?" ou " Quelle moto possède un tableau de bord digne des plus belles berlines de luxe?".

On peut voir également de très belles pièces en cuir et la phrase " Quelle moto possède des grips genoux gainés de cuirs rares cousus au point sellier?".

Bref, je m'attends à un prix élevé pour cette moto qui sera sûrement produite en petite quantité.

Après nous avoir alléchés, Midual annonce "plus d'informations le 1er août".

Attendons donc!

 

 

Les pièces présentées sont réellement magnifiques. Couvercle du réservoir de liquide de frein, platines taillées dans la masse, radiateur, tout cela montre la catégorie dans laquelle va entrer cette moto.

Ce choix me parait assez cohérent car il sera impossible à un si petit constructeur de rivaliser avec les produits des constructeurs actuels.

En tout cas, le secret a été bien gardé, et la surprise n'en est que plus agréable!

 

 

 

 

1er août 2014: Midual entretient le désir en présentant deux photos supplémentaires de sa moto, son moteur plus exactement, ainsi qu'un éclaté. Et, pour terminer, l'image de celle dont Midual s'est inspiré pour  l'architecture de son moteur.

Très peu d'informations si ce n'est que le moteur est incliné de 25° et qu'il y a une cascade de distribution à taille droite.

 

 

 


 

 

 

Quel choc !

 J’ai détaillé les superbes photos  de cette Midual  sur le site du constructeur. De la haute couture, de l’artisanat d’art.

Le choix a donc été fait. Ce sera une moto d’exception, avec un prix démesuré.

Je ne m’attendais pas à un tarif aussi astronomique (140 000 euros, c’est presque le prix de ma maison !), mais le soin avec lequel chaque pièce de la moto semble avoir été conçue et fabriquée explique cela. Le cadre, monocoque en aluminium massif, est une œuvre d’art à lui tout seul.

En outre, quand on connait le coût que représentent l’élaboration et la construction d’un moteur, il est évident que Midual n’avait pas trop le choix.

Je pense même que cette option peut se révéler la bonne.

On vend dans un premier temps une moto d’exception qui fait parler d’elle dans le monde avec sa finition hors pair et son moteur unique.

Ensuite, on présente un deuxième modèle avec la même base mécanique, mais avec un équipement moins luxueux.

Un seul commentaire devant cette  magnifique moto: chapeau bas !

 

 

 

 

Sur le site de Midual, il y avait une partie consacrée à l'historique de la moto.

Il y était raconté ses premiers pas, l'émotion des premiers instants où le moteur avait donné de la voix. Il y avait même une photo du patron faisant ses premiers tours de roues dans les locaux de l'entreprise. Cette partie a été supprimée, dommage. Peut-être qu'elle ne collait pas avec l'image élitiste que veut se donner la marque.

Je me souviens que Alan Cathcart, ce journaliste réputé, qui a essayé les plus belles motos au cours de sa longue carrière, était venu donner son avis sur la moto française, à l'invitation de Midual.

 

  

 


 

 

Or, dans  Moto Revue du 4 septembre 2014, en exclusivité, est publié l'essai de la Midual aux mains de cet Alan Cathcart. Moment privilégié pour l'essayeur et pour le lecteur que je suis.

On y apprend que le moteur a tourné la première fois en 2007, qu'effectivement, Alan Cathcart avait essayé un modèle de pré-série, quelques mois avant la présentation officielle de la moto en Califormie.

Les impressions de ce journaliste?

Qualité et finition incroyables, moteur d'une souplesse fantastique, bruit unique à cheval entre le flat-twin de BMW et le V-twin italien, très bonne boîte de vitesses, excellente maniabilité, moto neutre, comportement des supensions exemplaire, freinage à la hauteur.

Le seul gros problème, sûrement pas le plus facile à régler, c'est une zone de vibrations importantes débutant à 6800 tours/minute et se prolongeant entre 600 et 900 tours/minute.

 

Sinon, Alan Cathcart avoue son admiration pour cette petite équipe ayant réussi l'exploit de concevoir un moteur inédit.

 

Un cri du coeur!

 

Le 17 septembre 2014, Olivier Midy a (enfin!) présenté sa moto sur le territoire français. Cela s'est passé à Angers, la ville de naissance de cette moto. Et ce fut l'occasion de renvoyer la balle à ceux qui ont soutenu le projet, notamment le Conseil Régional Pays de la Loire. Ce dernier a en effet accordé, en 2009,  un prêt de 900 000 euros et a aidé la mise en oeuvre de ce projet via son Fonds Pays de la Loire Territoire d’innovation. 

On apprend dans les articles locaux consacrés à cette présentation que, lors de la première présentation de la moto en 1999, les commandes étaient là (2400 !) mais que la somme de 35 millions d'euros nécessaires n'avait pu être réunie.

Le choix de se positionner dans le monde du luxe est clairement affirmé : "On a emprunté aux industries militaires, automobiles, aéronautiques, pour concevoir quelque-chose de complètement hors norme, avec un moteur unique au monde. Paradoxalement, il n'y avait pas beaucoup de monde sur le luxe dans le milieu moto" .

Je pense qu'il n'y avait pas beaucoup de solutions autres. Sauf à avoir une énorme soutien financier apte à mettre en place une usine destinée à une production industrielle. Mais tout le monde n'a pas les moyens financiers De John Bloor lorsqu'il a fait renaître Triumph de ses cendres dans les années 90.

 


    

 

J’ai retrouvé trace des informations que j’avais pu trouver sur les premiers pas de cette moto. Cela se trouve sur la page Facebook de Midual.

On peut  y lire l’émotion du démarrage du moteur  pour la première fois, le 31 mars 2007, sur le banc d’essai de l’entreprise situé au cœur de l’Ecole des Arts et Métiers à  Angers.

Le 8 juin 2010, c’est l’arrivée d’investisseurs de la région qui permet une augmentation de capital et de se consacrer pleinement au développement de la moto.

On apprend aussi  la rédaction des brevets le  20 décembre 2011, après 100 000 heures de recherche et de développement. Deux brevets concernent la coque et son système de refroidissement intégré et cinq  le moteur.

Le 21 mars 2012, Midual découvre le premier exemplaire de son cadre coque chez son fondeur. Une pièce superbe !

Le 8 août 2013, le prototype n°1 fait ses premiers tours de roues. Dans la foulée, Olivier Midy prend le guidon de la moto et parcours 4500 kilomètres en 10 jours sans aucun souci.  De bon augure pour la suite !

Les 21 et 22 juillet, Alan Cathcart essaie les deux prototypes, et livre ses impressions avant la présentation de la moto à Pebble Beach.

C’est assez émouvant de suivre, pas à pas, la naissance de cette moto française. Même si cela se fait en léger différé. La dernière fois que cela m’est arrivé, c’était en direct avec Voxan. Moto Journal livrait très régulièrement les informations  et je lisais avec délectation les articles, passionné par cette aventure. Car c’en est une, dans notre pays qui a été peu à peu déserté par les constructeurs de motos.

Je suis d’ailleurs assez admiratif devant cette énergie déployée, il y a bientôt 20 ans par Monsieur Gardette pour créer Voxan et maintenant par Monsieur Midy qui, avec sa petite équipe, travaille depuis la fin de l’année 1992 à la naissance de cette moto unique en son genre.

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pebble Beach, le 14 août 2014:

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans le Moto Journal du 7 mai 2015, il y a un court article consacré à Olivier Midy, le père de la Midual.

Il a mis en lumière ce que j’avais ressenti, c'est-à-dire une obstination sans faille d’un homme qui a cru jusqu’au bout à son projet, et qui a su s’adapter aux circonstances.

Ce furent d’abord 15 000 heures à dessiner, avec son frère, sur l’ordinateur, la première Midual, présentée en 1999 au salon de la moto de Paris.

Puis, devant la frilosité des investisseurs, peut-être refroidis par l’expérience malheureuse de Voxan, il fut décidé de poursuivre l’aventure, seuls.

Et, sept ans plus tard, le moteur à l’architecture si originale, se fit entendre sur le banc d’essais. J’imagine l’émotion qui a envahi la petite équipe chargée du projet.

C’est à ce moment là qu’Olivier Midy a accepté de changer son fusil d’épaule, prenant conscience qu’il lui sera impossible de produire en grand nombre cette moto. Ce fut alors le choix de l’élitisme, du luxe à la française. Ce choix parait judicieux, vu qu’il a permis de trouver des financements, même si cela peut chagriner le motard lambda, que je suis, sachant que cette moto restera du domaine du rêve. Ce n’est pas demain, ni même après-demain que je pourrai aller faire l’essai de ce joyau sur deux roues !

Les chiffres mentionnés dans l’article donnent le tournis : 7000 heures de travail pour la conception de ce magnifique châssis en aluminium, 1500 heures pour le radiateur de refroidissement et son intégration parfaite.

Il est vérifié depuis des années que les riches sont de plus en plus riches, malgré la crise que l’on nous sert à toutes les sauces, et cela se confirme ; vingt commandes fermes ont déjà été prises.

Je croise les doigts pour que cette mécanique apparemment bien huilée ne se grippe pas. Mais après 21 ans de persévérance, je me dis qu’Olivier Midy ne va pas s’arrêter en si bon chemin. J’attends avec impatience l’ouverture de l’usine dans les environs d’Angers et le début de la fabrication de ce modèle d’exception en 2016.

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

Dans la revue motolégende de décembre 2016, Marin Garcheff, le journaliste, a eu l'honneur d'essayer cette moto unique. On sent d'ailleurs une certaine tension chez lui lors de la moindre manœuvre. La finition semble exceptionnelle, ce qui semble assez normal sur une moto de ce coût, mais ce qui a le plus impressionné le journaliste, c'est le côté "abouti" de la moto.

Il rejoint l'avis d'Alan Cathcart en indiquant que, si on la conduisait les yeux fermés, on pourrait s'imaginer sur la moto d'un grand constructeur. La maniabilité est jugée "remarquable" avec un centre de gravité très bas dû à la disposition du moteur à plat. le moteur et très souple et vigoureux dès les plus bas régimes et le rapport confort/efficacité est "bluffant" .

 Ce qui transpire dans cet essai et la rencontre avec Olivier Midy, c'est la passion qui anime son concepteur. Cela ne m'étonne pas.

J'ai pour ma part osé le contacter il y a quelques semaines pour lui demander où en était le projet, car je m'inquiétais de ne plus avoir de nouvelles. Je craignais le pire, mais il m'a juste indiqué que les difficultés étaient nombreuses quand on voulait fabriquer une moto en France et que, à priori, les éclaircies étaient devant lui avec une vision plus sereine qui s'annonce pour les années à venir. Et il m'a confirmé que la moto marchait très bien et qu'il roule régulièrement avec.

Dans motolégende, on parle d'un moteur avec 100 000 kilomètres dans les bielles sans intervention autre que l'entretien. C'est d'ailleurs ce qui m'impressionne le plus dans cette aventure (car c'en est une!), avoir réussi à concevoir ET fabriquer un nouveau moteur de A à Z.

J'ai encore le souvenir des difficultés rencontrées par Voxan qui avait tenu à créer son moteur et, à l'époque, avec des moyens pourtant plus importants; j'en apprécie d'autant plus la performance.

 

 

 

  

A suivre....