Sortie de mon premier roman : L’araignée et les volets de bois

Huitième partie: Honda CB 500 X, ma petite Africa Twin - Le bonheur est en route ....

 

 

 

 

14 août 2019. J'actionne le bouton de démarreur le coeur léger. Rien de tel que la perspective de cinq heures de route pour me donner une belle impulsion après une journée de travail surtout si elle doit précéder quatre nuits en camping dans le nord de la Dordogne. Mais il y a aussi le besoin de ressentir dans la durée le comportement nouveau de ma moto après l'installation du pignon de 16 dents. C'est à priori ce qui me convenait, mais je veux confirmer mes premières impressions.

Je décolle tranquillement de Pau en attaquant la côte de Morlaàs. Je laisse le moteur tracter paisiblement dans le bas du compte-tours pendant que je monte doucement en température. Il ne me faut pas très longtemps pour apprécier le changement que je peux résumer ainsi: plus de rondeur et de progressivité et une allonge supplémentaire bienvenue sur les intermédiaires. Tout cela me convient très bien et correspond pile-poil à ma manière de conduire.

J'ai opté pour un itinéraire loin des axes principaux, ce qui me garantit une succession de virages divers et variés et des dénivelés entrecoupés de jolis villages à traverser. Tout pour me mettre en appétit!

Les kilomètres défilent et j'apprécie vraiment ce supplément d'onctuosité généré par cette démultiplication rallongée de 6,7%. Cela peut paraître peu mais, dans la réalité, la transformation est autrement plus importante. Tout est plus feutré à bord: les accélérations, le frein moteur, le filet de gaz mais aussi le régime moteur plus faible et le bruit ainsi que les vibrations atténués. Les performances sont certainement en légère baisse mais, contrairement à Marquez ou Quartararo, je n'ai pas un chronomètre greffé dans le cerveau. La puissance de ma petite CB 500 X me suffit amplement pour la relancer à la sortie d'un virage ou pour effectuer un dépassement.

Mon itinéraire traverse le Gers puis le Lot et Garonne. Plaisance du Gers, Aignan, Eauze, Montréal. C'est ensuite Mézin et Lavardac; ça virevolte et c'est parfois bosselé. Ma Honda aime ce genre de terrain propice à l'improvisation et moi aussi.

Peu à peu, et c'est une habitude chez moi, j'augmente le rythme comme si je rentrais en phase avec mon environnement. J'adore cette montée progressive de mes sensations. Tout devient alors évident, ma gestuelle gagne en précision, je réagis immédiatement à toutes les péripéties pouvant survenir. Naturellement.

Je fais corps avec ma machine. Aujourd'hui, c'est après 2H30 de route ininterrompue que je rentre dans cet état d'harmonie totale. Après une courte pause auprès d'un éléphant marron (!), je poursuis mon parcours avec une joie qui va crescendo. Jusqu'au summum.

Je comprends que cette journée ne sera pas comme les autres. Je ne fais qu'un avec ma Honda. Le plaisir a cédé la place au bonheur.

Pour la première fois depuis son achat, j'aime cette moto comme j'ai aimé mes Transalp. Je ne suis plus au guidon de ma moto, elle devient mon prolongement. Je plane sur mon petit nuage alors que ceux au dessus ont fini par l'emporter sur l'astre solaire qui s'est éclipsé discrètement.

L'heure avance sur l'horloge du tableau de bord; quatre heures de route déjà et je n'éprouve aucune fatigue. J'ai juste envie que ce moment se prolonge un peu plus. Poursuivre encore cette communion, me laisser porter par ce sentiment de plénitude.

Des envies de voyage avec ma nouvelle moto se font jour. Elle ont un goût merveilleux, celui des choses que l'on sent proches d'être réalisées.

Je traverse maintenant une région de la Dordogne que je ne connais pas. Mon itinéraire se transforme en voyage. Ma sacoche de réservoir, tout juste installée avant le départ, me plonge un peu plus dans cette ambiance.

La route se fait plus étroite et boisée. j'aperçois deux chevreuils bondissant dans une clairière.

Le village d'Aulaye est maintenant proche. Je savoure ces derniers instants, jouissant des trajectoires tracées au cordeau que ma moto semble me dicter.

Un dernier pont à traverser, le camping est là, sur la gauche, éclairé par la douce lumière du soir naissant. Je remercie ma petite moto d'une tape sur le réservoir. Elle ne répond pas. Ne dites pas: "C'est normal, ce n'est qu'une moto". En effet, une de mes Transalp avait cette faculté. C'était la bleue, la meilleure des quatre que j'ai eues. Elle m'a emmené loin, très loin, dans des pays dont j'osais à peine imaginer pouvoir un jour fouler le sol.

Si j'avais les moyens d'adapter mon roman en film, je la choisirais de cette couleur si photogénique pour accompagner Julien dans son long périple pour un monde meilleur. Ce serait elle, l'héroïne. Je rêve .... encore. La journée fut si belle, propice à solliciter mon cerveau. Pendant que le bicylindre ronronnait sous le réservoir, il s'est projeté vers les dunes de l'Erg Occidental; il a imaginé ma Honda CB 500 X chargée, prête à affronter les routes et les pistes algériennes. J'aimerais tant revoir Taguit et sa région.

 

 

A moto, comme dans la vie, il y a des moments plus importants que d’autres. Ce fut le cas de ce 14 août qui a scellé une union naissante entre ma nouvelle Honda et moi. Après une très longue histoire d’amour avec mes Transalp, il n’était pas facile pour elle de trouver sa place. Il a suffi d’un peu plus de quatre mois et d’un pignon magique pour que le miracle se réalise.


De nouveaux moments de bonheur en perspective!

 

PS: je me posais la question de l'incidence de cette démultiplication rallongée sur la consommation. Après 1000 kilomètres parcourus et deux pleins effectués, cette dernière n'a pas varié: 3,24 litres/100 et 3 litres/100.

Quant à l'indication de vitesse erronée dorénavant, j'ai pu faire une première vérification en suivant Marie au volant du fourgon sur le chemin du retour; elle roulait à 110 km/h sur l'autoroute, mon compteur indiquait 103 km/h à 5000 tours/minute. Cela correspond aux 6,7% de différence.

Avec le pignon d'origine                      Avec le pignon de 16 dents

4000 tours/minute = 84 km/h                   89,6 km/h
5000 tours/minute = 103 km/h                 109,9 km/h
6000 tours/minute = 125 km/h                 133,4 km/h

 

PS 2:   28 août 2019. Hier au soir, après deux heures de musique sur les bords de l’Adour à Tarbes, j’ai encore vécu un moment « magique » en rentrant chez moi juste avant la tombée de la nuit.


J’ai emprunté un parcours inhabituel fait de routes sinueuses dans la campagne et les bois environnants. Un état de grâce avec ma moto. Tout coulait de source, j’étais en phase avec le moteur, la partie-cycle, les suspensions avec cette merveilleuse sensation que nous maîtrisions à nous deux toute la route qui s’offrait à nous.

Je suis persuadé que cette douceur générée par le pignon de 16 dents est à l’origine de ce sentiment ; je suis pleinement heureux au guidon de ma moto dans cette nouvelle configuration.

La veille, en sortant du boulot, j’avais voulu la tester en montagne, un domaine où elle devrait être moins à l’aise avec cette démultiplication rallongée. Le col d’Aubisque et col du Soulor ont rendu leur verdict. C’est effectivement moins vif en sortie de virage dans les montées et certaines épingles serrées passées auparavant en 3ième se négocient en 2ième. Mais, rien de fondamentalement gênant pour moi. En fait, j’ai très vite adapté ma manière de conduire au nouvel étagement de la boîte. En outre, la montagne n’est pas faite que de montées, il faut bien redescendre à un moment donné ….

J’ai été contraint de laisser tomber mon projet d’acquérir une Africa Twin pour des raisons financières, mais ce fut en fait une chance car je suis maintenant certain que cette dernière ne m’aurait pas apporté autant de bonheur que ma petite CB 500 X.