Honda NCX 700 Tourmalet: 25 ans après, l'enfant de la Transalp - J'ai fait un rêve ....de NCX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J'ai fait un rêve.....

 

 

 

 

Et merde !

 

C’est tout ce qu’il trouva à dire, après avoir, une dernière fois, vérifié les numéros du loto. Non, il ne se trompait pas, c’était bien lui l’unique gagnant de cette supercagnotte, lui qui avait joué, il y a quelque temps, pour la première fois de sa vie.

Sur une impulsion, sans vraiment réfléchir.

Il aurait dû bondir de joie mais l’énormité de la somme le tétanisait.

Il avait heureusement une séance musicale qui l’attendait ce soir avec des amis. Rien de tel que le maniement de son accordéon diatonique des heures durant pour oublier son étonnant désarroi.

 

                                          

 

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« Salut Philippe » lança-t-il à son concessionnaire.

« Tu ne travailles pas aujourd’hui ? ».

« Non, je voulais te voir ; je peux t’inviter au resto à midi, j’ai un projet dans lequel tu serais impliqué ».

  Une heure plus tard, les deux amis se retrouvèrent devant le plat du jour du resto du coin.

 

Chris prit la parole, au début presque intimidé, comme étonné de sa proposition. Philippe l’écouta, sans rien dire.

 

« Voilà, si tu es d’accord, j’aimerais bien m’associer avec toi et apporter un capital à ta concession. J’ai eu une belle rentrée d’argent et j’aimerais vraiment m’impliquer dans ta boîte ».

Ensuite, il n’eut plus qu’à dérouler. Amoureux de la nouvelle NCX, il fourmillait d’idées pour cette moto. Cela tombait bien, Philippe était sur la même longueur d’ondes.

La discussion s'’emballa. Les deux compères se renvoyaient la balle ; quand l’un faisait une proposition, l’autre renchérissait. L’apport de ce capital était une bouffée d’oxygène qui permettait  d’oser.

Quand ils se quittèrent, les deux avaient le sourire et les yeux brillants de ceux qui se lancent dans une belle aventure.

 

 

Pour Chris, la journée n’était pas terminée. Il avait rendez-vous avec Richard, cet ami de longue date auquel il avait immédiatement pensé dès que son deuxième projet avait pris naissance dans sa tête.

Il connaissait le dynamisme de ce jeune retraité et sa capacité à affronter avec plaisir et compétence tous les défis, surtout lorsqu’ils étaient un tant soit peu techniques. Il ne s’était pas trompé. Richard accueillit avec enthousiasme son idée et accepta sans hésiter de se remettre en activité.

 

Le soir, radieux, il eut du mal à trouver le sommeil. Les deux pierres de son édifice venaient d’être posées. Il était heureux de pénétrer dans ce milieu de la moto qui le passionnait tant depuis de longues années et de savoir qu’il avait les moyens de mettre en œuvre ses idées.

 

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Il ouvrit son mail. Le message était bref, mais il lui donna le sourire. « Tout est OK, j’ai commandé 25 NCX à Honda. France ».

 

Le soir, il retrouva Philippe, chez lui, pour faire le point.

 

« Bon, voilà la liste des équipements à commander:

Amortisseur Fournales

Bulle haute, béquille centrale, protections latérales, phares additionnels, poignées chauffantes d’origine constructeur

Soufflets de fourche

Protège mains

Porte bagages, sacoches et sabot de protection aluminium Krauser.

Pignon de sortie de boîte de 15 dents et correcteur de vitesse SpeedoDRD.

Prolongateur de garde boue avant et garde boue arrière Ermax.

Selle confort Briant.

Tout cela en 25 exemplaires. »

 

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« Allo, c’est Richard. J’ai bien avancé dans mes recherches et je vais avoir besoin d’une NCX pour prendre les mesures et faire des tests dessus. Tu peux m’en procurer une ? »

 

« Pas de problème, je viens juste de recevoir la mienne, elle pourra servir de cobaye ».

 

Le lendemain, il arriva chez son ami. Ce dernier lui montra les prototypes qu’il avait réalisés. Du beau travail. Le but était de proposer un équipement facile à installer, robuste, avec des matériaux de qualité.

Ils passèrent de longues heures à simuler un montage sur la moto, à modifier la pièce, à réfléchir à d’autre solutions. Il ne fallait pas se louper car, derrière, il y aurait un produit à la vente et il était nécessaire qu’il soit à la hauteur des espérances des utilisateurs.

Chris était partagé : parfois, il doutait et se demandait s’il avait bien fait de se lancer dans cette aventure et, peu après, c’est plein d’énergie qu’il téléphonait à son ami pour lui suggérer un autre produit adapté à la NCX. Quant à Richard, comme il lui avait déjà dit, il s’éclatait dans ce rôle. Cela lui plaisait de mener ce nouveau projet de A à Z.

Heureusement qu’il avait Richard pour tout ce qui concernait la partie technique car il y avait de quoi faire au niveau des formalités : création de l’entreprise, location du local dans le village de son ami, mise en œuvre d’un site internet pour la vente à distance. Toutes ces difficultés étaient balayées par ce sentiment de liberté qui l’envahissait car il se sentait maître de ses décisions.

 

 

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Quelques semaines plus tard, la concession était prête pour une soirée spéciale. Les invitations avaient été envoyées aux clients en vue de présenter une nouvelle version de la Honda NCX 750. Cinq motos étaient déjà prêtes et elles attendaient, pour l’instant, sagement, recouvertes d’un drap.

Une trentaine de personnes avait fait le déplacement et c’est avec une certaine émotion que les deux amis retirèrent de concert les draps pour dévoiler les motos juchées sur leur béquille centrale. Avec les soufflets de fourche, les protège mains, le sabot moteur en aluminium, les protections latérales, les phares additionnels, la bulle haute, et les sacoches en aluminium, les motos avaient fière allure. Et il y avait cette selle Briant avec le logo Akakous dessus qui interpelait les visiteurs.

Philippe prit la parole pour présenter cette version. « Elle est destinée à ceux et celles qui recherchent un trail voyageur mais qui sont hermétiques aux gros trails chers, lourds, hauts et bardés d’électronique. Le nom Akakous a été retenu, parce que celui de Ténéré était déjà pris et que Chris connait bien ce beau désert du sud de la Libye où il avait emmené sa Transalp.

Nous avons installé un amortisseur Fournales pour ses qualités de confort et de fiabilité, mis un pignon d’une dent de moins pour une moto plus vive. Enfin, nous avons décidé de faire un effort financier particulier sur l’ensemble des accessoires pour un prix final raisonnable. Vingt cinq NCX 750 ont été commandées à Honda France pour être transformées. Si nécessaire, nous pourrons en commander d’autres ».

 

Chris ajouta que, bientôt, deux équipements supplémentaires seraient bientôt disponibles. Malgré l’insistance de certains, il ne voulut pas en dire plus tant que le produit n’était pas complètement finalisé. « Ces équipements seront produits par une jeune entreprise dont je suis le gérant. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’ils ont pour but de transformer un peu plus cette moto en voyageuse. Avec Philippe, nous croyons qu’elle n’est pas seulement capable de jouer l’utilitaire au quotidien pour les motards des grandes villes, même si elle le fait très bien. C’est une façon de nous démarquer de ces essais de la presse moto ne jurant que par les gros trails alors que nous pensons qu’une moyenne cylindrée bien construite et bien équipée fera tout aussi bien pour beaucoup moins cher. Et sa simplicité, notamment au niveau électronique, ne peut que garantir une excellente fiabilité ».  

 

Tout était dit, il n’y avait plus qu’à laisser les personnes présentes découvrir les motos, monter dessus et répondre aux questions.

 

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Chris passa devant le château de Mauvezin, qui dominait la région sauvage des Baronnies et, au nord, la plaine de l’Adour. Cela faisait deux semaines qu’il roulait. Des milliers de kilomètres au guidon de sa NCX 750, dans toutes les conditions. De l’autoroute à rythme élevée, des grandes nationales aux courbes plus ou moins prononcées et beaucoup de montagne. Il voulait être certain que les deux équipements fonctionnaient parfaitement et supportaient toutes les conditions de route. C’est pour cela qu’il n’avait pas hésité à se lancer dans ce test poussé. Il en avait profité pour aller voir du côté du Maroc comment tout cela se comportait. Quelques pistes, beaucoup de poussière, un peu de sable, des routes parfois défoncées, rien de tel pour juger de la fiabilité d’un matériel.

 

Au total, 7500 kilomètres parcourus et un bilan positif : sa chaîne n’avait pas bronché, propre comme au premier jour et il avait pu accomplir des étapes sans faire le plein pendant 800 kilomètres. Il était heureux car il adorait voyager et il  savait maintenant que tout était quasiment prêt pour lancer la production. Il ne s’arrêta pas chez lui et fila directement chez Richard. Ce dernier était en fait dans l’entreprise, tout près. Son sourire de contentement rassura Chris ; il sut qu’il avait de son côté bien avancé dans leur projet.

 

Effectivement, les machines étaient en place, prêtes à démarrer la production. Richard avait reçu la visite de quelques motards dont il avait sollicité le concours pour prendre les mesures sur leur moto. Il était allé tout simplement sur des forums dédiés à certains modèles de motos en leur présentant la finalité de l’entreprise et en leur indiquant qu’ils seraient remerciés de leur contribution en se voyant donner le produit une fois ce dernier finalisé.

 

« J’ai eu de bons retours et, à  ce jour, des motards en BMW GS 700 et 800, Triumph Tiger 800, Suzuki V-Strom, Kawasaki Versys, Yamaha TDM et XT 660 Ténéré et KTM Adventure sont passés. Pour les Honda, je me suis arrangé avec Philippe. Les moules sont prêts, il n’y a plus qu’à lancer la production. Et vu ton air réjoui, je suppose que tout est OK ».

 

« Oui, aucun problème, mais j’aimerais que l’on démonte le réservoir pour vérifier que tout a bien vieilli. Il nous faut être irréprochable en ce qui concerne la qualité, l’avenir de notre entreprise en dépend ». 

 

« OK, si tu n’es pas trop fatigué, on peut s’y mettre tout de suite ».

 

La journée tirait à sa fin mais Chris ne put s’empêcher de s’arrêter à la concession. Une NCX 750 Akakous rouge trônait derrière la vitrine éclairée par le soleil couchant. Philippe l’accueillit avec le sourire des gens heureux. La moto était un succès et il semblait répondre à l’attente de certains motards.

 

« Peut-être faudra-t-il en commander d’autres pour répondre à la demande. Et, de ton côté, tout va bien ? ».

 

« Oui, la moto a très bien fonctionné et, avec le Fournales et la selle confort, c’est un vrai pullman. J’ai vu Richard, la production va débuter très prochainement ».

 

Le soir, il mit du temps à s’endormir. Il faisait le point de tous les petits détails à régler et il pensa notamment au site internet créé par son frère. Il y avait encore plein de modifications à y apporter pour le rendre encore plus attractif et agréable à utiliser.  

 

Il était heureux d’avoir pu mettre en œuvre ses idées de motard au long cours. Il croyait dur comme fer à son produit sur le point d’être commercialisé.

D’abord ce carter de chaîne étanche qu’il rêvait de voir sur le marché depuis de nombreuses années tant il avait pu en goûter les bienfaits avec sa première moto, une simple Honda 125 CG. Et celui qu’ils proposeraient pour différentes motos serait simple à installer, solide, facile à démonter. Ils avaient même prévu de pouvoir y installer des décorations dessus pour le rendre plus esthétique. Avec lui, plus de pluie et de poussière pour la chaîne et une durée de vie sensiblement rallongée, un entretien diminué.

Il sourit en regardant le dessin qu’il avait réalisé comme ébauche, lorsque l’idée de la réalisation d’un carter de chaîne étanche avait germé dans son esprit ; que de chemin parcouru depuis !

 

 

Quant à la NCX, elle allait pouvoir accueillir un réservoir additionnel dans son coffre. Quatorze litres de plus, pour une autonomie de 7 à 800 kilomètres. Richard avait fait du très beau boulot. Le réservoir s’intégrait parfaitement et les durites utilisées étaient d’une grande qualité. Tout cela devrait parfaitement vieillir.

 

Il songeait déjà à de nouvelles réalisations pour une catégorie de motards dont il se sentait si proche, ceux qui aimaient prendre la route, souvent, loin et longtemps.

 

Il s’imagina lui-même au guidon de sa Honda NCX 750 Akakous, longeant la Cordillère des Andes, en direction du Cap Horn et le sommeil s’installa doucement en lui.