Week-end pluvieux, week-end heureux au guidon de la Suzuki Gladius

En 30 ans de moto, j’ai eu l’occasion d’essayer toutes sortes de deux roues mais, jamais, je n’avais mis les fesses sur une Suzuki.
C’est la réflexion que je me suis faite alors que je chevauchais depuis quelques heures le petit V-twin de la marque.

Suzuki Gladius

 

 

 

Ce dernier week-end de novembre, je me retrouve sans véhicule et j’ai quelques centaines de kilomètres à parcourir. Après m’avoir proposé sa Toyota, Jeanine, une amie trouve plus raisonnable, pour mon équilibre psychologique, de me prêter sa Gladius. Elle a eu raison, plusieurs heures enfermé dans un habitacle de voiture aurait pu provoquer des lésions irréversibles chez moi, l’amoureux de la moto !

Suzuki Gladius

Suzuki Gladius


Quand je quitte Juillan, ce jeudi soir, je suis surpris par la petitesse de la moto, basse et compacte et par un ensemble moteur-transmission d’une douceur idéale pour faire connaissance avec cette nouvelle monture. L’embrayage est onctueux, la boîte de vitesses l’est tout autant et le moteur accepte les bas régimes, mais dans un grondement qui en dit long sur son caractère.

Après mon cours d’accordéon, je rentre chez moi, tard dans la soirée en empruntant l’autoroute. Je me doutais que ce n’était pas le terrain de prédilection de cette moto, mais je ne m’attendais pas à être à ce point gêné par la manque de protection. Depuis vingt ans que je roule avec des motos munies de tête de fourche, mon corps a perdu l’habitude de prendre le vent directement sur le casque. Et, là, de moi même, je me surprends à limiter ma vitesse à 115 km/h ; au delà, la pression du vent est trop forte. En outre, j’ai une drôle de sensation, avec l’impression d’être très près de la route. Elle est tellement minuscule, cette moto, qu’elle déclenche en moi un certain sentiment de vulnérabilité. C’est comme si je me sentais physiquement attiré par le sol tout proche. Etrange et pas vraiment agréable.

Suzuki Gladius

Suzuki Gladius

Je décide donc de quitter le triste ruban autoroutier pour profiter des qualités de cette moto . Car, elle en a , à commencer par ce moteur « joyeux » qui respire à tous les régimes dans un enthousiasme réjouissant. Il faut dire qu’un pot Ixil remplace celui d’origine et il se fait entendre, le bougre, presque trop pour moi. La maniement du sélecteur est également un pur plaisir tant la commande est douce et précise ; je suis sûr que les rétrogradages pourraient se faire sans problème pieds nus, d’une impulsion du gros orteil, bien que la manœuvre ne soit pas conseillée en ces temps de frimas !

Suzuki Gladius

Dans les virages un peu serrés, je suis surpris par la vivacité du train avant qui réagit trop sèchement aux changement de trajectoire et aux cassures de la route. Il faut peut-être que j’oublie le comportement plus doux des trails auxquels je suis tant habitué.

J’achève les quarante kilomètres en regardant le tableau de bord simple et complet, avec même un indicateur du rapport engagé, spécialité typiquement Suzuki qui en avait équipé ses quatre cylindres de la fin des années 70 ( Suzuki GS 750) , si ma mémoire est bonne.

Suzuki Gladius


Samedi matin, à 7 heures, je prends la route. Le manque de protection se fait sentir, alors que le thermomètre dans la voiture des copains et copines indique 2 degrés. Aujourd’hui, j’arrive plus facilement à soutenir les 130 km/h mais j’avoue que je n’aurais pas apprécié de faire plus que les 50 kms parcourus sur l’autoroute.
Une journée intensive de musique plus tard, je prends le guidon de « ma » petite Gladius pour un peu moins de 300 kms jusqu’au beau département de la Dordogne .

J’emprunte des routes peu fréquentées par les automobilistes …. et les radars, ce qui est un avantage car je note que la vitesse idéale de cette moto est 110 km/h, le compte tours calé à 5000 tours/minute .

Suzuki Gladius

Le pot d’échappement me renvoie une musique assez enivrante, et pas trop forte car j’ai mis les bouchons d’oreille ; quel plaisir d’entendre le ronflement grave du V-twin à la décélération et ce vrombissement à chaque rotation de la poignée de gaz. Cela participe grandement au bonheur d’être au guidon de cette petite moto. J’emploie cet adjectif de petite car c’est vraiment le sentiment que j’éprouve tant elle est basse et se manie avec facilité, et aussi parce que j’ai les jambes un peu trop repliées à mon goût (encore la nostalgie du trail, vont me dire certains).

Suzuki Gladius


Peu à peu, sans m’en rendre compte, je modifie ma manière de conduire en sollicitant moins le guidon pour inscrire la moto en virage, comme j'ai pris l'habitude de le faire avec mes Transalp ; je me sers plus de mon bassin et la moto s’inscrit plus naturellement dans les courbes, réagit moins violemment aux inégalités du terrain. J’aime ce moment où, tout naturellement, on commence à faire corps avec la machine.

Suzuki Gladius

Suzuki Gladius

 

La nuit tombe rapidement, mais je suis heureux de chevaucher cette moto au comportement évident. Les suspensions sont un peu fermes, mais rien de rédhibitoire. Quant à la selle, bien que fine et dure, elle semble épargner mes fesses, bien tannées, il est vrai, par quelques 700 000 kms en moto !

Je commence à m’attacher à cette Gladius, dont le nom me paraissait étrange au début, mais auquel j’ai fini par m’habituer et qui est quand même plus agréable à l'oreille que les SV ou GSXR du même constructeur.

Suzuki Gladius

Après un peu plus de 200 kms, un voyant orange clignote au tableau de bord, indiquant le passage sur la réserve. Je m’arrête à une station d’essence devant une concession Harley Davidson chez qui les V-twin sont « légèrement » plus gros. Je rajoute 8,89 litres pour 224 kms parcourus, soit 3,97 aux 100 ! Bigre, avec un quart du parcours, effectué sur autoroute, je suis impressionné par le résultat. Cela compense la faible capacité du réservoir ( 14,5 litres).

Avant de repartir, je regarde, non j’admire, une voiture tout de blanc vêtue qui fait demi-tour devant moi. Une pure beauté, cette Morgan Aéromax. Dommage, je n’avais pas mon appareil photo sur moi.

Morgan Aéromax



Morgan Aéromax

La route se poursuit dans la bonne humeur, avec un phare correct en plein phare. Justement, la circulation devient plus fluide et me permet de l’utiliser. Le revêtement est lisse et je me régale dans les enchaînements de virages où la moto se place sans effort. Au freinage, je trouve que le levier manque de consistance et j’aurais souhaité un peu plus d’attaque, mais venant d’un motard qui freine que les nuits de pleine lune et encore, seulement si le ciel est dégagé, ma critique est difficilement recevable !

Alors que le froid gagne du terrain malgré mes couches de vêtements, je me dis que la moto, c’est une véritable machine à bonheur, même après 30 ans de pratique et je remercie par la pensée Jeanine pour son prêt.

Le V-twin continue à m’enthousiasmer et sa disponibilité est telle que je reste dans la zone 2000- 5000 tours minute amplement suffisante pour avancer à un bon rythme, en harmonie avec l’environnement des petites routes du Gers, du Lot et Garonne et de Dordogne. Ce moteur me conforte dans l’idée qu’une cylindrée de 650- 750 cm3 est amplement suffisante pour se faire plaisir avec une puissance largement au dessus des possibilités du motard moyen, des miennes en particulier !


Suzuki Gladius

Dimanche 29 novembre. Rien de tel qu’un départ à 17H30, juste à la tombée de la nuit, sous une pluie persistante et plutôt fraîche pour parfaire l’essai de cette moto dans des conditions plus difficiles !
Jean-Roland m’accompagne un bout de route au guidon de sa 650 Bandit. Même marque, même cylindrée mais, côte à côte, ce sont deux motos complètement différentes. La sienne paraît énorme comparée à la fluette Gladius, mais, question chargement, elle est plus apte que ma moto sur laquelle j’ai installé un petit sac à dos sur la (petite) partie de selle réservée au pauvre passager.

Suzuki Gladius

On s’enquille une heure de route sous un déluge, aveuglés par les phares des voitures, bref que du bonheur !
A Villeneuve sur Lot, on se quitte et je poursuis seul ma route, après un deuxième plein, alors que le totalisateur indique 263 kms parcourus. 9,73 litres consommés, soit 3,7 litres aux 100 ; Décidément, ce moteur a toutes les qualités !

J’ai soudain une révélation. Jusqu’à ce jour, je me demandais à quoi pouvaient bien servir les gros 4X4 que j’apercevais quotidiennement. Maintenant, je sais ; ils sont là pour guider le motard en détresse sous la pluie battante d’une froide soirée de novembre. Je repère un Mercedes classe M et je « m’accroche » 20 mètres derrière lui, et ainsi, guidé par ses gros feux arrière, j’évite l’éblouissement et je découvre le profil de la route avec un peu d’avance. Je n’irai pas jusqu’à dire que le parcours devient plus facile, tout au moins plus supportable.

Suzuki Gladius


Enfin, la pluie se fait plus rare, mais le froid s’installe ; J’apprécie dans de tels moments la facilité à mener cette Gladius, à changer de trajectoire quand on découvre que le virage se resserre ou que quelques feuilles mortes l’habillent de leur couleur automnale, mais mouillée et glissante, la couleur automnale ! Le moteur participe également à cette sérénité en reprenant en souplesse sur un filet de gaz à 50 km/h en 6ième, comme le ferait un quatre cylindres, mais avec une fadeur qui n’est pas de mise ici. Non, on le sent vivre entre ses jambes, ce V-twin . Enfin, j’apprécie le manque de mordant du frein avant qui me chagrinait la veille, car l’adhérence précaire du revêtement routier est peu rassurante. Malgré les manchons, les doigts s’engourdissent peu à peu et les chaussures de montagne détrempées me glacent les pieds.


La perspective du poêle à bois familial me donne des ailes et j’opte pour une étape à l’énergie, sans arrêt. Le temps s’éclaircit dans la forêt landaise, j’aperçois une, puis plusieurs étoiles, la lune fait son apparition, mon horizon nocturne s’élargit. La fin du parcours sera moins ardue.

Je ressens le besoin de me lever sur les repose pieds, de temps en temps, pour soulager mes fesses un peu endolories.

 

A trente kilomètres de Pau, mon corps endolori crie grâce, mais je sens l'arrivée trop proche pour m'arrêter et la volonté prend le relais.

Enfin, les premières lumières de la ville annoncent la fin du calvaire mais, à aucun moment, je n'ai regretté l'habitacle chauffé d'une voiture. C'est qu'elle est attachante, cette moto, avec son moteur si plaisant, vif, mais sans excès.

En rentrant la moto au garage, je remarque ce que j'avais déjà noté lors d'un demi-tour sur une route de Dordogne: Suzuki n'a pas seulement copié le cadre treillis des Ducati; la marque a poussé le souci du détail en dotant la petite Gladius d'un diamètre de braquage très ....italien!

Il était dit que cet essai serait arrosé et je ramène la Gladius sous des trombes d'eau, de nuit, avec l'envie de sortir les rames de ma petite moto amphibie.

Un dernier plein montre une consommation de 4,2 litres aux 100 et confirme la sobriété de ce moteur.

En conclusion, je savais déjà que je n'aimais pas les quatre cylindres avec leur moteur linéaire, et ces 800 kilomètres parcourus au guidon de cette petite Gladius m'ont conforté dans mon sentiment que le bicylindre et moi, c'est une histoire qui marche; surtout avec un moteur si enthousiasmant qu'il fait oublier la grisaille d'un mois de novembre.

Dire que certains motards ne roulent que les beaux jours, ils ne savent pas ce qu'ils perdent!

 

Suzuki Gladius