Sortie de mon premier roman : L’araignée et les volets de bois

Carnet de piste d'Alex - Lédenon, 12 et 13 avril 2014

 

 

Après une première course à Nogaro riche en émotions, j’avais très envie d’assister à la deuxième manche, d’autant qu’elle se déroulait sur un circuit où je n’étais jamais allé.

Vendredi matin, à 9 heures, je quitte donc  le quartier juste au moment où une forte averse s’abat sur moi. Arrêt d’urgence sur les bas-côtés et enfilage rapide de la combinaison de pluie. La journée commence bien !

Je m’empresse de gagner du terrain sur les nuages en filant plein ouest et, effectivement, je sors rapidement de la zone pluvieuse.

500 kilomètres m’attendent, ce qui n’est pas pour me déplaire mais il ne va pas falloir chômer  pour arriver de bonne heure sur le circuit. A Villefranche de Lauragais, je me résigne donc à emprunter le monotone ruban autoroutier.

Une rencontre avec ceux motards sur une aire de repos est l’occasion de poursuivre le trajet accompagné par deux Suzuk,i une vieille 1200 Bandit et  une pimpante 750 GSR.  

Après  Nîmes, je retrouve enfin une route avec des virages, bref un endroit où la moto et son pilote se sentent nettement plus à l’aise !

La montée sur le circuit est très agréable, avec une végétation méditerranéenne, le petit village de Lédenon à traverser et une belle grimpette  pour terminer. Le circuit est installé sur une colline. L’endroit me plait.

J’arrive juste avant la séance d’essais libres d’Alex. Il m’apprend que Max n’est pas là, car il ne participera qu’à quelques courses dans la saison.

Il a manifestement du mal à apprendre ce circuit très vallonné avec beaucoup de virages en aveugle.

« Quel changement par rapport à la 500 » me dit-il «  la roue avant part en wheeling, il est difficile de s’y retrouver ».

 

 

 

 

 

 

Je me poste dans la ligne droite, le long du muret.  Des panneaux de verre y sont disposés car la piste est juste derrière.

Quelques ouvertures entre les panneaux permettent de passer la tête pour voir et surtout entendre les moteurs hurlant en pleine charge. Impressionnant !

 

 

Demain, c’est la séance d’essais qualificative qui risque de s’annoncer difficile.

Je m’installe en bout de ligne droite avec un triple gauche à négocier. Michel, un ami du KRT, assiste comme moi aux essais d’Alex.

Nous trouvons qu’il aborde très proprement cette courbe avec une trajectoire continue qui contraste avec  celle, plus heurtée d’autres pilotes.

Mais qu’en est-il au niveau de l’efficacité ?

 

Vingt minutes plus tard, le bilan est mitigé avec le 30ième temps. Alex  fait le point en reconnaissant qu’il a du mal dans certains virages en aveugle où tous ses points de repère de l’an dernier avec la CB 500 sont à oublier. Il s’est retrouvé un moment derrière le détenteur de  la pôle-position, un habitué du circuit mais il lui était impossible de le suivre sans se sortir. Sur ce circuit uniquement constitué de montées et descentes, l’apprentissage se révèle long et difficile.

 

En outre, son pneu avant avait tendance à dribbler et il n’était pas en confiance. Kevin vérifie la pression des pneus. Résultat : 1,1 bar ! Le pneu a perdu presque la moitié de sa pression. Pas étonnant qu’Alex ait eu un peu de mal avec son train avant. La roue est démontée pour un diagnostic au camion Dunlop. En fait, il s’avère que la roue a tourné sur la jante d’un demi-tour ! Cela provient peut être de la peinture de la jante.

Je consulte la feuille des temps. Alex est en 1.30.729, 30 ième. Le 23ième est à moins d’une seconde devant lui, le 12ième à moins de deux secondes. Les temps sont resserrés et cela me rend optimiste. Hier, il était en 1.32.56, les progrès sont sensibles.

Plus tard, nous assistons aux essais de 500. La descente jusqu’au virage serré qui commande la ligne droite est impressionnante et les pilotes s’arsouillent sur leurs motos de 25 ans d’âge avec un enthousiasme certain !

Je suis avec Alex au moment des essais des 1000. J’ai l’impression d’assister à une séance de domptage de chevaux sauvages avec ses motos de 200 chevaux qui ne demandent qu’à se cabrer dans ces descentes et montées vertigineuses.  Les motos bougent pas mal, mais cela n’a pas l’air de gêner les pilotes qui essorent la poignée de gaz avec un entrain réjouissant. Dans la montée de la ligne droite, au dénivelé impressionnant, les pilotes se penchent en avant pour limiter les wheelings.

 

Je demande à  Alex si ça l’aide de voir passer les autres pilotes. «  Je vois que ça peut passer vite, mais quant à le reproduire, c’est une autre histoire ».  

Juste après, c’est un autre monde qui s’offre à moi avec les courses des Yamaha YZF 125 R. Quinze chevaux, pas un de plus pour ces motos qui peinent dans la montée. Il faut dire qu’elle grimpe dur, avec un dénivelé que j’estime à 15% environ.

 

Puis, c’est l’attente. Kevin ponce l’intérieur de la jante pour éviter que le pneu ne bouge une nouvelle fois. Le soleil s’est installé, avec un petit vent pour rafraîchir l’atmosphère.

 

Avant l’épreuve d’Alex, j’assiste au départ de la course des Promo découverte. Quatorze pilotes seulement, la conséquence de la crise.

La course d’Alex est programmée en fin de journée. Progressivement, l’atmosphère détendue, un brin débridée parfois, dans l’équipe, devient moins légère. On plaisante un peu moins, les discussions sont moins animées. Les couvertures chauffantes sont en place.

 

Alex part en pré-grille.

 

Nous montons tout en haut du circuit au fer à cheval. De là, la vision du circuit est plus générale et cela permet de suivre la course.  Tour de chauffe. Alex passe devant nous, je suis tendu comme un arc.

 

Départ. Nous voyons la meute des motos s’élancer dans un bruit assourdissant. Premier passage.  Je compte les pilotes pour noter la position d’Alex … mais il ne passe pas. Stupeur !

Bruno saute sur son scooter pour aller aux nouvelles. Abasourdi, je n’ai même pas le cœur à suivre la course et je rentre à pied au paddock après quelques photos rapides.

 

 

Quand j’arrive, la roue avant est démontée. Brno m’explique que les bagues de roues en aluminium ont surchauffé  et il me montre l’étendue des dégâts. Alex semble dépité. Il raconte que lors du premier freinage, il a failli chuter car le frein ne répondait pas puis il a senti la roue avant se bloquer progressivement jusqu’à la ligne de départ.

L’amertume  est totale. J’essaie de relativiser en  pensant à la chute qui aurait pu survenir s’il avait tout bloqué au premier freinage après le  départ mais les mines sont sombres au sein de l’équipe. La petite séance de mécanique qui s’ensuit permet aux esprits d’évacuer la déception.

Il ne reste plus qu’à penser à la journée du lendemain. La soirée  est malgré tout joyeuse avec nos voisins, de sympathiques Bretons. Le père est tombé dans la course du temps de la coupe Yamaha quand elle se courait avec les 350 RDLC, ce qui nous ramène un paquet d’années en arrière ! Maintenant, ce sont les deux fils qui s’y mettent au guidon de CB 500 un brin fatiguées. Le petit frère participe à sa première course et il a réussi à se qualifier juste derrière son aîné. Les deux font plaisir à voir avec leur joie d’être ici, en famille.

 

Dimanche matin. La journée commence avec les Promosport 500 et nous sommes là pour encourager les deux frangins. Ils vont batailler ensemble pendant toute la course et c’est le plus jeune qui taxe son frère. Devant, une splendide bataille oppose six pilotes. Je suis impressionné par le rythme qu’ils réussissent à imposer à leurs motos qui ressemblent à tout sauf à des motos de course. Fantastique !

 

Alex n’a sa course qu’à 15H30. Je déambule dans le paddock. Il règne une atmosphère paisible et bon enfant. La vie s’organise avec les enfants qui font de la patinette, en roue arrière pour les plus téméraires ; certains promènent leur chien au milieu des tentes et des camping-cars.

Je regarde ces nomades qui vont de circuit en circuit, assouvir leur passion, ça bricole à droite, à gauche. Quelques- uns donnent un coup de main au voisin en difficulté sur sa moto.  

 

 

Une heure avant le départ, Alex s’échauffe sur le vélo alors que le vent fait valser la toile de l’auvent et surprend par de soudaines bourrasques. Je le questionne sur  cet élément nouveau et il me répond qu’il est très gênant ici, obligeant à adapter sa trajectoire qui peut varier de manière importante.

Je le trouve bien calme alors qu’il s’est installé sur la moto d’un des deux Bretons et qu’il l’aide à changer son levier de frein juste avant  le début de la course des 500 Promosport. Ce n’est en tout cas pas le cas de leur père qui semble bouillir intérieurement. « Ce n’est pas un truc à faire au dernier moment, » me glisse-t-il, « s’il y a le moindre problème, il n’y aura plus de temps pour réagir ». Partagé entre l’envie d’intervenir et celle de laisser son fils gérer sa course, il s’éclipse sous l’auvent pour ne pas assister au bricolage de dernière minute.

Alex enfile son cuir et  s’en va assister au début de la course des Promosport 500.

 

 

Pour ma part, je file d’un coup de vélo vers le haut du circuit. J’encourage les deux frangins pendant toute la course. L’aîné a montré au petit frère qui était le chef en terminant juste devant lui, de vrais jumeaux ces deux-là !

Mon esprit est déjà ailleurs. Je trépigne. Je vois enfin les motos entrer en piste. Alex passe devant moi puis les motos  s’alignent le long du mur longeant les stands.  Le tour de chauffe débute. J’ai le cœur qui bat à tout rompre.

Enfin, c’est le déchaînement des moteurs et le paquet qui s’engouffre dans cet impressionnant triple gauche. Ouf ! Aucun accrochage.

Alex passe devant moi en 32ième position.

Deuxième tour, il est 29ième.

 

 

Troisième tour, je le vois au loin qui fait un beau freinage au pilote qui le précède à l’entrée du triple gauche : 28ième !

Quatrième tour : 25ième.

Cinquième tour : il pique au freinage avant la ligne droite la Triumph .  24ième.

Au sixième, il est 23ième et, vu son rythme, je le vois pouvoir remonter le paquet de cinq pilotes qui le précède à quelques secondes. Je pense alors à ses pneus forcément moins usés suite à son abandon lors de la première course et je me mets à espérer une belle remontée.

Las ! Plus d’Alex. Je vois sa moto garée en bas, contre un muret. Je me précipite pour voir s’il a chuté. Apparemment non, il est juste à côté et regarde passer ses adversaires.

Quelle poisse !

Une camionnette les embarque, lui et sa moto et je rejoins le paddock.

 

 

Cause de l’abandon : chaîne cassée. Moi qui pensais que cela n’arrivait plus sur les motos modernes. 

Alex arrive, sort la moto. Surprise, sur le pneu arrière, en plein milieu, trône une vis !

 

 

Décidément, ce n’était pas le week-end d’Alex qui a accumulé les déboires. Heureusement, il n’est pas tombé, mais le peu de roulage effectué ne lui a pas permis  d’apprendre les secrets de ce sacré circuit.

Il revient de la douche et s’assoit. Je l’entends lâcher un laconique « Là, je suis énervé ». J’en connais plus d’un qui aurait manifesté plus violemment leur désappointement !

 

Je laisse l’équipe et rentre à Pau en compagnie de Jean Henri, venu des Hautes Pyrénées avec sa belle  Yamaha FZ 1 rouge. 500 kilomètres dont 60 beaux kilomètres de départementales et 5H40, plus tard, arrêts compris, je range la moto au garage. Qui a dit que ça ne roulait pas une 250 ?

Je viens d’examiner les feuilles des résultats et, malgré l’avalanche de problèmes, mon côté optimiste trouve qu’il y a du positif. Alex a en effet tourné régulièrement en un peu plus de 1.30 pendant sa (courte) prestation.

Les dix pilotes devant lui au moment de son abandon ont tourné dans des temps similaires ou à peine plus rapides entre 1.29 et 1.30. il était donc dans le rythme. Compte tenu du peu de roulage, j’en conclus que ce n’est pas mal du tout pour sa deuxième course en 600.

 

Quand tout voudra bien se mettre en place, je suis sûr qu'il sera dans le rythme et que j'aurai alors le plaisir de le voir encore plus souvent souriant!