Honda Africa Twin, la porteuse de rêves. - Réflexions autour de la boîte DCT

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mercredi 5 novembre 2015.

 

 

Quand Honda est arrivé en France avec ses motos, il l’a fait, dès le départ, avec la réputation d’un constructeur inventif, à la pointe de la technologie. C’était notamment le cas dans le domaine des moteurs. Ces derniers étaient modernes, pouvaient tourner à des régimes élevés.

Le premier constructeur mondial a poursuivi dans cette voie de l’innovation, n’hésitant pas à courir des risques. Ainsi, il se lança dans la conception d’une moto de Grand Prix à la fin des années 70 en restant fidèle à sa spécificité : le moteur 4 temps. Ce fut un échec cuisant face aux moteurs deux temps, mais Honda poursuivit dans cette voie jusqu’à faire courir, des années après, une moto d’endurance avec des pistons ovales et, cerise sur le gâteau, vendit une moto d’exception, la NR 750, avec un moteur unique en son genre.

Il est difficile d’énumérer toutes les motos ayant marqué les esprits. Je pense à la CX 500 qui se présenta comme la première grande routière de moyenne cylindrée avec une architecture mécanique peu commune. Il y eut aussi la période des V4 Honda qui dominaient les concurrentes aussi bien sur route que sur les circuits (avec les RC 30 et RC 45).

Après une période plutôt calme, Honda présenta, en 2010, sa nouvelle VFR 1200 avec une boîte à double embrayage, la Dual Clutch Transmission (DCT). L’accueil de la presse fut assez tiède.

Ce n’était pourtant qu’un début. La NC 700 reçut également cette transmission une année plus tard. Je fis partie des enthousiastes, après avoir goûté aux multiples plaisirs procurés par cette boîte révolutionnaire.

Du côté des médias, je ressentais par contre une certaine résistance. Le motard reste en fait assez conservateur et le sentiment que cette nouvelle technologie allait le priver du plaisir unique de passer lui-même les vitesses paraissait bien ancré dans son cerveau.

Dans les locaux de Honda Japan, il semblait évident que cette boîte écrivait l’avenir et les ingénieurs et techniciens poursuivirent leurs recherches. Fin 2013, je roulai une semaine durant avec la nouvelle NCX 750 munie de cette boîte améliorée. Je constatai effectivement qu’elle était encore plus douce et réactive. Du côté des journalistes, je notais un début d’intérêt (je n’irai pas jusqu’à parler d’enthousiasme !).

Pourtant, la mise en œuvre et la commercialisation de cette transmission représentent un tout autre progrès que la recherche de quelques chevaux supplémentaires ou l’allégement de quelques kilos sur la dernière sportive. Là, on défriche, on explore, on innove et on propose au final une autre manière d’aborder la moto. Une nouvelle fois, Honda poursuit dans sa volonté d’offrir un produit le plus accessible possible en simplifiant la vie de celle ou celui qui va s’installer au guidon de ses machines.

 

Je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec la démarche de Toyota qui lança sa première automobile hybride en 1997. Là aussi, les réactions teintées de scepticisme furent nombreuses mais Toyota persista dans cette voie, avec ténacité, améliorant son produit et l’imposant comme la seule alternative valable avant la fin des moteurs à explosion et le véritable démarrage de véhicules à la technologie différente (l’électrique semble vouloir s’imposer). C’est le propre des visionnaires. Ils suivent leur propre chemin, même si ce dernier semble, à court et moyen terme, très tortueux, risqué, voire aléatoire. Ensuite, ils vont au bout de leurs convictions, avec ténacité.

 

Dans le domaine du deux roues, le motard est communément appelé pilote et non conducteur. Et mettre sur le marché une transmission remplaçant ce pilote pouvait sembler être une tentative vouée à l’échec. Pourtant, cinq ans après les premiers pas hésitants de la boîte DCT,  je constate que, dans l’esprit de certains sceptiques, l’idée a fait son chemin et il n’y a plus un rejet systématique devant cette transmission.

L’annonce de sa présence sur une moto aussi typée que l’Africa Twin (j’en fus le premier étonné au départ) et les réactions positives engendrées me font dire que Honda est en passe de réussir son pari. Cette moto mythique constitue un formidable passeport pour cette transmission dont on n’a jamais autant parlé.

La boîte a reçu pas mal de modifications pour répondre aux besoins spécifiques de cette moto.

Demain, elle sera peut-être encore plus compacte, plus légère, plus intuitive. J’ai le sentiment que l’on est au tout début d’une technologie promise à un bel avenir et que les autres constructeurs n’auront pas d’autre alternative que de suivre les pas du pionnier en la matière.

Comme disent nos voisins les Anglais : « Wait and see ».

 En attendant, je suis impatient de vérifier une nouvelle fois les bienfaits de la boîte DCT en essayant la dernière génération sur l’Africa Twin dès la mi-janvier.