Carnet de piste d'Alex - Essais à Nogaro le 9 février 2014

 

 

 

Jeudi 6 février 2014 : je viens de lire avec grand plaisir les résultats des trois jours des essais hivernaux des motos GP à Sepang. Je le reconnais, j’ai un faible pour Valentino Rossi, qui m’a fait tant rêver.
D’abord lors de ses courses en 125 avec des batailles d’une âpreté rare jusqu’au dernier virage souvent entre une ribambelle des pilotes tous plus fous les uns que les autres et notamment ce jeune italien fantasque qui leur réglait leur compte très souvent.
Enfin ses années en 500 2 temps puis en GP 4 temps au cours desquels il a montré tout son talent.
L’an dernier, j’avais compris qu’il était presque arrivé au bout de son incroyable carrière et le voilà, après s’être remis en question à la fin de la saison, qui tient tête à son équipier, l’excellent Lorenzo qui est resté derrière au cours de ces trois jours d’essais.
Quel battant,ce Rossi!


C'est le moment que choisis Alex pour m'envoyer un message m’annonçant des essais à Nogaro.

Chouette, j’espère qu’enfin il va pouvoir tourner avec sa moto sur sol sec car il n’a pas encore eu cette opportunité.



Un coup d’œil à la météo me laisse dubitatif, et la journée de samedi, sous une pluie persistante finit de me décourager.


Au petit matin, c’est pourtant un froid sec qui m’accueille à la sortie du garage. La route est encore mouillée et j’aborde avec une certaine retenue les premiers virages. L’adhérence est limitée et la prudence est de mise. Plus tard, la nuit tire sa révérence et fait place au jour naissant. J’aime cette transition, cette nouvelle journée qui s’annonce ; ma vision s’élargit, mon rythme suit le même chemin.

J’arrive de bonne heure sur le circuit de Nogaro. Il y a déjà plus d’activité que lors de mes deux passages précédents. Le début de la saison approche et il est temps pour les pilotes de tester le matériel.
Alex n’est pas encore là et je me promène dans le parc admirant quelques belles machines.

 

 

 

Un bruit de moteur deux temps m’attire. Je m’approche de la Yamaha 350 RDLC du pilote qui change les bougies de sa moto. Opération tombée aux oubliettes à l’heure actuelle. Le début de sa séance d’essais sur piste très glissante a été effectué trop lentement au goût du moteur qui a noyé ses bougies. Sa monture malgré ses 30 années, développe 82 chevaux pour un peu plus de 120 kilos. Belle performance !

 

 

 

Puis, je discute avec le père et le fils déjà rencontrés lors de deux autres séances. Eux sont là pour le plaisir, avec leur CBR 600.

Enfin, Alex et Bruno arrivent. La Yamaha a un peu changé depuis la dernière fois avec son amortisseur EMC aux multiples réglages et son amortisseur de direction tout de jaune vêtu. Et, enfin, Alex a des pneus pluie.

Sage précaution vu l’état de la piste !

 

 

C’est l’heure de sa séance d’essais. Faux départ ; Alex s’arrête au bout de deux tours. La moto est inconduisible. Il règle l’amortisseur de direction, fait un tour de plus et s’arrête. Le diagnostic est vite fait, c’est l’amortisseur de direction, faisant plutôt office de frein de direction, qui est déclaré coupable à l’unanimité. Son démontage s’impose.

 

 

Deuxième séance d’essais, toujours en pneus pluie. Alex revient avec de bonnes sensations, semble-t-il. Quelque chose le chiffonne, c’est l’adhérence des pneus qui semble sans limite, ce qu’il avait déjà constaté avec les pneus sur sol sec. Il conclut en disant que peut-être, on ne connait la limite qu' une fois à terre. Je reconnais que ce n’est pas très confortable, comme sensation !

 

 

Dans le parc, Alex discute avec Max, en lui disant qu’il avait regardé les meilleurs temps en 600 Promosport sur ce circuit et qu’ils étaient aux alentours de 1.34. Et qu’il faudra viser les1.37 pour être bien qualifié lors de l'épreuve de Nogaro ouvrant la saison. « On va y arriver » conclut-il.

Après le repas de midi, le soleil timide finit par faire son œuvre en asséchant la piste. C’est la valse des pneus dans le parc. Alex va pouvoir enfin tester sa nouvelle moto dans des conditions normales. Je m’installe sur la butte en bout de l’ancienne ligne droite des stands. Alex prend son rythme, c’est propre et cela commence à être rapide.

 

 

Soudain, tout va très vite, la roue arrière se soulève au freinage et en reposant par terre, déséquilibre la moto, empêchant Alex de s’inscrire dans la courbe. Il tire tout droit en ralentissant la moto qui arrive dans l’herbe. Je devrais plutôt dire les marécages après les pluies diluviennes de ces derniers temps !

Je vois Alex qui tente de maintenir la moto sur ses roues, cette dernière finissant par avoir le dernier mot et se couche, à faible vitesse. Retour aux stands prématuré.

La moto est maculée de boue et les robinets d’eau du circuit sont inopérants, sûrement à cause du froid. Nous entamons donc un lavage succinct et rapide à l’aide de nos bouteilles d’eau. Inutile de dire que le rendement n’est pas terrible mais la motivation est là !

 

 

Alex reconnait que son expérience en cross l’a bien aidé pour gérer au mieux sa sortie « tout terrain ».

Il trouve que les freins perdent rapidement de leur efficacité, et c’est un paramètre dont il va falloir tenir compte en course. Car, aucune modification n’est autorisée sur les freins et les pilotes devront composer avec cette petite faiblesse.


Après une petite pause, deuxième séance d’essais sur sol sec.

 

 

Je croise les doigts pour que tout se déroule au mieux. Max passe plusieurs fois devant nous, mais pas de trace d’Alex.

 

 

Enfin le voilà pour une séance écourtée. Avec la boue, la poignée côté embrayage tournait et se démanchait et il a dû la sécher avant de pouvoir s’élancer. Décidément, la journée est fertile en rebondissements. Je trouve d’ailleurs Alex étonnamment calme face à toutes ces petites contrariétés !

L’après-midi touche à sa fin et nombreux sont les pilotes sur le départ. Le soleil a lui aussi plié bagage et le froid devient plus présent.

17H20 : dernière séance d’essais. Ils sont peu nombreux sur la piste.

J’avais senti, dans son regard, un Alex déterminé. Je le suis avec une petite appréhension mais, cette fois-ci, tout se passe bien. Il aligne les tours régulièrement et j’aime toujours autant son style tout en finesse. C’est coulé, il ne donne pas l’impression de forcer et pourtant, les temps commencent à descendre, malgré la piste froide.

 

 

Mince, j’ai parlé trop vite, il prend la voie des stands. Il descend de sa moto et ajuste son amortisseur avant de reprendre la piste. Ouf !

 

 

J’aime cette atmosphère de fin de journée, avec ces quelques pilotes courageux qui tournent malgré le froid . Le bruit de la moto d’Alex n’est plus noyé dans la masse et je me délecte de ses montées en régime rapides dans la ligne droite et de la descente des rapports avant d’aborder l’épingle.

Moment de plénitude quand, enfin, tout semble couler de source. Je suis heureux d’être là.

Alex termine sa séance, je le salue brièvement et prends la route. Il est temps pour moi de rentrer. Je n’ai pas eu le temps de recueillir ses impressions mais je pense qu’il a dû être rassuré après cette journée. Je l’ai senti dans son élément, dans le rythme par rapport aux autres pilotes.

En tout cas, c’est tout guilleret que je rentre à Pau, juste avant la tombée de la nuit. Au point de solliciter plus que de coutume le petit V-twin, manière très personnelle de manifester ma joie.

Vivement les prochains essais….