Quatrième partie:1993-2007 (2014-....), le bonheur motocycliste ou quatorze années (et plus....) au guidon de mes trois (quatre) Honda Transalp

 

 

 

 

 

 

 

Elle était beige, d’une telle discrétion qu’elle se confondait presque avec la mur de ma concession contre lequel elle était béquillée. Pourtant, je ne le savais pas encore, elle allait être à l’origine de grands moments dans ma vie de motard.

Elle portait un beau nom, Transalp, qui donnait des envies d’aller voir de l’autre côté des montagnes


En ce début d’année 1993, j’avais été à deux doigts, quelques semaines auparavant, de craquer pour une moto qui me faisait tant rêver, à l’époque, la BMW 100 GS Paris Dakar. Elle incarnait le voyage à elle toute seule, avec son cardan, son énorme réservoir, ses équipements de qualité.

BMW 100GS Paris Dakar

Après une visite chez mon banquier, j’étais retombé sur terre. Si je me souviens bien, le prix était de 63 000 francs à l’époque. En refusant de céder alors aux sirènes des organismes de crédit, je ne savais pas encore que je m’ouvrais à des perspectives de voyage encore plus importantes.

 

C’est un coup de téléphone de mon mécano préféré qui m’avait donné envie de voir cette Transalp d’occasion.
« Va l’essayer » m’avait-il simplement dit en me tendant les clefs, sûr de lui. Une demi-heure plus tard, j’étais revenu, conquis.

Transalp 1988

Transalp 1988

 

J’avais rapidement pris ma décision en allégeant mon compte de 20 000 francs.
C’était une période où je roulais beaucoup et ma moto, après 20 000 kms effectués en 5 ans, comprit très vite qu’elle allait devoir assurer un rythme plus soutenu. Ce qu’elle fit de bonne grâce. Je louais son confort ; sa douceur et ce moteur bien plus efficace qu’il ne le laissait paraître.

Honda Transalp

Sacoche de réservoir Briant, porte bagages Grand raid Bottelin Dumoulin avec les sacoches et le top case , poignées chauffantes, je l’équipai rapidement pour ce qu’elle était : une grande routière apte à m’emmener partout, par tous les temps, avec une bonne volonté évidente.

 

Honda Transalp

 


 

 

Elle le prouva rapidement avec une virée en duo dans le sud marocain la même année. Il était initialement prévu d’aller en Algérie, mais les évènements dramatiques que vivait ce pays à l’époque m’avaient fait renoncer à visiter une cinquième fois ce beau pays.

Honda Transalp Maroc

Honda Transalp Maroc

Maroc

 Maroc

 Maroc

 Maroc

Honda Transalp Maroc

Honda Transalp Maroc

Merzouga Maroc

Merzouga Maroc

Merzouga Maroc

 

 

Seul le retour me réserva une mauvaise surprise avec un boîtier électronique qui déclara forfait. C’était un défaut connu sur les premières Transalp et ma monture ne faisait pas exception à la règle. Heureusement, j’avais été prévoyant en emmenant un boîtier de rechange et, un quart d’heure plus tard, le V-twin ronronnait comme un matou satisfait.

6000 kilomètres en quinze jours, avec un moteur imperturbable, une consommation modérée, une boîte de vitesses douce comme la peau d’un bébé, un grand confort pour le pilote et sa passagère.

Honda Transalp Maroc

Honda Transalp Maroc

Honda Transalp Maroc

Honda Transalp Maroc

Honda Transalp Maroc

Maroc

Maroc

Gorges du Todra Maroc

Honda Transalp Maroc

 Maroc

Je commençais à beaucoup l’aimer, cette moto.

Quelques mois après, nous allâmes voir le lac de Constance et les longues étapes autoroutières à 140 km/h furent une formalité pour ce couteau suisse de la moto, à l’aise dans toutes les conditions.


Toutefois, à chaque graissage ou tension de chaîne, je regrettais le cardan de mes deux précédentes motos, car tout motard sait très bien que « quand il y a de la chaîne, il n’y a pas de plaisir ! ».

Ma fidèle Transalp atteignit rapidement un kilométrage conséquent et l’amortisseur, à 70 000 kms, montra ses limites . J’optai alors pour un amortisseur Fournales, dont la singularité était de fonctionner sans ressort, ce dernier étant remplacé par de l’air. De confortable, la moto devint un véritable pullman qui effaçait les obstacles.

 

 

 


D’ailleurs, une nouvelle virée au Maroc fut l’occasion de le tester sur les pistes du Moyen Atlas. Ce fut également pour moi la révélation d’une Transalp ma foi pas si mauvaise que cela en tout terrain, bien meilleure que la XLV 750 précédente. La souplesse et la disponibilité du moteur se révélèrent être précieuses dans les passages difficiles, telles que les traversées d’oueds en crue.

Midelt Maroc

 

Cirque de Jaffar Maroc

Moyen Atlas Maroc

Transalp Maroc

Transalp Maroc

Transalp Maroc

 

 

Maroc 1996

Maroc Lac de Tislit

Maroc Gorges du Dades

Maroc Gorges du Dades

Maroc Gorges du Dades

Transalp Maroc

Transalp Maroc

 

Le V-twin s’avérait d’une fiabilité irréprochable, hormis ces boîtiers électroniques, (j’en userai quatre pendant toute la vie de la moto) et une consommation d’huile lors des parcours autoroutiers, notamment.

Sinon, la routine. Une vidange avec de l’huile de supermarché tous les 7500 kms et c’était tout.

J’eus quand même droit à une petite alerte avec un pignon de chaîne baladeur, provoqué par une arbre de sortie de boîte dont les canelures étaient usées. Egalement, le disque de frein dut être changé car il commençait à être bien mince !

Mais, il est vrai, qu’à raison de 30 000 kms par an parcourus, le totalisateur ne chômait pas et le cap des 100 000 kms était largement dépassé.


 

D’ailleurs, j'accompagnai des amis en partance pour le Sénégal jusqu’à la frontière mauritanienne, avec une moto de 150 000 kms, ce qui démontrait la confiance que j’avais fini par avoir à l’égard de cette moto. Ce fut l’occasion de traverser le Sahara occidental, avec ses lignes droites sans fin dans un paysage désertique, au milieu des nombreux rapaces qui donnaient une ambiance particulière et ses bivouacs face à l'océan.

Transalp Sahara occidental

Sahara occidental

Sahara occidental

Transalp Sahara occidental

 Sahara occidental

Transalp Sahara occidental

Sahara occidental

Je découvris une moto un brin farceuse, qui me fit le coup de la panne.

"Encore un boîtier électronique" grommelai-je dans ma barbe.

Après bien des interrogations, il s'avéra que c'était une simple panne d'essence! Le vent violent faisait pencher terriblement la moto et l'essence se retrouvait sur la partie droite du réservoir, empêchant son écoulement jusqu'aux carburateurs.

Tiznit Maroc

Maroc

Transalp Maroc

Maroc Anti Atlas

Maroc Anti Atlas

Maroc Anti Atlas

Maroc

Maroc

Maroc Vallée du Draa

Maroc Vallée du Draa

Maroc

Merzouga Maroc

Merzouga Maroc

Piste de Merzouga Maroc

Maroc

Essaouiara Maroc

 Maroc

 

J’ai adoré ces 10 000 kilomètres de voyage et je commençais à entrevoir la possibilité, un jour prochain, d’aller plus loin, plus longtemps. J’avais le voyage chevillé au corps et, avec ma Transalp, le sentiment de pouvoir aller au bout du monde était très fort.


Et, en ce mois de juillet 1997, alors que je rentrais de mon boulot, j’eus la « vision » de ce grand voyage. Il avait mûri, dans mon inconscient et, ce jour là , il m’était apparu.


A peine arrivé à la maison, j’achetai ma première carte routière du monde et l’étendit sur le plancher de la salle à manger. J’y passai quelques soirées à rêver de mon futur itinéraire.


Sur les précieux conseils de mon ami mécano Richard, je renonçai à partir avec ma Transalp de 180 000 kilomètres. Il me dénicha une Transalp plus récente, de 1990, avec 25 000 kilomètres au compteur pour 20 000 francs. Elle était magnifique, dans sa livrée bleue.

Transalp

J’expliquai à ma compagne de route que ce voyage allait être très difficile et qu’elle avait mérité de se reposer ; elle trouva un propriétaire moins avide de grandes virées et poursuivit son chemin sur les routes françaises.




Quant à la nouvelle, elle eut à peine le temps de s’habituer à moi avant de se voir lestée d’un chargement de voyageuse ; avec le jerrican et le pneu de rechange, elle comprit vite que c’était du sérieux qui s’annonçait !

Après une douce entrée en matière en Tunisie, les étendues désertiques de la Libye annoncèrent la couleur, surtout lorsque le vent de sable s’invita !


Stoïque, elle encaissa les fortes chaleurs, le hors piste dans le sable du désert du Fayoum, la circulation de dingue en Egypte …. et même ma petite déprime de quelques jours aux abords du désert blanc !

Tozeur Tunisie

Sud de la Libye

Sud de la Libye

Ghadames Libye

Ghat Libye

Ghat Libye

Désert de l'Akakous Libye

Désert de l'Akakous Libye

Vallée du Nil Egypte

Vallée du Nil Egypte

Louxor Egypte

 

Transalp Egypte

Désert du Fayoum Egypte

Désert du Fayoum Egypte

Région du Fayoum Egypte

Le Caire

Le Caire

Transalp Sinaï

Transalp Sinaï

Transalp Sinaï

Monastère Sainte Catherine Sinaï

Monastère Sainte Catherine Sinaï

Parc National Ras Mohammed Sinaï

Transalp Sinaï

Dahab Sinaï

Transalp Jordanie

Désert du Wadi Rum Jordanie

Transalp Syrie

Transalp Vallée de l'Euphrate Syrie

Transalp Cappadoce Turquie

Transalp fin du voyage

 

21 000 kilomètres en 14 semaines, et, à peine rentrée en France, elle parcourut chaque jour les 80 kilomètres quotidiens après un simple lavage et une vidange.


J’avais trouvé MA moto idéale. Elle s’avéra encore plus solide que la précédente avec un arbre de sortie de boîte différent et plus costaud qui ne broncha pas, un disque de frein apparemment renforcé puisqu’il dura la vie de la moto, des boîtiers électroniques enfin fiables et une chaîne de distribution beaucoup plus endurante puisqu’il ne fallut la remplacer, par précaution, qu’à 125 000 kilomètres.


La lecture de la Revue moto technique était d’ailleurs intéressante car elle faisait la liste des changements opérés entre deux millésimes de cette moto ; en fait, sous une apparence identique, de nombreuses pièces avaient été modifiées … pour mon plus grand bonheur de voyageur adepte d’une fiabilité hors pair !

 


 

Je continuai donc à rouler, sans me poser de question, et la Tunisie, puis le Maroc, à deux reprises, nous accueillirent.

 

 



J’avais pris goût aux grandes virées et, quatre ans après mon tour de la méditerranée, j’eus envie d’aller voir un peu plus à l’est comment la vie s’y déroulait. Katmandou, depuis mon adolescence, me faisait rêver. J’avais encore en souvenir le superbe voyage de Fred Tran Duc, journaliste à Moto Journal, qui avait envoyé, trois années durant, sa carte postale du bout du monde, et notamment de la capitale du Népal.

Ma Transalp, malgré ses 125 000 kilomètres, semblait en pleine forme et je décidai de l’emmener avec moi.

Deux pneus de rechange, un jerrican, une envie très forte de découvrir l’Orient, quatre mois de liberté s’offrait à moi. Le voyage fut à la hauteur de mes espérances, même si les autorités iraniennes me compliquèrent quelque peu la tâche en m’imposant un aller-retour de 6000 kilomètres Téhéran-Ankara pour obtenir un nouveau visa et me permettre de poursuivre mon voyage.

 

Je ne vis pas Katmandou mais découvrit le Pakistan, magnifique pays, avec notamment la Karakoram Highway, une route qui s’enfonce dans les montagnes jusqu’à la frontière chinoise. Un grand, très grand souvenir !

Transalp Karakoram Highway


Camion pakistanais


La moto exigea un entretien rigoureux au cours de ces 30 000 kilomètres de voyage à savoir deux vidanges et …. c’est tout !

J’ai encore le souvenir précis de cette longue étape dans le désert du Balouchistan où la température à l’ombre était de 47 degrés et il n’y avait pas d’ombre. Le vent surchauffé me poussait et le moteur fonctionna toute la journée avec le ventilateur en marche, flirtant avec la zone rouge. Je n’en menais pas large, mais le moteur ne manifesta aucun signe de fatigue. Imperturbable V-twin qui franchit, sur le chemin du retour, les 150 000 kilomètres !




Après cette longue virée, j’ai cru bon de ne laisser trop longtemps ma moto inactive et elle revit avec plaisir le Maroc l’année suivante. Le Moyen Atlas, les dunes de Merzouga, les gorges du Todra et du Dadès, Essaouira, le col Tizi N Test et ses 120 kilomètres de virages.



 

 

Maroc Aït Boughenez

Maroc Aït Boughenez

Maroc Région de Merzouga

Maroc Région du Rif

Juillet 2003 : notre Transalp nous emmena une dernière fois dans une petite virée, en France. Dans le Berry, un petit village, Saint Chartier.


Déjà bien chargée, elle dut accepter un bagage supplémentaire, au doux nom de Stelvio. En fait, un accordéon diatonique, en bois d’érable, acheté d’occasion lors de ce festival de musique traditionnelle. Dorénavant, mes motos allaient devoir supporter quelques kilos supplémentaires lors de nos périples.


Le voyage mène à tout, même à la musique ; c’est effectivement au cours de ma virée au Pakistan que j’avais découvert la charme de ce petit instrument, alors que j’étais hébergé à Ankara. L’envie de franchir le pas avait été la plus forte et depuis, mes voyages sont devenus également musicaux et encore plus intenses.

Sur le chemin du retour, nous laissâmes notre Transalp à Richard, celui là même qui m’avait ( à juste titre) incité à l’acheter , quelques années auparavant.


Elle venait de franchir le cap des 180 000 kilomètres et poursuivit sa route, d’abord avec Richard au guidon, et maintenant avec un de ses amis qui lui a succédé. Je sais que l’embrayage a été changé à 200 000 kms et qu’elle avoisine les 250 000 kms maintenant. Bref, une moto qui mériterait qu’on lui élève une statue.

 

 


Jamais deux sans trois. C’est ce que je me suis dit en achetant une Transalp un peu plus récente, modèle 1995, dans un état irréprochable, malgré ses huit années. Pourquoi aller chercher ailleurs alors que j’étais plus que satisfait de mes deux précédentes montures.


D’autant qu’un nouveau voyage se profilait à l’horizon pour l’année 2005 et qu’il est toujours rassurant de bien connaître sa moto quand on est si loin de chez soi.


L’amortisseur Fournales installé sur la première, puis sur la deuxième Transalp, fut transféré sur la petite sœur. Il faut dire que cet accessoire avait fait preuve de sa fiabilité après 270 000 kms parcourus. Non seulement il était très confortable, mais, en plus, il était particulièrement costaud, malgré les conditions de route et de piste qu’il avait subies.

Enorme changement par rapport aux deux motos précédentes : le moteur n’était plus noir, mais gris ! Et je gagnais un frein à disque à l’arrière. Ce qui ne changeait pas grand chose au freinage plus que moyen de la Transalp ; heureusement que je ne suis pas un gros freineur.

L’avantage, quand on garde le même modèle, c’est que l’on conserve les accessoires déjà achetés pour l’autre moto. C’est ainsi que les sacoches Touratech, qui avaient succédé aux Bottelin Dumoulin Grand Raid, très solides, mais un brin fatiguées à leur retour du Pakistan, ont changé de lieu de villégiature. Leur robustesse, alliée à leur grande capacité et à leur facilité de chargement m’avaient vite fait oublier leur encombrement ; en outre, rien qu’en les regardant, je rêvais de contrées lointaines ; elles étaient vraiment une incitation au voyage, ce qui n’était pas pour me déplaire.

Et, par une belle , heu non pas vraiment belle, cette journée de mars, Transalp 3ième du nom s’en alla sur la route de la mer rouge, accompagnée par un petit V-twin du nom de 125 Varadéro.

Départ neigeux pour la mer rouge

Tunisie, Sicile, Italie, Grèce, Turquie, Syrie, Jordanie, Liban, Bulgarie, Roumanie, Hongrie, Autriche et Suisse au menu de ces quatre mois de voyage et, de nouveau RAS sur le plan mécanique ( hormis des roulements de direction un peu fatigués), mais pas sur le plan émotionnel.


D’ailleurs, c’est un conseil que je peux donner à tout motard qui sent, au fond de lui, une vague envie de prendre la route. Qu’il se lance ; le plaisir est si grand de prendre la route, libre sur son deux roues , avec des rencontres permanentes, des paysages nouveaux, des cultures et coutumes à découvrir.

Donc, pas d'hésitation. Prenez la route!

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La vie est un perpétuel changement. Rien n’est figé et elle nous réserve des surprises.

C’est d’ailleurs ce qui fait son intérêt, même si certains font tout pour tenter de la maîtriser.Avec plus ou moins de succès.

Il y a sept ans, j’avais laissé ma troisième Transalp entre les mains d’un autre que moi ; alors que je l’adorais.

L’arrivée imminente d’une petite Manon et le besoin d’argent pour financer un futur congé parental  m’avait fait prendre une décision (me retrouver sans moto) que j’aurais pensé impossible. Comme quoi…

Je pensais alors vivre une parenthèse motarde plus ou moins longue mais la passion pour le deux roues l’emporta malgré tout. Nombreux essais de plusieurs jours suite au prêt de quelques Honda par mon généreux concessionnaire, emprunt (très) régulier des motos successives de Marie et trois voyages adaptés à la présence de notre fille dont le dernier avec un side-car acheté et préparé en prévision de ce dernier. Justement, Manon, peut-être un peu saturée après 10 000 kilomètres autour de la mer noire, nous fit bien comprendre qu’elle ne voulait plus être transportée dans un panier.

Le 4 juillet, nous assistâmes donc au départ de notre side-car.

Et, le lendemain, une quatrième Transalp arriva dans notre garage. Que voulez-vous, la nature a horreur du vide et moi aussi !

Je dois reconnaitre que j’étais quelque peu ému lorsque je repris le guidon de cette moto. Emu et interrogatif. Est-ce que le temps n’avait pas fait son œuvre ? Allais-je retrouver le même plaisir que celui que j’avais auparavant, après avoir pris le guidon de motos bien plus modernes depuis ?  

Je réalisais alors que nous étions en 2014 et que cette Transalp avait fait son apparition en 1987. Une ancêtre….

Mes doutes furent vite dissipés. Déjà, je ressentis ce plaisir que l’on a lorsque l’on revient, des années plus tard, dans une maison où l’on s’était senti si bien, chez des amis. On y retrouve immédiatement les mêmes douces sensations, et l’on a envie d’y rester quelques jours pour profiter de l’atmosphère qui y règne.

C’est ce que j’ai éprouvé lors des premiers tours de roues. J’étais bien, naturellement bien.  Je profitais de la douceur de la mécanique, de l’onctuosité de la boîte, de la souplesse des suspensions. Quelques jours plus tard, je parcourus 1300 kilomètres dans le week-end et j’appréciai son grand niveau de confort, celui que j’aimais tant lors des longues étapes, quand je voyageais sur les routes du Moyen Orient ou d’Afrique.

Avec un brin de nostalgie, je manipulai la commande de starter ou la manette de réserve, aujourd’hui disparues sur les motos modernes. Mon regard  se posait sur les aiguilles en mouvement du tableau de bord, plus agréables que le défilement des chiffres des tableaux de bord numériques actuels. Les ralentisseurs n’en étaient plus avec les grands débattements. Je retrouvai aussi cette inertie lors de la mise sur l’angle, provoquée par la roue de 21 pouces, espèce en voie de disparition. La vivacité que l’on trouve maintenant sur une NCX 750 n’était pas là, mais cela convenait à mon pilotage coulé.

Lors d’un arrêt, je détaillai ma nouvelle moto.  Garde-boue enveloppant, soufflets de fourche, large sabot, pare-mains bien dimensionnés, carénage enveloppant, le fonctionnel n’était pas oublié à l’époque, et je trouve que cela ne s’était pas fait au détriment de l’esthétique. Cette Transalp a remarquablement bien vieillie et elle donne toujours cette impression d’équilibre, de justesse dans les proportions. Une réussite.

Il y une semaine, j’ai fait une balade sur les petites routes sinueuses autour de Pau. A plusieurs reprises, j’ai été surpris de voir l’aiguille du compteur  plus haut que je ne l’aurais imaginé. Cette faculté de rouler à un bon rythme sans que le conducteur ne s’en rende compte, je l’avais constatée à l’époque, et cela faisait partie du plaisir intense qu’elle me donnait alors. Et j’ai le souvenir d’un essai dans Moto Journal qui comparait la Transalp 600 à sa nouvelle sœur la Deauville 650. « Ce satané trail twin Honda a beau avoir soufflé ses onze bougies, il reste le roi des parcours accidentés quand on veut se limiter à n’être qu’un conducteur au guidon. Je ne connais pas d’autre moto permettant de mener aussi bien deux objectifs différents : aller vite et profiter du paysage ».

« L’affaire est claire : il faut s’occuper dix fois plus de ce que l’on fait au guidon de la Deauville pour suivre la Transalp. Pour garder la roue de cette dernière qui musarde en enroulant, il faut pratiquement piloter la Deauville ».

« Ajoutez à cela l’extraordinaire vivacité du train avant de la Transalp (ah, les roues de 21 à pneu étroit, pourquoi la mode est-elle aux pneus inutilement larges ?), permettant toutes les erreurs de navigation et rectifications peu orthodoxes dans la décontraction la plus totale ».

« C’est presque triste à dire, mais une moto toute bête (en apparence) et presque passée de mode comme la Transalp recèle ici ce qu’il y a de meilleur : l’efficacité dans la tranquillité et le plaisir. Pour 50% des motards, les cadres aluminium et autres onéreuses trouvailles de la technologie d’avant-garde peuvent aller se rhabiller…. Ou se cantonner au circuit où ils sont nés. Il a fallu l’extrême équilibre de la Fazer qui nous accompagnait (et sans avoir peur de tirer les régimes pour suivre la Transalp ».

 

Bref, après trois mille kilomètres parcourus, j’ai pu constater que cette moto me faisait toujours autant d’effet ! Et tout cela pour 1900 euros.

 

Je la voyais initialement comme une période transitoire avant l’achat futur d’une NCX que j’adore. Je réalise que je suis de nouveau en train de tomber amoureux….

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5 octobre 2014.

De Pau jusqu’à ce petit village de Dordogne, entre Bergerac et Périgueux, il y a 260 kilomètres.
Pour s’y rendre, une route avec de trop nombreuses lignes droites, entrecoupée de trop rares portions sinueuses, à mon goût.

Ce samedi matin, après avoir consulté la carte Michelin, (ma préférée, la version jaune, qui détaille les voies les plus étroites), je décide de rallonger un peu l’itinéraire. En partant plus tôt, je serai à l’heure pour le repas de midi.
Pendant que le moteur chauffe, je me baisse pour ouvrir le robinet de mon nouveau graisseur de chaîne que j’ai installé il y a deux semaines. Je tâtonne encore un peu dans le réglage du débit idéal, mais je commence à l’apprécier lorsque je regarde ma chaîne, toujours légèrement huilée.

La nuit est en train de tirer sa révérence lorsque je quitte le quartier calme et désert. En haut de la côte de Morlaas, je rattrape une Harley Davidson, modèle Sporster. Le gars semble avoir le même rythme que moi et je reste derrière lui. Pas trop longtemps quand même car, à priori, une Harley, ça se balance moins facilement qu’une Transalp et je le recolle dans tous les virages un peu serrés. Qu’à cela ne tienne, une impulsion un peu plus prononcée sur la poignée de gaz et je le dépasse en le saluant. 

Peu après, je bifurque vers cette belle petite route, qui alterne les passages sur les coteaux, avec les Pyrénées en ligne de mire, et les descentes dans les parties boisées. La brume s’invite, par intermittence, discrète, juste pour magnifier le paysage automnal.

La route est parfois bosselée et je loue les grands débattements de ma moto. La circulation est nulle et je prends mon rythme. Dans le rétroviseur, j’aperçois le phare de la Harley qui reprend du terrain dans les lignes droites. 

Rabastens de Bigorre : je fais une courte halte chez des amis, le temps d’un petit thé.

 

 

 

 

Ensuite, c’est le soleil qui s’élève dans le ciel, les routes secondaires prises, moitié avec l’aide de la carte, moitié en suivant mon instinct. J’évite ainsi les grands axes, parfois j’en traverse un. Je me régale, bercé par le ronronnement discret de ma Transalp. 

 

 

 

Comme souvent, je me sens de mieux en mieux au fil des kilomètres ; j’ai besoin de temps pour atteindre la plénitude dans mon pilotage. Le bonheur de rouler se renforce. Je n’ai d’ailleurs plus envie de faire des pauses, juste quelques arrêts rapides pour une photo, mais rien d’autre. 

 

 

 

 

De temps en temps, dans mon horizon, surgit un village. Je le traverse paisiblement, admirant quelques belles bâtisses. Puis, je retrouve ma vitesse de croisière, juste équilibre entre la lenteur et une vitesse excessive, qui me permet de piloter et non conduire, mais sans être en décalage avec mon environnement. Une douce jouissance. 

 

 

 

 

Sur cet itinéraire, les ronds-points, les zones commerciales, les feux rouges sont aux abonnés absents ; les radars aussi !

Vers la fin du parcours, je retrouve la rocade qui contourne Bergerac mais je la quitte bien vite pour m’enfoncer dans les vicinales boisées pour conclure en beauté ma petite balade.

 

 

 

 

 

J’arrive devant la maison, coupe le moteur. 


Ma Transalp est posée sur sa béquille latérale. Je la trouve encore plus belle après ces presque cinq heures de route buissonnière. 

 

 

 

19 octobre 2014.

 

La route est bosselée. Elle rentre dans la catégorie des revêtements ignorant ce qu’est la planéité. Je me rends de Tarbes à Pau et j’ai décidé de prendre cet itinéraire, pas très rectiligne, faisant confiance à mon GPS personnel, niché dans mon cerveau, nourri depuis bien longtemps par mes voyages réguliers. Aussi efficace qu’un Garmin machin chose ou Tom Tom bidule, quelque chose entre l’instinct, le sens de l’orientation, le ressenti et l’observation de son environnement.

La route est étroite, monte puis descend, traverse de très beaux bois, offre toutes les variétés de virages.

Je suis parti doucement et j’ai progressivement accéléré le rythme, mis en confiance par le train avant. Il efface toutes les inégalités, je sens bien qu’il travaille, mais la fourche, la roue de 21 pouces, les rayons souples absorbent tous ces petits chocs. 

Même les épingles à cheveux parsemées de trous et de bosses ne m’inquiètent pas ; la Transalp virevolte au gré d’une impulsion sur le guidon, d’un mouvement du bassin.

Je profite des courtes lignes droites pour admirer furtivement le paysage mais c’est avec délectation que j’aperçois au loin la prochaine série de virages, essayant de la lire au mieux pour préparer mes plus belles trajectoires, dans ce style coulé, dénué de freinages violents, que j’affectionne tant. 

Je m’applique à passer les vitesses le plus proprement possible, et la boîte douce et précise de ma moto me facilite la tâche.

J’ai le sentiment de survoler les obstacles, de maîtriser le moindre centimètre carré de goudron. Aujourd’hui, je sais que ce sentiment de plénitude va m’accompagner tout au long du parcours. La route est mon amie.

Au fur et à mesure que je m’approche de Pau, la vue se dégage, les champs remplacent les forêts, les Pyrénées se montrent, au loin, dans la brume de chaleur qui les enveloppe. 

Je savoure ces derniers kilomètres, j’écoute le doux chant du V-twin qui m’a accompagné dans ces cinquante kilomètres de bonheur motocycliste.

Je bifurque sur la droite, dans l’impasse du quartier, j’arrive devant le garage, je déploie la béquille latérale avant l’arrêt total de la moto qui se pose dessus dans un tempo bien maîtrisé.

Une courte virée, mais avec un bonheur infini ; j’ai bien fait de renouer avec la Transalp ! 

 

 

 

 

25 octobre 2014.

Après une semaine au boulot chargée, j'avais besoin de m'aérer la tête.

Au lieu de prendre la route habituelle,pour me rendre à Tarbes, j'ai pris la direction du sud. La vision des Pyrénées en fin de journée m'a tout de suite requinqué, je me suis laissé porter par mon envie, j'ai atteint le piémont, emprunté les petites routes désertes, celles qui font le lien entre la montagne, toute proche, et la plaine, au loin.

La lumière était belle, les routes parsemées de feuilles mortes et de bogues de châtaigniers; parfois, l'herbe s'invitait sur le goudron fatigué. J'étais heureux, l'atmosphère était paisible, je laissais le V-twin s'exprimer dans les bas régimes, tranquillement. L'air était étonnamment doux.

Je suis arrivé à Tarbes en pleine forme, après 100 kilomètres de tours et détours au lieu des 40 kilomètres nécessaires par la nationale.

Que c'est bon une simple balade en moto! 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lundi 18 novembre 2014, 7 heures.

 

Quand j’ouvre la porte du garage, alors que la nuit est encore bien présente, je suis accueilli par une pluie qui semble vouloir s’installer durablement. En prévision, j’ai ma carapace à priori étanche sur moi. Et je me dis que ce sera l’occasion de vérifier l’étanchéité de mes bottes Soubirac dont je n’arrive pas à me séparer après 21 années de bons et loyaux services.

J’ai rendez-vous à Vieux Boucau et, exceptionnellement, je m’engage sur l’autoroute. La nuit est d’encre et les trombes d’eau limitent encore plus ma visibilité. Le ruban d’asphalte se confond avec la noirceur ambiante et je loue les catadioptres installés sur les barrières de sécurité. Ils deviennent mon guide dans cette ambiance particulière au goût de cataclysme.

Je me dis que, partant du pire, la situation ne peut que s’améliorer ! Effectivement, un semblant de lueur me permet, enfin, d’entre-apercevoir ce qui se déroule sous mes roues. A Peyrehorade,, je quitte la morne autoroute, le jour daigne se montrer et la pluie diminue quelque peu.

J’aime  ces atmosphères un peu extrêmes, elles participent à un plaisir difficile à expliquer, je le conçois. Cet affrontement de l’homme aux aléas naturels, j’arrive à l’apprécier. Ce n’est pas du masochisme, juste un sentiment d’existence.

Je joue avec l’adhérence incertaine, attentif aux changements de revêtements, je me méfie des conducteurs, enfermés dans leur voiture, derrière leurs vitres embués, j’anticipe les bourrasques de vent en regardant ployer les arbres que je vais bientôt longer. Je respire un peu mieux quand une courte éclaircie m’accorde un peu de répit, j’admire cet arc en ciel, superbe, qui semble s’offrir, tel un immense pont sous lequel je vais bientôt passer.

 

 

En plus, je sais que je vais voir un voyageur, dans quelques heures. Ce sera notre première rencontre physique. Cela fait quelques années que je l’ai découvert sur son site, puis à travers ses questions avant son dernier voyage. Mais, internet peut parfois me frustrer par son côté virtuel. C’est pourquoi je suis si heureux d’aller croiser la route de Jef, quelques jours avant le terme de son beau périple à travers l’Europe, depuis le mois d’avril.

J’arrive dans le village de Vieux Boucau. Je me gare sous un auvent, devant la supérette. Le gérant est en train de relever un conteneur renversé par le vent. Ce sera mon abri en attendant l’arrivée prochaine de Jef. Je m’assois par terre et regarde le peu de vie défiler sous mes yeux. Le vent forcit régulièrement, emmenant avec lui des averses violentes. J’aime l’atmosphère de ces stations balnéaires désertées par les hordes de touristes. Elles retrouvent un côté humain derrière cette apparente torpeur. Une canette abandonnée fait son chemin sur le parking au gré des courants d’air.

Je suis en avance et je crois que j’aime ça, attendre. Mon cerveau se met en marche, mon  imagination invente des histoires.

Je rejoins la place où j’ai donné rendez-vous et m’abrite sous le porche de la mairie. Quelques rares personnes passent, tenant fermement leur parapluie qui a des velléités d’envol.

Sur la façade de l'hôtel de ville, l’horloge regarde la grande aiguille s’éloigner de celle des heures.

 

 

Je fais quelques pas vers la ruelle et j’aperçois, au loin, le Kangoo de Jef. Je lui fais un signe de la main.

Il arrive, souriant, tel que je l’imaginais à travers ces récits. Nous rentrons dans l’unique café ouvert du village et nous commençons la discussion devant deux chocolats chauds réconfortants. Je sens, je sais que je vais passer un bon moment en sa compagnie.  

Plus tard, nous prenons la route. Je suis heureux de faire ces quelques kilomètres derrière son Kangoo, à son rythme. Quelques arrêts photos dans la forêt, une incursion sur la plage.

 

 

La mer remue beaucoup, le ciel est partagé entre le noir menaçant au sud et quelques touches de bleu, comme une promesse d’éclaircie à venir. Le vent semble vouloir nous faire décoller, pour rejoindre les oiseaux de mer qui nous survolent.

 

 

Plus tard, nous rejoignons Mimizan où un chaleureux restaurant nous accueille. Notre amour du voyage nous rapproche, malgré nos différences, et le repas se prolonge. Je sais qu’il va falloir bientôt interrompre ce moment, alors que notre discussion pourrait durer si longtemps.

15 heures. Vient l’heure de la séparation. Je laisse Jef et ses derniers kilomètres avant sa Vendée.

Quant à moi, je hausse le rythme pour arriver à l’heure à la sortie de l’école de Manon. Ma Titine se plie de bonne grâce à ma demande, efface les voitures et les camions trop lents qui pourraient nous retarder. Sa douceur fait merveille sur les routes glissantes.

17 heures, je stoppe la moto, ferme le robinet de mon graisseur de chaîne, rentre au garage. Mes bottes ont fini par laisser passer un peu d’eau, ma combi de pluie aussi.

Le compteur a franchi le cap des 60 000 kilomètres peu avant Pau.  Comme une invitation à aller chercher celui des 70 000 kilomètres.

 

J’ai des envies de lointain qui m’enveloppent. Je n’aurais pas dû aller à la rencontre d’un voyageur….

 


 

 

 

 Je me souviens de l’arrivée sur la marché de la moto d’un système de graissage de chaîne, dénommé Scottoiler, il y a plus de 25 ans.

Au départ, je m’y étais intéressé, sans plus, car je roulais avec ma Honda VTE 500, munie d’un cardan. Puis, après la 750 XLV, je me suis tourné vers la Transalp. Je roulais alors beaucoup (30-35 000 kilomètres par an) et ma chaîne de transmission, bien qu’entretenue avec soin, ne dépassait guère les 30 000 kilomètres.  

Pour autant, je n’ai jamais osé tenter l’expérience, d’une part parce que ce système était quand même assez cher et parce que j’avais un doute sur la réelle longévité supplémentaire qu’il offrait à ce petit bout de métal soumis à bien des agressions au cours de sa vie.

Au fond de moi, je me disais qu’il était bien plus important d’éviter les outrages du temps que de les traiter en proposant un simple carter de chaîne étanche dont j’avais pu louer l’efficacité sur ma Honda 125 CG (50 000 kilomètres avec une chaîne de l’ancienne génération sans joints toriques).

Comme on dit, mieux vaut tard que jamais. C’est en effet après 800 000 kilomètres parcourus que je me suis décidé à investir dans ce matériel. L’achat de ma quatrième Transalp et l’installation d’un kit chaîne neuf dans la foulée m’a donné envie d’essayer. Vu le prix réduit de ma nouvelle acquisition, je ne me voyais pas investir une somme trop élevée dans ce matériel. Heureusement, depuis la création de Scottoiler,  il y a  eu d’autres fabricants qui ont présenté des produits similaires.  J’avais retenu, notamment, cette entreprise anglaise, Tutoro, qui proposait un graisseur basique et bon marché, et qui avait été bien jugé par Moto magazine, le 60 millions de consommateurs des motards.

Allez, je me lance donc et commande, via internet, mon graisseur Tutoro à double sortie pour un peu moins de 30 euros.

Même pour un piètre mécano comme moi, l’installation se révèle être facile. Il faut dire que le matériel est basique. Un minuscule bocal avec un robinet, une longue durite et un diffuseur en fourche. Pas de branchement électrique ou sur les pipes d’admission comme sur les concurrents ou sur le modèle plus sophistiqué de la marque Tutoro.

Les premiers tours de roues sont hésitants car il faut arriver à déterminer quel est le meilleur réglage pour un débit approprié.

Ensuite, c’est une tranquillité qui s’installe. Plaisir de voir sa chaîne toujours légèrement huilée. J’utilise de l’huile de tronçonneuse et cette dernière nettoie la chaine des impuretés. Fini le magma qui se formait avec les bombes à graisse.

Mon appréhension première était l’obligation d’ouvrir le robinet d’écoulement au moment du départ et de le fermer à l’arrivée. En fait, c’est très rapidement devenu un réflexe et je dois dire que j’aime assez devoir gérer moi-même son fonctionnement. Je crois que je suis un peu réticent devant certaines techniques qui s’imposent peu à peu (GPS, anti-patinage, suspensions pilotées, ….). Elles nous font peu à peu prendre contact avec la réalité, nous isolent et nous rendent dépendants. J’aime consulter ma carte, j’aime sentir le chemin à prendre, j’aime doser ma poignée de gaz quand l’adhérence devient incertaine. Avec mon Tutoro, c’est la même chose, je me baisse et j’ouvre le robinet dont je connais maintenant la position idéale. Un petit rituel de plus avant de prendre la route sur ma moto.

Je n’ai pas encore parcouru assez de kilomètres pour me faire une idée précise des bienfaits de ce matériel mais, après plus de 22 000 kilomètres sans avoir à retendre ma chaîne, je commence à penser que cela ne s’annonce pas trop mal. C’est la première fois que je parcours autant de kilomètres sans tension de chaîne.

(31 décembre 2015: je viens de franchir le cap des 28 000 kilomètres, et toujours rien à signaler. La chaîne me semble juste un peu plus détendue mais je n'y ai pas encore touché! Résultat plus que probant!). 

En outre, j’éprouve un plaisir certain en roulant tout en sachant que, là-dessous, une petite durite de rien du tout dépose, régulièrement, une goutte d’huile au niveau de la couronne arrière pour le plus grand bonheur de ma chaîne de transmission.

Bien sûr, j’aurais aimé un bocal plus grand pour plus d’autonomie, mais j’ai recyclé une vieille burette d’huile vide qui a pris sa place dans la sacoche de réservoir, prête à faire le plein dudit bocal. Comme le faisaient auparavant ceux qui roulaient en deux temps, en remplissant régulièrement le réservoir d’huile destiné au graissage séparé de leur moteur.

 

3 juin 2016: je viens pour la première fois de retendre ma chaîne, après 33500 kilomètres parcourus. Impressionnant!

J'ai donc passé un peu moins de deux ans à me contenter de remplir, de temps en temps, le petit réservoir avec de l'huile de tronçonneuse. Ma satisfaction est totale, j'ai retrouvé le plaisir que j'avais avec ma XLV 750 et ma VTE 500, munies d'un cardan; rouler sans avoir à se préoccuper de ce qui se passe au niveau de la roue arrière.

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Vendredi 3 avril 2015. En démarrant ma Transalp, j’ai le sourire. Car je sais que, enfin, le soleil va m’accompagner tout au long de la semaine. Je ne pars pas pour des vacances, mais j’ai décidé qu’il serait plus agréable de chevaucher ma moto que de m’assoupir sur un fauteuil de la SNCF pour me rendre à mes trois jours de formation à Nantes.

 

Et, comme je n’aime pas les parcours trop directs, j’ai décidé de faire un petit détour par Nîmes, histoire d’assister à la deuxième épreuve des Promosport sur le circuit de Lédenon.

 

Je m’élance donc, de bon matin, avec les Pyrénées éclairées par le soleil. La route est peu fréquentée et, comme d’habitude, je prends mon temps pour hausser le rythme. Je n’aime pas contraindre mon corps et mon esprit en leur imposant dès les premiers kilomètres des efforts contre-nature. Je sais que, invariablement, je vais me sentir de mieux en mieux ; le plaisir de rouler va générer un bien être propice à une conduite plus enlevée. 

 

 

Et c ‘est ce qui m’arrive encore aujourd’hui ; une sorte de plénitude qui m’envahit peu à peu, qui me donne le sentiment de totalement maîtriser mon étape. Les virages sont mes amis, les voitures et camions plus lents l’occasion d’effectuer de beaux dépassements, les villes et villages un ralentissement apprécié, avec un regard sur la vie qui s’y écoule.

 

Mon moteur dévient mon complice ; je le comprends, j’anticipe ses désirs par un doux rétrogradage opportun, je l’écoute ronronner sous le réservoir, j’apprécie son onctuosité.

 

Sept heures plus tard, j’aborde la pente raide qui mène au circuit. Pendant deux jours, je vais m’imprégner de l’atmosphère si prenante de la compétition moto et assister, avec beaucoup d’émotion, au premier podium de "mon" pilote. 

Dimanche, 16 heures. Il faut reprendre la route. Aujourd’hui, il y a 450 kilomètres au programme jusqu’à un petit hameau de Dordogne. Le soleil déclinant habille de sa douce luminosité les beaux paysages de l’Aveyron et du Lot. Je suis en harmonie totale avec ma Transalp, rien ne peut interrompre ce sentiment de plénitude.

 

 

Trente kilomètres avant l’arrivée, la route se transforme ; elle devient tourmentée, sinueuse, semble vouloir se faufiler au milieu des bois de Dordogne. Les suspensions de ma moto effacent les inégalités du revêtement. Le soleil a depuis longtemps tiré sa révérence et la nuit qui s’installe ajoute un peu de mystère à ce dernier tronçon de route.

 

 

Lundi, 13 heures. Je commence mon étape du jour par un petit détour sur les routes corréziennes.

 

 

 

  Le soleil répond présent mais ne parvient pas à faire fuir le froid. Bien couvert, je profite de la beauté des paysages traversés. Les virages, malheureusement, se font de plus en plus rares en traversant la Vienne, les Deux-Sèvres et le Maine et Loire. Je réalise la chance de vivre dans ma région où les routes sont une invitation permanente à rouler en moto.

 

J’arrive à Nantes alors que le soleil disparait à l’horizon. 520 kilomètres de plus.

 

 

Trois jours plus tard, je sors de ma formation et rejoint la Corrèze par un itinéraire moins monotone.

 

Cinq  heures plus tard, le village d’Uzerche m’accueille. Je suis un peu fatigué, bien sûr, mais modérément. Cette moto est vraiment reposante. Le soir, je jette un coup d’œil à ma chaîne. Un motard, rencontré à Lédenon l’avait trouvée très propre comparée à la sienne. Je ne regrette pas l’achat de mon graisseur de chaîne ; moins de 30 euros et une corvée de graissage terminée. Il me suffit, d’actionner le robinet, au moment du départ et de le fermer à l’arrivée. Ma chaîne est maintenant toujours légèrement huilée et semble apprécier ce traitement vu qu’elle n’a pas eu besoin d’être retendue depuis 14 000 kilomètres.

 

 

Une petite visite chez mon oncle, le lendemain et j’emprunte mon itinéraire favori pour rejoindre Pau. D’abord, la N20 jusqu’à Cahors, maintenant désertée. Une alternance de belles courbes, de dénivelés qui donnent de la joie au motard. Puis, la route jusqu’à Moissac où il est impossible de s’ennuyer. Enfin, Auch, Vic en Bigorre et la départementale qui rejoint Morlàas où je me suis un peu lâché.

 

J’arrive à la maison, heureux. La France est belle, variée. Les itinéraires intéressants ne manquent pas ; il suffit de déployer sa carte et de faire son parcours, loin des trop grands axes, rapides, certes, mais ô combien monotones.

 

 

Et parcourir ces routes au guidon d’une Transalp est réjouissant, tant cette moto est facile à mener et prévenante pour son pilote.

 

2400 kilomètres avec du bonheur plein la tête.

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

70 km/h. je laisse le V-twin prendre sa température sur la rocade nord de Pau. J’ai 400 kilomètres au programme.

Il y a une heure, au lever, un coup de téléphone imprévu. Il fallait que je vienne rapidement.

Je suis inquiet, comme on peut l’être quand un de ses proches a de gros problèmes de santé, mais j’ai conscience qu’il va me falloir faire abstraction de  tout cela durant le parcours. La conduite d’un deux roues ne pardonne pas un cerveau « absent ».

Je quitte la ville par la route des coteaux. Cela débute par une montée et trois virages. Je sens immédiatement que je suis dans le rythme. Depuis que je roule en moto, j’ai appris à reconnaitre les indices propices à une conduite « enlevée ». C’est le cas aujourd’hui ; il fait beau, pas trop chaud, ma nuit fut récupératrice, je me sens bien posé sur ma moto, et je prends de l’angle dans ces premiers virages avec un grand sentiment de sécurité. Mes trajectoires sont précises, j’ai l’esprit vif.

Très vite, je quitte la route de Lembeye, direction Vic en Bigorre. La départementale est étroite et je reste un petit moment derrière un camion.  Une petite ligne droite que j’ai anticipée par un début d’accélération dans le virage et j’avale le poids lourd sur ma lancée, en cinquième, en remerciant d’un geste de la main le conducteur qui m’avait fait signe que la voie était libre.

Libre, c’est ce que je ressens sur cette route déserte alors que ma Transalp semble avoir trouvé son régime de croisière. J’alterne les kilomètres sur le plateau, qui m’offre une belle vue sur les Pyrénées, au loin et  dans les descentes qui me plongent dans les parties boisées.

L’itinéraire choisi est varié, avec de courtes lignes droites entrecoupées de dénivelés sinueux. Je prends plaisir à « lire » la route, afin d’arriver dans le bon tempo dans les successions de virages, j’aime parvenir à éviter le freinage tout en gardant une bonne vitesse ; je soigne mes rétrogradages qui sont  précis, rapides et doux ; la moto se relance sans le moindre à-coup.

J’ai tous mes sens en éveil, prêt à réagir au moindre évènement extérieur. Mon corps est à l’écoute des réactions de ma Transalp,  ses suspensions  réagissent aux nombreuses inégalités,  avec un léger dandinement que j’accompagne. Je suis maître à bord  et je sais que rien ne va perturber cette impression d’équilibre entre mon équipage et son environnement.

J’arrive à Vic en Bigorre, les ralentisseurs sont effacés en souplesse par les grands débattements et mes jambes alors que je me relève sur les repose-pieds.

Peu après, je rejoins la route d’Auch, à peine plus fréquentée. Je prends plaisir à calculer la vitesse à laquelle je dois arriver sur les véhicules qui me précèdent pour pouvoir les dépasser sans rupture de rythme, en évitant tout freinage.

Bien que concentré sur mon pilotage, je n’en apprécie pas moins les paysages traversés. Je ne m’attarde pas dessus, mais je les reçois, par bribes, comme un cadeau, un petit bonheur supplémentaire pour accompagner ma journée sur la route.

 

La preuve de mon bien être, c’est que j’ai oublié mes pneus pourtant usés après 18 000 kilomètres ; c’est comme si j’étais en train de les arrondir avec des prises d’angle volontaires et sereines.

Auch : je décide d’éviter le centre-ville. Il y a de la circulation, mais je parviens à m’immiscer, dans le flot de voitures avec agilité. Ma moto est très forte dans cet exercice et, aujourd’hui, je suis son prolongement. Tout coule de source, les voitures deviennent des obstacles que je prends plaisir à effacer rapidement, sans rupture de rythme.

Peu avant Mauvezin,  c’est une succession de courbes qui m’attend. A 110-120 km /h, je les aborde en soignant mes trajectoires. Le V-twin est dans sa plage de régime favorite. Je le sens qui respire bien et sur des accélérations un peu plus appuyées pour effacer les voitures qui me précèdent, le compteur flirte avec les 140 km/h avec facilité. Je crois que le vent est mon ami sur cette longue étape et qu’il me pousse un peu ; je ne ressens pas de turbulences et le 600 cm3 donne l’impression d’avoir un peu plus de cylindrée que d’habitude.

 

Même l’arrêt à la station d’essence participe à cet état de douce euphorie ; c’est une très gentille dame qui vient me servir et entame un brin de discussion ; cela faisait longtemps que je n’avais pas eu à faire mon plein moi-même. Je crois que, la dernière fois, c’était lors de l’essai de la NCX 750, en décembre 2013, en Espagne.

J’arrive à Castelsarrasin, chez ma sœur, l’occasion d’une courte halte.

Nouveau départ et la magie continue d’opérer. Malgré cette coupure, je suis toujours en « état de grâce », en totale harmonie avec ma moto. A la sortie de Moissac, j’emprunte la route sinueuse qui se dirige vers Dufort-Lacapelette.

Dans la montée avant le village, il y a une longue suite de virages plus ou moins prononcés, qui semblent intimement liés les uns aux autres ; il est indispensable de bien entamer les premiers pour que les suivants en deviennent le prolongement naturel. Et c’est ce que j’arrive à faire, en évitant une vitesse trop élevée au départ, puis en augmentant le tempo. La moto virevolte d’un virage à l’autre, bien campée sur ses Michelin, je n’utilise que le frein moteur, ne touche pas à la poignée de frein, je suis en extase, comme lorsque je joue une partition équilibrée du début à la fin avec mon accordéon diatonique. Si l’on pouvait illustrer un moment de bonheur, il pourrait avoir la forme d’un petit film de ces quelques kilomètres parsemés de virages.

 

La joie de rouler se poursuit  avec une descente que des virages serrés cherchent à perturber. Même lors de ces forts ralentissements avec des freinages plus appuyés,  j’ai ce sentiment très agréable de dominer mon sujet. A aucun moment, ne serait-ce que l’espace d’une seconde, je n’ai ressenti le moindre doute, la plus minime frayeur ou la nécessité de rattraper une erreur de pilotage. Je conduis relâché et ne ressens aucune fatigue.

Alors, je continue de rouler, ne voulant pas interrompre cette douce béatitude.

Je rentre dans le département du Lot, la végétation se fait moins dense, les plateaux calcaires font leur apparition.

Du haut de son rocher, la cité médiévale de Lauzerte me regarde passer.

 

J’arrive à  Cahors. J’aime beaucoup cette ville où j’ai passé trois années, mais l’heure n’est pas au tourisme et je contourne la ville. Ce n’est pas aujourd’hui que je m’attarderai sur le beau pont Valentré.

J’ai ensuite 100 kilomètres jusqu’à Brive, via la N20, réputée lors de ma jeunesse pour ses embouteillages pendant les périodes de vacances.

Avec l’autoroute voisine, elle est devenue un tronçon déserté mais ô combien agréable. Je continue à me régaler avec des placements précis à l’entrée des virages. J’ai la musique du V-twin pour cadencer cette étape.

La longue descente sur Figeac est délicate.  Les courbes peuvent donner l’illusion de facilité mais le dénivelé important complique la tâche. Dans la continuité des 300 kilomètres déjà parcourus, je conserve une fluidité dans ma rythmique, sur le quatrième rapport, pour un soutien efficace et discret du frein moteur jusqu’au pont qui enjambe le Lot. Une descente divine, d’où je pouvais apercevoir, la vallée, au loin.

Une fois en bas, il faut remonter ! Cela dure moins longtemps mais je plonge avec délectation dans les virages serrés qui ponctuent la remontée sur le plateau.

 

Les bois de plus en plus touffus annoncent l’arrivée dans le département de la Corrèze.

Après une brève incursion sur la quatre voies qui contourne Brive, je retrouve la nationale abandonnée. La route grimpe et j’enchaîne les virages sur un rythme que je qualifierais d’allegro ma non troppo ; à chaque fois, je couche la moto sans violence mais avec détermination et ma Transalp adore ça. Un virage se referme, mais j’ai déjà le regard porté vers la courte ligne droite qui suit et la moto s’y dirige sans l’ombre d’une hésitation.

Ce sont les derniers kilomètres, je pose la moto sur sa béquille latérale.  Je la regarde avec beaucoup d’affection après ces 400 kilomètres en état de grâce, de bout en bout.  Un moment unique.

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Mercredi 11 novembre 2015.


Le repas de midi terminé, j'ai trois petites heures devant moi. 

Et une envie irrésistible de sortir la moto du garage.

Le temps est étonnamment doux pour un 11 novembre et le soleil d'automne invite à sortir de la maison.

J'enfourche donc ma moto, m'arrête à la station voisine. Totalisateur remis à zéro, j'emprunte la rocade de Pau sans vraiment savoir quelle direction prendre. J'ai juste envie de rouler, de retrouver ce plaisir sans cesse renouvelé d'actionner la poignée de gaz, de sentir le V-twin ronronner sous le réservoir, de soigner mes trajectoires, de profiter de cet espace de liberté qu'offre la moto. 

Les Pyrénées sont magnifiques et c'est tout naturellement vers elles que je me dirige. Très vite, je quitte la route nationale pour une voie plus étroite et escarpée.

Je me sens bien et j'ai encore plus envie de conduire "proprement". Car c'est pour moi une source de plaisir intense de parvenir à trouver un équilibre entre un bon rythme et de la douceur et de la précision dans mon pilotage. Pas d'à-coups, des passages de vitesses imperceptibles, des trajectoires sans aucune brusquerie. J'ai alors ce sentiment unique de ne former qu'un avec ma moto. 

La route se retrécit et longe un ruisseau qui me renvoie une agréable fraicheur. Le revêtement est incertain et j'apprécie une nouvelle fois les débattements de ma Transalp. A 80 000 kms, les suspensions d'origine ont perdu en rigueur ce qu'elles ont gagné en mollesse, mais cela ne me gêne pas; mon pilotage s'en satisfait.

La route commence à s'élever. Je hausse progressivement le rythme. La montagne offre des tons de vert superbes. 



Les virages se succèdent et je me délecte des mises sur l'angle de ma moto; parfois, l'un d'entre eux se resserre: un freinage un peu plus appuyé, le regard déjà porté vers l'enchaînement suivant et la moto s'engage fidèlement sur la trajectoire.





Je sors de la partie boisée et les belles prairies vertes tachetées de quelques bergeries s'offrent à mon regard. J'aperçois quelques troupeaux de vaches et de chevaux, au loin, dominés par les pics les plus élevés. Tout est harmonie dans cette montée du col du Soulor.

J'embraye sur la descente vers Argelès-Gazost sans m'arrêter. La route est plus large, moins bosselée, mais avec toujours beaucoup de virages. Je garde un rythme soutenu, mais avec ma réserve habituelle, celle qui me permet d'éviter les mauvaises surprises, les frayeurs, pour ne retenir que le plaisir de rouler. Le val d'Azun est un régal pour les yeux et les couleurs automnales le magnifient aujourd'hui.



Je poursuis jusqu’à Lourdes en évitant soigneusement la quatre voies insipide. Les virages se transforment en courbes et ma vitesse augmente.

Après Lourdes, je rejoins la petite route de Julos que je n’ai pas empruntée depuis très longtemps. Très étroite, elle m’incite à rouler tranquillement. J’en profite pour admirer la chaîne des Pyrénées, sur ma droite et traverse, au pas, des villages isolés.





L’heure tourne et il est temps de rentrer. Je choisis les chemins détournés pour profiter jusqu’au bout de ces routes peu fréquentées si propices au plaisir motard.

Pau m’accueille enfin après 177 kilomètres. 

J’ai le sourire aux lèvres et le cœur léger en ôtant mon casque. 

En me baissant pour fermer le robinet de mon graisseur de chaîne, je remercie par la pensée ma brave Transalp.

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  7 juillet 2016:     ll m’est difficile de trouver les mots pour parvenir à décrire le bonheur que j’éprouve lorsque je suis au guidon de ma moto.


  Comment définir le doux moment qui précède la mise en route du moteur, celui où le cerveau quitte son environnement pour entrer dans le monde du deux roues ?

Cette agréable adrénaline qui monte en moi alors que j’installe mes bouchons d’oreilles, enfile le casque et les gants, que je me baisse pour ouvrir le robinet de mon graisseur de chaîne, que j’effectue ce geste des milliers de fois répété de la jambe droite qui, en souplesse, survole la selle avant que la botte se positionne sur le repose-pied.

Puis, la main qui cherche la clef de contact en se faufilant près de l’imposante sacoche de réservoir.

Le pouce droit qui appuie sur le bouton de démarreur pour réveiller le V-twin pendant que la main gauche, dès les premiers soubresauts du moteur, s’en va gérer la meilleure position du starter.

La petite impulsion sur le pied gauche pour redresser la moto, le même pied qui se glisse sous la béquille latérale pour la replier.

L’attente brève avant d’enclencher le premier rapport dans un claquement caractéristique.

Le relâchement en douceur du levier d’embrayage.

Les premiers virages abordés avec délicatesse, en pensant à la gomme encore froide des pneus. La poignée de gaz maniée avec douceur en écoutant le moteur dont la voix s’éclaircit au fur et à mesure qu’il monte en température.

Le regard attentif à la circulation dans laquelle j’essaie de m’immiscer sans aucune brusquerie.

La vitesse qui augmente progressivement alors que mon corps a pris la mesure de son environnement.

Je ressens alors un plaisir intense en sentant que je m’insère naturellement dans le flot de la circulation. J’aime la sensation de cette montée en puissance de la moto qui, imperceptiblement, parvient à se dégager du rythme que lui imposent les autres véhicules ; j’aime cette fluidité que j’arrive à mettre naturellement dans mon pilotage.

Je sens bien que mon cerveau est constamment en plein travail, analysant en permanence les situations, mais je ne le ressens pas comme une contrainte ; au contraire, c’est avec une certaine délectation que je le sollicite afin de trouver, à chaque instant, la solution pour faire face à tous les obstacles qui pourraient me gêner dans mon mouvement.

Régulièrement, j’ai un petit plaisir qui se manifeste tout au fond de moi, parce que j’ai réussi, grâce à cette anticipation de tous les instants, à dépasser le plus proprement possible cette voiture, à enchaîner ces quelques virages sans brusquerie mais dans un rythme soutenu. La précision et la douceur que j’arrive à imprimer dans le passage des vitesses me procurent de la joie car j’aime sentir que ma moto ne souffre pas.

La lecture du terrain, des dénivelés, des virages occupe également tout mon esprit. Je ne ressens pas de plaisir à introduire de la « violence » dans mon pilotage. Je préfère donner la priorité à un équilibre le plus juste possible entre une totale fluidité et un rythme que, parfois, j’ai envie d’augmenter malgré tout.

En effet, il m’arrive, parce que je sens que c’est le moment et que ma lucidité est entière, de lâcher la bride. Je retarde alors mes freinages, sollicite un peu plus la poignée de gaz et le sélecteur mais sans rompre cet équilibre si jouissif qui nous relie, ma moto, mon environnement et moi-même.

Mon attention est alors décuplée, je suis en mesure de réagir instantanément aux imprévus, je ressens encore mieux les réactions de ma moto que je suis en train de solliciter un peu plus. J’atteins alors une sorte d’extase à repousser les limites sans me mettre en danger, sans rompre cet équilibre si important pour moi. Chaque prise d’angle ajustée me remplit de joie, le vrombissement un peu plus fort du V-twin me fait vibrer, j’accompagne naturellement les mouvements de la moto sur les inégalités de la route.

Je forme un tout avec ma moto, je « suis » ma moto, ma moto « est » moi, et une espèce d’euphorie m’enveloppe et me transporte. Cela peut durer quelques kilomètres ou un peu plus si la route belle et sinueuse se prolonge.

Quand cet épisode arrive à terme, je retrouve un rythme plus paisible mais j’ai tout au fond de moi, bien ancré, le souvenir d’un moment merveilleux qui a éclairé ma vie. Car, durant ces moments privilégiés, tout ce qui peut être négatif, tout ce qui peut influer négativement sur mon moral a été balayé, emporté loin d’ici.

Je retrouve alors un rythme plus sage mais le plaisir ne se dissipe pas pour autant car le seul fait d’être au guidon suffit à m’en procurer.

Le sentiment de liberté qui m’envahit sous le casque est renouvelé à chaque sortie, sous le soleil mais aussi par temps de pluie ou lorsque les frimas de l’hiver sont arrivés. Je n’envie alors pas les automobilistes, bien à l’abri et au chaud ; la voiture leur donne du confort, mais ma moto me livre du bonheur sur un plateau d’argent.

Un bonheur durable qui plus est car cela fait maintenant bientôt trente-six ans que ça dure. Et que ça s’amplifie, mes sensations au guidon prenant de l’ampleur, se bonifiant avec le temps, comme un bon vin.

La durée du parcours importe peu, même si les étapes plus longues ont un goût particulier, et plus encore les voyages au long cours au cours desquels je parviens à un sentiment de plénitude impossible à exprimer mais merveilleux à vivre.

Pas plus tard qu’hier au soir, j’ai aimé le simple parcours Tarbes-Pau alors que le soleil allait se coucher. La forte chaleur de la journée avait diminué, la lumière était belle, les montagnes étincelantes au loin. La route était déserte et j’étais bien sur ma selle pendant que le moteur ronronnait sous le réservoir.

A mi-parcours, une envie soudaine m’a fait bifurquer sur la droite, pour prolonger ce doux moment, j’ai emprunté des routes moins rectilignes, traversé quelques villages calmes, la route a pris un peu d'altitude. J’ai fini par retrouver la nationale juste avant Pau mais j’ai encore eu envie de détours et la première route qui m’a tendu les bras fut la bonne. Quinze minutes supplémentaires avant que je me décide à éteindre le moteur et à ranger ma Transalp dans le garage familial.

Je suis rentré dans la maison, calme, détendu avec la certitude que la nuit serait douce et agréable.

Pour tous ces moments si intenses, merci à toutes mes motos !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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