Honda X-ADV 750, le scootrail.

Depuis que je suis motard, je n’ai jamais aimé les scooters. En fait, il y a eu une exception, le seul scooter que j’ai aimé, c’est le Lambretta de mon grand-père qu’il m’avait offert, le jour des mes onze ans, en me disant que je pourrais venir le chercher quand j’en aurai seize. C’est l’exception qui confirme la règle !

Il m’est arrivé de rouler ponctuellement sur un scooter et cela ne m’a jamais laissé un souvenir impérissable.

La dernière fois, c’était pourtant avec un Intégra 750 qui reprend exactement la même base que la Honda NCX 750 que j’adore, et cela ne m’avait pas plu. La faute à une position de conduite, à ce plancher sur lequel il faut poser les pieds qui génère chez moi un sentiment bizarre, celui de ne pas ressentir la route, de la subir.

Quand le X-ADV a été présenté sous forme de concept, je reconnais qu’il m’avait intrigué, et quand le modèle définitif est arrivé, l’envie de mettre à son guidon m’a traversé l’esprit. Les premiers essais publiés dans la presse ont fini de me convaincre. J’avais envie de me faire mon opinion sur ce deux roues d’un nouveau genre.

Jeudi 25 mai 2017. Quoi de mieux pour un motard que le sommet des cols le jour de l’Ascension ? C’est ce que je me dis en quittant le quartier à huit heures, profitant d’une douceur qui ne devrait pas durer selon la météo locale. La chaleur arrive.

Avant le départ, je soulève la selle sous laquelle un large coffre accueille mes affaires (cela change du compartiment riquiqui de l’Intégra).

J’enfourche le X-ADV. Ce qui me frappe en premier lieu, c’est la hauteur de selle. Je mesure 1,74 m et j’ai les pieds qui posent au sol sur la pointe, comme sur ma Transalp. J’ai même un peu plus de mal qu’avec ma moto du fait de la largeur de l’ensemble.

Contact (sans la clef qui reste dans la poche) et le tableau de bord s’éclaire joliment. Je n’aime pas le tout numérique mais ce tableau recueille mon assentiment. Il est beau, complet et, très vertical,dans l’axe de vision, il permet une lecture aisée.

Je démarre sur le mode D, pour quitter la ville. Les vitesses passent rapidement. La différence sur ce modèle, c’est que le régime de passage du rapport supérieur a été augmenté de 500 tours/minute. C’est peu, mais ça change tout. Le moteur ne donne plus l’impression d’être en perpétuel sous-régime et c’est beaucoup plus agréable. Je roule sur un filet de gaz pour laisser le moteur monter en température et je me retrouve à près de 100 km/h sur le boulevard s’en m’en rendre compte, dans un bruit feutré. Le bicylindre isolé sous l’habillage est encore plus discret que sur la NCX.

J’ai décidé d’éviter tout ce qui ressemble à une ligne droite aujourd’hui et j’attaque la montée sur les coteaux de Jurançon. Dès les premiers virages, j’oublie que je suis sur un scooter. La position de conduite surélevée et ce grand guidon, ça change tout. Je retrouve ce plaisir de jouer avec le guidon, d’une impulsion pour inscrire le X-ADV dans le virage. J’ai placé les pieds à l’arrière du plancher, ce qui me rapproche un peu plus de la position que l’on a sur une moto.

Le train avant est très réactif et je me mets sur l’angle sans arrière pensée.

Pour l’instant, je suis en mode balade, le temps de faire connaissance avec la machine. Les suspensions me rappellent celles de la NCX, ce qui est logique car les débattements sont similaires. Le freinage répond présent, mais sans brutalité.

Je fais deux arrêts photos qui nécessitent un demi-tour serré et c’est là que je me sens le moins à l’aise, compte tenu de la hauteur de selle et de la largeur de la machine. J’aimerais aussi un rayon de braquage un peu plus court.

Le pare-brise en position haute me protège bien, sans trop m’isoler de la route.

Quant au moteur, je suis une fois de plus sous son charme. Ce n’est sûrement pas le meilleur pour une journée d’essai presse intensive avec des journalistes qui ne pensent qu’à envoyer du gaz mais, au quotidien, c’est du bonheur. Il ne faut pas s’attarder sur la fiche technique (moins de 55 chevaux), juste rouler avec et réaliser que la puissance est disponible dès les plus bas régimes et que ça tracte fort, mais en toute discrétion, avec une boîte DCT qui magnifie ce bicylindre en passant les rapports à la vitesse grand V.

A chaque fois, je me régale avec ce moteur. Ce que j’aime aussi, c’est jouer avec les différents modes de la boîte. Après le mode D, j’opte pour le S1 plus réactif et, en quittant Lasseube, je choisis le mode manuel car j’ai dix kilomètres de routes sinueuses où j’ai envie de participer. Le mode manuel, c’est le sentiment que le cerveau donne directement les ordres au doigt et au pouce ; le temps de penser qu’il faudrait rétrograder et le pouce a déjà effleuré la commande, le rapport inférieur est passé sans une once de brutalité. Sur des freinages plus violents avant d’aborder une épingle, il suffit de trois petits coups de pouce pour descendre les trois rapports sans une amorce de blocage et de sortir sur l’angle en remontant une à une les vitesses avec l’index. C’est juste jouissif !

J’entame la montée du col d’Aubisque. Mode S1 enclenché, c’est celui que je préfère car il se rapproche de ma manière de conduire, en mode rapide-coulé sans monter trop haut les régimes. Je ne vois pas passer les dix-huit kilomètres jusqu’au sommet. Une impulsion sur le guidon, à droite, puis à gauche, le X-ADV s’inscrit naturellement dans les virages et le train avant est vraiment sécurisant. Les pneus sont à la hauteur, très rassurants. Instinctivement, je me suis avancé sur la selle, j’ai reculé au maximum mes pieds pour mieux sentir la X-ADV à l’attaque. L’ordinateur de bord indiquait 3,9 litres de consommation en bas, et 4,1 litres en haut du col.

 

Dans la descente du col du Soulor, je choisis le mode D, la moto (?) semble glisser. J'ai juste à soigner mes trajectoires et mes freinages, la boîte DCT s'occupe de tout. 

A Argelès-Gazost, je fais une petite halte. Malgré ses 238 kilos avec le plein, le X-ADV se béquille très facilement sur la centrale ; le poids se fait sentir quand on manipule la machine à la main mais il s’efface totalement dès les premiers tours de roues. Je m’achète un sandwich, ce sera le repas de la journée. Aujourd’hui, je préfère me nourrir de virages et de dénivelés ! Je rencontre un copain et c’est l’occasion d’une pause bienvenue à la terrasse d’un café, vu l'écrasante chaleur du jour. 

C’est ensuite la montée sur Luz Saint Sauveur. Un automobiliste en BMW a envie de jouer derrière moi. Qu’à cela ne tienne, je hausse le rythme qu’il tient …. un petit moment puis je le vois s’éloigner dans mon rétroviseur. Je trouve que ce X-ADV a la même faculté que la NCX à rouler à un très bon rythme sans forcer, en toute décontraction. Son train avant me semble encore meilleur que celui de sa soeur et je pense que la belle fourche inversée doit en être à l'origine.

Le col du Tourmalet est envahi par les cyclistes et je bascule de l’autre côté sans m’arrêter. Les freins sont très efficaces et le levier à gauche commande le frein arrière. Cela permet d’assurer un freinage couplé avec les deux mains. J’ai simulé deux freinages d’urgence ; quelle puissance !  Seul bémol, j’ai du mal à me servir du frein arrière comme je le fais parfois pour inscrire la moto dans les virages comme si mon cerveau n’avait pas encore enregistré que levier gauche=frein arrière. Une habitude à prendre certainement, mais cela fait maintenant trente sept ans que je freine avec une pédale et les réflexes ne s’effacent pas d’un trait de plume!

 

 

Ce matin, j’ai repéré sur la carte un petit col perdu dans la vallée de Lesponne et j’ai envie de voir ce que donne la machine sur cette route forestière. Je m’arrête à la station d’essence. Le bouchon de réservoir est idéalement placé, devant la selle. Résultat : 8,41 litres après 232 kilomètres parcourus, soit 3,62 litres aux 100. Ce moteur reste fidèle à sa réputation, malgré les cols franchis. Quant à l’ordinateur de bord, il indique 3,8 litres.

Le col du Couret n’est même pas indiqué par un panneau et c’est un habitant qui me met sur le chemin. Route défoncée qui, parfois, abandonne le goudron pour la terre, c’est l’occasion de tester les suspensions. Habitué aux grands débattements de la Transalp, je les trouve un peu fermes dans ces conditions (je m’étais fait la même réflexion avec la NCX). Je regrette que les repose-pieds optionnels ne soient pas installés car, par moment, je me mets debout et j’aimerais être en position plus reculée.

La route est piégeuse et le X-ADV se révèle à l’aise dans ce genre de terrain. En fait, il se rapproche de l’esprit trail, il donne envie d’aller à la recherche des coins reculés. Il est évident pour moi qu’il n’est pas fait pour le tout-terrain mais avec lui, je n’hésiterais pas à m’aventurer sur un chemin. Sur un tel terrain, sa position surélevée permet d’avoir une bonne vision, d’anticiper sur les inégalités, sur les trous ; et le grand guidon est un précieux allié. Oui, je retrouve vraiment l’esprit trail avec ce X-ADV.

 

J’emprunte la route entre Trébons et Lourdes, via Neuilh et Juncalas. C’est un endroit où j’aime poser mes roues, entre plaine et montagne, sauvage, très beau. Je lâche la bride, en mode manuel. Le bicylindre reprend bien dès 2000 tours/minute, je virevolte de virage en virage, j’adore ces changements de rythme incessants avec un terrain varié. Il faut garder la tête froide car c’est étroit et les hautes herbes ne facilitent pas la visibilité, mais quand on arrive à trouver le bon tempo, c’est le bonheur assuré. Et aujourd’hui, c’est le cas pour moi. Quel pied !

 

A Lourdes, je trouve encore un chemin détourné car j’ai maintenant la conviction que ce X-ADV les aime autant que ma Transalp.

Il est malheureusement temps de rentrer à la maison. Juste pour voir, dans la ligne droite avant Ossun, j’ouvre les gaz en grand, j’arrive vite à 170 km/h. Le pare-brise est un bon rempart contre le vent.

Pau surchauffée m’accueille. Un deuxième plein. 5,2 litres pour 134 kilomètres, soit 3,88 litres aux 100.

C’est l’heure du lavage du X-ADV, très agréable sous ce cagnard. C’est l’occasion de voir qu’il est très sérieusement construit. On sent la volonté de Honda de faire dans le haut de gamme. D’ailleurs le prix est équivalent au T-Max.

Je ne me sens pas fatigué après ces huit heures de route, la position de conduite proche de celle d’une moto a épargné mon dos.

Je ne regrette pas mon essai. Ce X-ADV a été à la hauteur de mes attentes. Il est étonnant de constater qu'un simple changement d'ergonomie a complètement modifié la perception de la route. Avec la X-ADV, j’ai vraiment eu un ressenti de motard, et même de trailiste.

 En conclusion, c’est évident pour moi, ce X-ADV est un scootrail !

 

 

PS: Vendredi matin, je ramène le X-ADV chez Top Moto à Tarbes. Quarante petits kilomètres pour se dire au revoir. Il y a pas mal de ronds points et le X-ADV s’y jette avec gourmandise. Ce train avant est vraiment réussi et donne un côté joueur à la machine. Car, c'est ce que je retiendrai de cette moto-scooter, elle est joueuse et donne envie de rouler sur tous les terrains.