Sortie de mon premier roman : L’araignée et les volets de bois

Carnet de piste d'Alex - Carole, 10 et 11 mai 2014

 

 

 

 

Cela fait une demi-heure que je roule et je me régale. Il y a d’abord le pot Remus qui gratifie chaque accélération d’un beau bruit rauque, il y a ensuite cette partie cycle qui se joue des nombreux virages (quelle belle invention, le Telever !).





Le parcours s’annonce long, tant mieux, vu le plaisir que j’éprouve au guidon de la BMW de Bruno. J’ai mis un pneu neuf à l’avant et j’ai le sentiment très agréable de pouvoir guider la moto au centimètre.

La route est déserte, et les radars aux abonnés absents. Résultat : 86 kilomètres la première heure, 91 la deuxième. Lors de la traversée du Lot, le soleil dispense une belle lumière, les paysages sont magnifiques. Je suis dans un rythme soutenu, avec une sensation de liberté totale.

Les voitures ne sont que des obstacles ambulants que j’avale sans coup férir, pendant que le moteur joue une partition du concerto en Remus mineur.

Je me demande parfois pourquoi certains s’obstinent à emprunter les grands axes si monotones.

L’arrivée en Corrèze se fait sous un crachin qui rend la route glissante. Je rends un peu la main et je me résigne à emprunter la morne autoroute. C’est qu’il me faut être à Paris ce soir.

100 kilomètres avant la capitale, la circulation se densifie et l’entrée sur le périphérique à 18H30 se solde par des embouteillages. Le quotidien ici, mais pas pour un gars du Sud-Ouest. Je me rassure en me disant que, après avoir connu les affres de la circulation au Caire ou à Téhéran, cela ne devrait quand même pas me poser problème !

Enfin, j’arrive au circuit Carole à 19 heures. J’y retrouve l’équipe du Kawito Racing Team. Il fait beau et nous parcourons à pied le court circuit parisien.



Alex ne semble pas être un adepte de ce tracé étroit, avec des lignes droites et quelques virages serrés. Il me dit que la sortie avant la ligne droite n’est pas évidente à gérer au niveau de la puissance.




Les avions passent sans discontinuer au-dessus de nos têtes. Cela change des circuits de Pau-Arnos et de Lédenon, perdus dans la campagne.

Tôt le matin, je fais un tour du paddock. L’atmosphère est vraiment différente de celle que j’ai pu rencontrer sur les autres circuits. L’espace est compté et cela génère une certaine concentration humaine.

Les camping-cars et caravanes, les auvents sont les uns sur les autres. A cela s’ajoute le bruit incessant des avions au décollage.

 





Une demi-heure avant les essais qualificatifs, le temps demeure incertain. Juste avant l’entrée en piste, une pluie fine s’invite. Tout le monde est en pneus secs. Alex discute avec d’autres pilotes qui attendent impatiemment une décision de la direction de course .

 





Enfin, la piste est déclarée mouillée.

 





Branle-bas de combat, chaque concurrent monte les pneus pluie dans l'urgence. L’énervement est palpable d’autant que, cinq minutes plus tard, la piste est ouverte pour les vingt minutes d’essais qualificatifs. Je regarde Alex qui met la main à la pâte. Pas évident de se concentrer dans de telles conditions.

 

 






Ce matin, au petit déjeuner, il m’avait dit qu’il était difficile d’apprendre ce circuit atypique, avec un revêtement rendu glissant par les particules de kérosène des avions.

Il avait du mal à sentir le grip dans la parabolique. En outre, il avait noté le manque de puissance à l’accélération dans les deux lignes droites. Il s’interrogeait sur l’intérêt d’équiper sa Yamaha du boîtier YEC que possèdent certains. Avec cet équipement, le moteur est plus rempli à moyens régimes.


Je m’installe dans « le virage de l’étang », qui commande la deuxième ligne droite. Certains pilotes passent en force, confiants dans les pneus. Alex est plus prudent, très doux, comme toujours dans son pilotage.

Je sens que ce circuit nécessite beaucoup de roulage avant de pouvoir se lâcher. Résultat : 12ième temps de sa session. Et 25ième temps au classement général. L’apprentissage se révèle difficile.



 



Cet après-midi, il y a la demi-finale. Seuls les 12 premiers seront qualifiés pour la finale. Ce n’est pas gagné !

C’est sur piste mouillée que les concurrents s’élancent. Alex fait un bon départ et se retrouve 14ième au premier virage. Sa moto fait une légère embardée et mon cœur prend quelques battements/minute !

Au deuxième tour, il est toujours 14ième avec un paquet de 3 pilotes devant lui.

 




Au 5ième tour, il effectue un beau dépassement au freinage juste avant la ligne droite des stands : 12ième.

7ième tour : le 11ième est 3 secondes devant lui. Alex semble avoir pris son rythme et, effectivement, il prend la 11ième place au 9ième tour.

Il me fait une belle frayeur avec une glissade de l’arrière dans la courbe juste avant la descente.

Fin de la course. Mission accomplie, il est 11ième. La finale s’offre à lui sans avoir à passer par la consolante.



Plus tard, j’assiste à deux superbes manches de la 500 Cup. Quelle attaque à tous les niveaux de la course! Les pilotes n’arrêtent pas de se piquer au freinage, de se doubler à l’intérieur, à l’extérieur, dans un style parfois débridé.

C’est un régal pour le spectateur d’autant que les pilotes semblent prendre du plaisir, de la tête de course, jusqu’au dernier. Cela me donnerait presque envie de m’y essayer, c’est tout dire !

 

 




Enfin, voilà la course des 1000 sur une piste quasiment sèche, mais avec de gros nuages autour du circuit. Ces motos sont arrivées à un niveau de puissance impressionnant.

La maîtrise de certains pilotes me laisse pantois, avec notamment des freinages d’une rare violence et l’arrière de la moto balayant la piste et, juste derrière, des accélérations brutales. Bonne condition physique indispensable !
 


Le soir, je regarde notre voisin. Il est arrivé avec sa voiture et sa remorque. Pas de tente, ni même un auvent pour sa BMW. Quand il pleut trop fort, il met une bâche en plastique transparent pour la protéger. La nuit dernière, il a dormi sur la banquette arrière de sa voiture.

Nous l’invitons à partager notre repas et faisons une petite place pour sa moto sous l’auvent. Il court en catégorie Promosport découverte. C’est cela aussi la course, des passionnés qui, avec les moyens du bord, arrivent à participer à quelques épreuves. Pour Fred, il y aura, en plus de Carole, Magny Cours et Le Mans.






Dimanche matin, je m’en vais assister, de bonne heure, à la consolante des 125. Hier, la course fut d’une grande intensité avec cinq pilotes se bagarrant sous la pluie.

 





La jeune Estelle dont nous avons gardé la moto sous l’auvent fait sa course en queue de peloton, en se battant contre l’autre féminine du groupe. Ce sera chaud entre les deux jusqu’au drapeau à damiers et le geste d’Estelle qui a réussi à taxer sa copine est révélateur de l’état d’esprit de beaucoup en Promosport. Le plaisir de la compétition à tous les niveaux de la course.





Je parle avec Alex de sa prochaine course. Il s’est inscrit en wild-card dans la catégorie stock des 600 Supersport pour l’épreuve de Nogaro. Là, il va jouer dans la cour des grands, mais rien de tel que de côtoyer les meilleurs pour apprendre.

Plus tard dans la matinée, j'aperçois Fred qui revient dare-dare avec sa voiture et un pneu arrière pour sa moto. Il vient d’acheter au tout dernier moment un pneu pour sol sec car la pluie se fait oublier depuis un long moment.

Un peu affolé, il nous annonce qu’il doit être en pré-grille dans vingt minutes. Il sollicite un coup de main. Avec mes deux mains gauches, je tente de ne pas commettre l’irréparable en me cantonnant à des travaux ne touchant pas aux organes de sécurité. Je ne voudrais pas être responsable d’un accident !

Tout est enfin prêt et Fred file en pré-grille. J’admire son moral après une nuit inconfortable et froide dans sa voiture.



Je vais dans la ligne droite assister à sa course. Coup du sort, la pluie survient au moment même du tour de chauffe ! Et s’arrête comme elle est arrivée alors que les pilotes viennent de s’installer sur la grille de départ.

Le départ est donné, les pilotes sont sur des œufs mais Fred passe au premier virage de la 9ième à la 5ième position. La piste s’assèche rapidement et je vois Fred, dans un style très touriste, qui donne une impression de lenteur, remonter peu à peu jusqu’à la 2ième position. Inespéré !



Dans le dernier tour, il s’en est fallu de 5 dixièmes qu’il ne taxe le premier à qui il reprenait entre 2 et 4 secondes dans les quatre derniers tours.
Fred arrive sur le podium, les yeux rieurs, tout étonné de se voir remettre une coupe.



 


Dans trois heures, ce sera le tour d’Alex et le temps continue à user les nerfs des concurrents avec une alternance de pluie et de soleil, et même une mini-tempête pendant dix minutes que nous passons accrochés à l’armature de l’auvent pour éviter qu’il ne s’envole.

Trente minutes avant la pré-grille, une nouvelle averse détrempe le circuit au moment où les 500 vont s’élancer ; leur course est retardée.

Alex se repose à l’arrière du camping-car ; il m’a dit qu’il espérait une course sur sol sec; ce circuit lui semble assez compliqué sans qu’on y rajoute des difficultés supplémentaires.

Il se lève, visiblement agacé par ce temps changeant. J’assiste au rituel de l’habillage, qui se rapproche de celui du motard routard comme moi, avant le départ d’une longue étape. C’est aussi une manière de se préparer mentalement avant de se mettre au guidon de sa machine.




Les motos viennent de se ranger sur la ligne de départ. La pluie a cessé, mais la piste est mouillée et ce sera une course en pneus pluie.

C’est parti, Alex passe un concurrent au premier freinage, 21ième. Ouf ! Aucun accrochage.



Deuxième tour, il est 22ième, alors qu’un pilote chute juste devant lui au freinage en bout de ligne droite. Il a 9 pilotes devant lui.

Au sixième tour, le pilote devant lui fait une équerre à la réaccélération et Alex le dépasse au freinage suivant.



Au 8ième tour, il est 20ième alors que le soleil s’installe.

19ième au 13ième tour.

18ième au tour suivant.

 





Hélas, juste devant nous, il finit en roue libre dans le virage avant la ligne droite des stands. Rageant, il ne lui restait plus que 2 tours.

Motif de l’abandon. J’ose à peine l’écrire : la chaîne qui a sauté….



L’humeur est donc un peu morose, mais il convient de préparer le retour. 850 kilomètres au programme.

Après la vitesse, je m’attaque à l’endurance en quittant le circuit Carole, à 17 heures. Seul problème, je n’ai pas de coéquipier et c’est moi qui vais devoir assurer tous les relais !

9H30 plus tard, après avoir lutté contre un fort vent, puis contre la fatigue, c’est avec délice que je m’engouffre sous la couette.

 

Deux jours après, malgré un bilan mitigé, je reste optimiste. Qualification directe pour la finale, et, surtout, des temps au tour durant la course proches des 12 pilotes devant lui. Il était dans le rythme sur ce circuit qu’il n’affectionne pas particulièrement. Même s’il a abandonné, il a accompli la quasi- totalité de la course, et c’est important pour lui de faire du roulage avec sa nouvelle monture.

Quant à notre voisin, Frédéric Nogues, j'ai vu qu'il avait fait un nouveau podium dans sa seconde course (3ième). Bravo Fred!

j'ai hâte de me retrouver à Nogaro, dans une ambiance sûrement plus sérieuse, avec des machines et des pilotes affutés.

Rendez-vous donc le 25 mai.