Honda Africa Twin, la porteuse de rêves. - Premier essai de la Honda CFR 1000 L Africa Twin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3 août 2015:  en exclusivité, au nez et à la barbe de toutes les revues spécialisées, motards-en-voyage.com a eu le privilège d'essayer en avant-première cette nouvelle moto tant attendue.

En ma qualité d'administrateur du site, de rédacteur en chef, de journaliste non déclaré et non payé, et de secrétaire chargé de toutes les tâches annexes, je me suis auto-désigné essayeur de cette Africa Twin.

Je crois que l'on peut parler d'un essai coup de coeur.

Allez, c'est parti!

 

 

La Honda CRF 1000 L Africa Twin s'en....vole vers le Maroc:

 

 

 " Boum ! Boum ! Son cœur battait à tout rompre. Dans le silence de la nuit, il avait l’impression que ses battements s’entendaient à l’extérieur. Il sentait l’issue imminente et il était tétanisé.

 

C’était pourtant maintenant qu’il devait agir. Il n’aurait sûrement pas d’autre opportunité. Ce n’était pas le moment de flancher.

 

Pendant quelques secondes, son cerveau fit un saut dans le passé. Tout avait commencé lorsqu’il avait découvert ses toutes premières photos sur internet. A partir de ce jour, c’était comme si une force extérieure l’avait envahi. Il n’avait alors eu de cesse de vouloir la rencontrer, coûte que coûte. Il avait perdu toute raison, faisant fi des signaux d‘alerte que lui prodiguait, de temps en temps, son inconscient. Alors, il s’était laissé guider par son instinct et avait entrepris ses recherches. Il s’était rapproché du seul endroit, en France, où il avait espoir de la trouver.

 

Des jours de recherche, de quête, d’espoir déçu. Le découragement commençait à l’habiter, mais il poursuivait ses investigations.

 

Il connaissait bien les lieux dorénavant, à force de guetter les allers et venues.

 

Enfin, ce soir-là, un pressentiment l’avait conduit à rester sur son poste d’observation. Il avait laissé la nuit s’installer. Le ciel était dégagé et la pleine lune, dans sa douce clarté, semblait promettre un dénouement heureux. Immobile derrière le petit mur, il sentait le froid engourdir son corps. L’arrivée de cette camionnette devant le portail d’entrée de Honda France le réveilla complètement. Quand le chauffeur, en compagnie du gardien ouvrit brièvement la porte arrière du Mercedes Sprinter, son sang ne fit qu’un tour. Il l’avait reconnue ! Elle était là !

 

Les deux hommes entamèrent une discussion. C’était le moment, il devait agir. Il tenta d’oublier les semelles de plomb que ses chaussures semblaient avoir revêtues. Il traversa silencieusement la rue et s’approcha de la camionnette. Les deux hommes parlaient, ponctuant leur conversation de quelques rires. Il arriva sur le flanc droit du véhicule, hors de vue. Le moteur était resté en marche, les claquements du moteur diesel couvraient son approche. Il était maintenant au niveau de la porte avant droite. Il actionna avec mille précautions la poignée et ouvrit délicatement la porte. Il s’introduit avec souplesse dans l’habitacle, recroquevillé. Il se leva avec précaution, aperçut les deux hommes dans la lumière des phares. Enfin, il se glissa derrière le volant, desserra le plus délicatement possible le frein à main, débraya, enclencha la marche arrière.

 

Tout alla alors très vite, il accéléra vivement. Il entre-aperçut le visage figé d’étonnement des deux hommes. Il passa la première et la camionnette s’engouffra dans la rue déserte. Il rejoignit rapidement l’autoroute proche. Il avait hâte de se fondre dans la circulation. Ses mains moites avaient du mal à agripper le volant, sa conduite était heurtée ; il avait le sentiment de commettre l’irréparable mais une petite voix intérieure le poussait à poursuivre son méfait.

 

Il roula toute la nuit et ne s’accorda que deux arrêts dans des stations d’autoroute. Il arriva enfin en vue de son village aux premières lueurs du jour. Il ouvrit les lourdes portes en bois du hangar et y gara la camionnette. Epuisé, autant par la route que par la tension extrême qui ne l’avait pas quitté, il rejoignit immédiatement sa chambre et s’affala sur son lit. Un sommeil réparateur de quelques heures l’attendait.

 

Vers midi, il se réveilla. Reposé, il se sentait l’esprit clair. Il se dirigea tout d’abord vers la camionnette, ouvrit les portes arrière. Elle était là, maintenue par des sangles, encore plus belle qu’il ne l’avait imaginée. Emu, il se décida, après quelques longues minutes à la contempler, à la sortir du Mercedes. Un bonheur n’arrivant jamais seul, il vit que la clef était sur le contact.

 

Il était déterminé maintenant, mais avait retrouvé son calme. Il entreprit de charger cette belle moto. Tente, sac de couchage et quelques vêtements. Ensuite, il enleva la plaque d’immatriculation de sa Transalp et la posa sur « sa » Honda CRF 1000 L Africa Twin, puisque tel était le nom officiel donné par le constructeur mondial à son nouveau modèle sur le point d’être présenté à la presse moto, dans quelques semaines.

 

Il vérifia une dernière fois son équipement et, enfin, appuya sur le bouton du démarreur. Le bicylindre se réveilla dans un beau bruit qui résonna sur les murs de pierre du vieil hangar. Il fut parcouru d’un frisson de plaisir avant d’oser enfourcher la moto.

 

C’était un modèle avec boîte DCT et il démarra en laissant la transmission gérer la commande des vitesses. Il avait besoin d’un peu de temps avant d’imposer son mode de conduite personnel. Il fit rapidement le plein à la station. Il craignait d’être abordé avec cette moto encore inconnue sur le marché. Il tentait de se convaincre qu’il n’était pas vraiment un voleur, mais qu’il empruntait une moto dont il était tombé amoureux.

 

Pour plus de discrétion, il emprunta les petites routes de montagne de ses Pyrénées pour rejoindre l’Espagne. Une fois sur le sol ibérique, il ressentit un soulagement. Il retrouva rapidement l’autovia en prenant soin de respecter scrupuleusement les limitations de vitesse; il n’était pas question qu’il se fasse arrêter par la police. Un intense bonheur l’envahit. La moto le comblait. Elle obéissait au doigt et à l’œil au moindre de ses désirs, se plaçait scrupuleusement dans les trajectoires qu’il choisissait. Il était très respectueux envers le moteur tout neuf et roulait paisiblement, sans accélérations brusques. Il se sentait bien, haut perché, et appréciait les grands débattements de suspensions qui effaçaient les inégalités de la route.

 

La nuit s’installa mais il ne s’arrêta pas. Le phare le guidait et le tableau de bord et son doux éclairage le rassurait.

A Malaga, la vision de la mer lui réchauffa le cœur. La nuit tirait sa révérence, la vie reprenait son cours normal et la route se chargea de véhicules. Les villes traversées s’animaient. La présence du soleil lui fit oublier sa fatigue. Il se savait proche de sa destination.

 

Enfin, il arriva à Algéciras. Par chance, un ferry était sur le point de partir et il rangea son Africa Twin dans la cale du bateau. Il monta sur le pont et accoudé au bastingage, assista ému au départ. La ville disparut de sa vue et, très vite, le ferry accosta à Ceuta.

 

Quelques kilomètres plus loin, il se présenta, la gorge serrée, à la frontière marocaine. Il tentait de dissimuler sa tension mais c’est avec une large appréhension qu’il présenta ses papiers et ceux de la moto au douanier. Il espérait que ce dernier ne saurait pas faire la différence entre cette magnifique Africa Twin et sa Transalp. Heureusement, tout se passa bien. Il démarra, un peu tremblant et regarda un long moment le poste frontière qui s’éloignait dans son rétroviseur. Une deuxième barrière s’était refermée derrière lui ; il en était sûr maintenant, plus rien ne pourrait l’arrêter.

 

Il rejoignit la belle petite ville de Chefchaouen. Il retrouvait avec grand plaisir l’atmosphère du Maroc. La route souvent fatiguée s’effaçait sous les suspensions de l’Africa Twin. Il était sous le charme de ce moteur dont il sentait toute la puissance maîtrisée. Il répondait à la moindre sollicitation de la poignée de gaz et les vitesses montaient ou descendaient avec une rapidité et une douceur totales. Le pot d’échappement distillait un bruit envoûtant dont il ne se lassait pas. Arrivé à Chefchaouen, il monta rapidement sa tente dans le camping surplombant la ville. Il mangea rapidement un tajine dans un petit resto car les premiers signes de fatigue se manifestaient. Il s’endormit paisiblement sous la protection de sa petite toile de tente.

 

La fraicheur du matin le sortit de son sac de couchage. Il avait soif de kilomètres aujourd’hui et était impatient de parcourir les routes marocaines au guidon de sa moto. Une heure plus tard, il quittait le camping et prenait la direction de Fès. Comme la veille, il apprécia le côté évident de cette moto. A son guidon, il avait le sentiment de chevaucher sa Transalp, tant la moto était facile à mener. Mais, il y avait un tout autre moteur que son vieux V-twin, tout vaillant qu’il soit. Là, c’était un 1000 cm3 qui officiait sous le réservoir, et avec lequel tout semblait possible. Les véhicules devant lui étaient avalés avec force mais douceur d’une simple rotation de la poignée de gaz. La boîte se mariait  admirablement bien avec le bicylindre et libérait le pilote de toute contrainte. Il essaya de se mettre en mode manuel mais l’abandonna très vite tant la boîte en mode automatique semblait deviner ses désirs et réagissait à propos aux circonstances de la route. De temps en temps, il se mettait debout sur les repose-pieds pour mieux apprécier les magnifiques paysages traversées. Il se penchait en avant et regardait la fourche travailler. Il pressentait un comportement adapté au tout-terrain.

 

Après Fès, la route s’éleva. Il appréciait la réserve de puissance toujours disponible. Le moteur était très compact, mais les chevaux étaient bien présents à l’intérieur ! Peu à peu, il pénétra dans le Moyen Atlas. D’ailleurs, le froid gagnait du terrain. Le moteur se libérait, après ce rodage rapide. Il s’autorisait, de temps en temps, une accélération plus forte, non par besoin, mais pour le plaisir de ressentir cette poussée solide et d’écouter la musique délivrée par le pot d’échappement. Il avait oublié que, trois jours auparavant, il était sur le point de s’emparer, en toute illégalité, d’une moto non encore commercialisée. Au contraire, il ne s’était jamais senti aussi libre. Sa moto était son prolongement. Il était en confiance totale dessus ; elle était devenue son amie. A quelques reprises, il avait dû solliciter les freins pour faire face aux imprévus de la route, et la moto avait pilé, bien en ligne, avec juste une plongée raisonnable de la fourche, pour lui rappeler qu’il était bien au guidon d’un trail.

 

Il passa une deuxième nuit sous la tente à Midelt, à 1500 mètres d’altitude. Les montagnes du Haut Atlas barraient l’horizon. C’est vers elles qu’il comptait se diriger le lendemain. Il discuta longuement devant quelques verres de thé avec Hossine, un jeune du coin. Ce dernier lui fournit une multitude de renseignements sur les pistes avoisinantes. Il s’endormit avec des images de montagne ocre dans la tête.

 

C’est avec un brin d’excitation qu’il entama son étape. Très vite, il quitta le goudron et entama une longe montée rocailleuse. Debout sur les repose-pieds, il sentait sa moto se plier à l’exercice avec précision. La roue avant de 21 pouces absorbait les chocs contre les cailloux omniprésents. Pour l’instant, il se contentait d’un rythme modéré, le temps de prendre la mesure de ce nouveau terrain. Très vite, il prit confiance, tant la moto réagissait bien. Sa finesse lui permettait d'être très mobile dessus et il n’arrêtait pas de s’extasier sur la disponibilité du moteur qui, alliée à sa douceur, en faisait un compagnon idéal sur ces pistes parfois très accidentées. Il avait l’impression de chevaucher une moto bien plus légère, l’équivalent de sa Transalp, mais avec une toute autre rigueur de comportement. Cette boîte DCT qui lui avait paru au départ inappropriée à une utilisation tout-terrain, y révélait au contraire tous ses atouts. Elle le libérait de toute contrainte supplémentaire, il avait juste à se préoccuper de choisir les meilleurs passages et à doser la poignée de gaz.

 

Les fortes pluies récentes dont lui avaient parlé Hossine avaient laissé des traces. A de nombreuses reprises, la piste était coupée par un oued en crue et il avait fallu traverser ces oueds sur un sol caillouteux et meuble. Dans ces conditions, il appréciait de ne pas avoir à doser l’embrayage ; il se concentrait juste sur la poignée de gaz et laissait le moteur tracter en douceur l’équipage pendant que les pneus cherchaient leur chemin dans l’eau glacée. Les suspensions épousaient le terrain.

 

La fin de journée approchait, la piste devint plus roulante, avec de nombreux dénivelés et virages. Imperceptiblement, gagné par la confiance que lui inspirait sa monture, il accéléra le rythme ; il sentait la roue arrière partir dans de belles dérives qu’il contrôlait aisément ; le soleil couchant éclairait la scène sous des tons orangés. Des images du Paris-Dakar lui revenaient. Il s’imaginait à la lutte avec Cyril Neveu, Hubert Auriol. Le pot d’échappement résonnait sur les rochers qu’il frôlait, renvoyant le chant du moteur jusqu’à ses oreilles. Il n’avait pas envie de s’arrêter, il aurait voulu prolonger ce sentiment de bonheur intense jusqu’à la nuit. Jamais il n’avait conduit une moto aussi polyvalente, alternant la route et la piste avec autant de bienveillance ; elle était bien la digne héritière de l’Africa Twin première mouture.

 

Il arriva dans un village alors que le soleil avait disparu, depuis un moment, derrière les hauts sommets qui lui faisaient face. Il pénétra dans une minuscule épicerie pour acheter un peu de nourriture et demanda où il pouvait monter sa tente. L’épicier lui proposa alors, tout naturellement, de l’héberger chez lui. L’hospitalité marocaine qu’il avait si souvent côtoyée était bien toujours ancrée chez ses habitants.

 

Le lendemain, il se dirigea vers le sud. Il avait maintenant bien en main sa moto et n’hésitait plus à affronter avec autorité les difficultés de terrain. Et c’est dans ces conditions que la moto se révélait encore meilleure pistarde. De temps en temps toutefois, sur sol incertain, les pneus orientés route amorçaient quelques glissades. Des pneus tout-terrain auraient mieux convenu, mais les préparatifs du voyage avaient été réduits à leur plus simple expression !

 

Plus tard, il retrouva le goudron et descendit, les yeux grand ouverts les magnifiques gorges du Dadès. La chaleur se fit plus présente, et avec elle « l’odeur » du désert. D’ailleurs, c’était son but, il voulait amener sa monture voir les dunes de sables.

 

La chance lui sourit. Il rencontra deux motards allemands en BMW 1200 GS qui prévoyaient un itinéraire piste jusqu’à Merzouga. Munis de GPS et rigoureux dans leur préparation, se joindre à eux était pour lui la garantie de ne pas se perdre. C’est donc avec plaisir qu’il répondit à leur invitation. Ses deux compagnons étaient d’ailleurs intrigués de voir cette moto pas encore commercialisée parcourir le Maroc. Il se présenta comme essayeur officiel Honda pour justifier sa présence. Les deux jours qui suivirent se déroulèrent comme dans le meilleur des rêves. Sa Honda continuait à l’étonner et lui permettait toutes les audaces. Il avait vite vu l’intérêt de l’ABS déconnectable à l’arrière car cela lui permettait de provoquer les glisses de l’arrière. De même, il appréciait de pouvoir choisir les différents paramétrages de l’antipatinage en fonction de ses envies et du terrain à affronter.

 

Merzouga sonna la fin du voyage. Pour le plaisir, il s’aventura dans le sable avec ses deux compagnons après avoir dégonflé les pneus.

 

Il était temps de rentrer, et vite. Ses congés arrivaient à terme. Il quitta les dunes de Merzouga alors que le soleil n’était pas encore levé. Il sollicita plus que de coutume le moteur lors de cette journée destinée à abattre du kilomètre. Il apprécia d’autant plus la boîte en mode automatique qui lui épargna de la fatigue supplémentaire.

 

La traversée du Moyen Atlas ne fut qu’une formalité ; la moto enchaînait les virages avec aisance, le moteur répondait présent. Tout en restant concentré sur sa conduite rapide, il n’en appréciait pas moins les paysages traversés. Il les recevait, par bribes, comme un cadeau, un petit bonheur supplémentaire pour accompagner sa journée sur la route.

 

Ceuta l’accueillit alors que la nuit était déjà bien installée. Il ne se sentait pas fatigué ; cette moto était vraiment reposante par sa facilité de conduite. Elle épargnait son pilote tout en lui distillant du plaisir avec ce moteur vivant et doux à la fois.

 

Il y eut ensuite la remontée un peu monotone de l’Espagne.

 

Puis, après une nuit de repos dans sa maison, il chargea la moto dans la camionnette, et rejoignit la région parisienne.

 

Tard dans la nuit, la gorge serrée, il s’approcha du siège de Honda France, gara la camionnette à proximité. Avant de refermer la porte, il se retourna vers « son» Africa Twin. Elle était revêtue de son habit de voyageuse, en ce sens qu’il ne l’avait pas lavée et qu’une poussière ocre avait atténué la dominante blanche de la couleur d’origine. Il la trouvait si belle ainsi, cette moto, tant elle semblait destinée à voyager.

 

Sur le siège passager, il laissa une enveloppe. A l’intérieur, une feuille de papier et ces quelques motos. « Excusez-moi, je n’ai pas pu résister. Et merci d’avoir fait renaître l’Africa Twin »."

 

 

 

Après les photos volées des motos avant leur commercialisation, j'ai voulu aller plus loin dans le concept avec les essais des motos volées avant leur arrivée sur le marché!

J'espère que mes lecteurs adhéreront à ces essais inédits nouvelle formule ....  Complice