Sortie de mon premier roman : L’araignée et les volets de bois

Carnet de piste d'Alex - Lédenon, 4 et 5 avril 2015

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vendredi 3 avril 2015. Je démarre la moto, le cœur joyeux. Même si le matin est froid, je sais que je

vais parcourir les 500 kilomètres qui me séparent du circuit de Lédenon sans une seule goutte de

pluie. Enfin ! Il était temps que le soleil accompagne mes virées diverses au guidon de ma Transalp.

J’ai envie d’une belle étape et j’évite l’autoroute pour le moment. Il sera temps de l’emprunter plus

tard quand la fatigue sera là. Pour l’instant, je profite de la lumière du jour naissant et de la vision de

la chaîne des Pyrénées éclairée par le soleil.

 

 

J’ai hâte d’assister à cette deuxième épreuve du Promosport après la belle prestation d’Alex lors de

la première à Nogaro. En même temps, je suis moins optimiste car j’ai encore le souvenir des

difficultés qu’il avait rencontrées sur ce circuit atypique, avec ses dénivelés impressionnants. Je ne

peux m’empêcher de penser que cela risque d’être un peu plus compliqué, ce week-end.

A mon arrivée, Alex vient de terminer sa séance d’essais libre. Je le retrouve dans le box qu’il a loué

avec Benjamin et Baptiste Vaucher, les deux Bretons engagés en 500 et Cyril Guignard qui court en

600. Le vent est souvent présent ici et cela permet de mécaniquer dans de bonnes conditions, pour

un coût modéré.

 

 

Je trouve Alex plutôt tranquille. Il a tourné à une demi-seconde de ses temps de 2014 avec des pneus

usés.

Juste avant la tombée de la nuit, l’équipe fait un tour du circuit à pied. Impressionnant ! La vision que

j’en avais de l’extérieur était bien loin de la réalité. Les montées et descentes sont pentues, le

revêtement parfois abîmé par endroits.

 

J’écoute avec attention les commentaires d’Alex et de Cyril qui se rejoignent avec parfois quelques

menues différences dans certaines trajectoires. Benjamin et Baptiste leur posent beaucoup de

questions en vue d’améliorer leur pilotage. Quant à moi, j’ai la confirmation qu’il faut un gros cœur

pour rouler fort ici et que, physiquement, cela doit être éprouvant.

Alex se souvient de l’épreuve de 2013 au guidon de sa 500, de ce sentiment de plénitude lors de ses

tours chrono. « Si j’arrivais à un tel degré de sensations avec ma 600, je serais en pôle » conclut-il.

La nuit est froide, voire très froide sous la tente. Heureusement, le soleil fait son apparition et

réchauffe l’atmosphère alors que Cyril et Alex se préparent pour leur séance d’essais qualificative.

Je les observe alors qu’ils s’enferment dans leur bulle, concentrés. Dès le départ, Cyril part devant,

avec un style volontaire. Il se dégage de son pilotage une impression de force, une volonté de «

manger » la piste. Un combattant.

 

Alex est plus fluide, mais je le trouve malgré tout bien plus volontaire que l’an dernier, avec des

mises sur l’angle déterminées.

Je regarde l’écran installé sur le bord du circuit. Cyril est 4ième, Alex 5ième. Bien ! Ils s’arrêtent tous

les deux, descendent des motos et vont dans le box. Ils regardent les temps au tour des concurrents.

Enfin, ils repartent de concert pour la fin de la séance d’essais.

 

 

Résultat : 2ième temps pour Cyril 4ième pour Alex. Inespéré ! Ils ont réalisé leur temps, alors qu’ils

roulaient ensemble. Alex se sentait prêt à améliorer dans le tour suivant mais il y avait trop de

monde sur la piste.

 

 

 

Je suis étonné de voir le vainqueur de Nogaro, Adrien Ganfornina loin au classement, 15ième.

J’apprends qu’il a plié sa jante en roulant sur un vibreur. Cela promet une belle remontée demain.

C’est au tour des side-cars. Ces drôles d’engins m’interpellent et la cohésion de l’équipage doit être

totale. En plus, sur un circuit comme celui de Lédenon, le pilotage, le regard au raz de la piste doit

être plus que délicat. La séance est très vite interrompue suite à la violente sortie de piste d’un

équipage en bout de ligne droite, gaz bloqués à priori. Cela fait froid dans le dos.

 

 

Les 1000 arrivent. Comme toujours, je reste estomaqué devant la maîtrise des pilotes. Car, elles sont

brutales, ces motos. Quelques tours du circuit équivalent à un rodéo sur un cheval sauvage. La

réaccélération après le virage serré commandant la ligne droite des stands est révélatrice. Les motos

bougent, se tortillent et les pilotes soudent la poignée de gaz, les moteurs hurlent en montant dans

les tours.

 

Accoustiquement parlant, les nouvelles Yamaha R1 ont ma préférence. Ce n’est pas le miaulement

strident des quatre cylindres en ligne, mais un grondement rauque, vif, qui me donne le frisson à

chaque passage.

 

 

Je passe au box voir cette nouvelle Yamaha. Superbe dans sa couleur bleu électrique et une

compacité digne d’une 600.

 

 

 

13H15. Le calme avant la tempête. Je longe la voie des stands. C’est l’attente avant la course. Chez

les pilotes, il y a ceux qui sont déjà concentrés, d’autres sont plus volubiles. A chacun sa manière de

préparer mentalement l’épreuve. Alex s’est enfermé dans le camping-car. Je crois qu’il fait la sieste.

Juste avant la course des 600, il y a les essais qualificatifs des 500.

 

 

Comme à son habitude, le fougueux Benjamin part le couteau entre les dents. Dès son premier tour

lancé, il est en pôle …. et sort de la piste à la sortie du triple gauche. Incorrigible ! Malgré cela, il

parvient à décrocher le 7ième temps des essais. Baptiste obtient le 10ième temps.

 

 

Je suis allé m’installer au virage du fer à cheval, d’où l’on peut suivre la course dans les meilleures

conditions.

Au loin, on voit les pilotes sur la grille de départ. C’est parti, je vois la moto de Cyril qui reste

scotchée. Je comprends mieux la raison de la couleur rose fluo, on la voit, même de très loin. Alex

semble s’être bien envolé. Effectivement, il passe en deuxième position devant nous ! Cyril est déjà

remonté à la 6ième position.

 

 

Troisième tour, Alex se fait faire l’intérieur en bas du virage du pont et Cyril le passe au fer à cheval.

On voit Alex le repasser dans la ligne droite. La course promet déjà du spectacle. Devant, Quellet

s’échappe.

Quatrième tour, Cyril tente un intérieur sur Alex au fer à cheval, sans succès. Ils sont 4 et 5.

Cinquième tour, derrière Quellet, détaché, il y a cinq pilotes roue dans roue. Je ne rêve pas, Alex se

bat aux avant-postes, comme à Nogaro !

 

 

 

Sixième tour. Cyril, toujours très incisif à l’entrée du fer à cheval, fait l’intérieur à Alex.

Au huitième tour, Alex repasse Cyril dans la ligne droite. Les deuxième et troisième ont pris un peu

de champ et la bataille est rude pour la quatrième place entre trois pilotes. Erwan Quellet

m’impressionne dans l’entrée du fer à cheval. La moto a un angle incroyable et j’ai parfois le

sentiment qu’il va perdre l’avant. Mais non, ça passe.

 

 

 

Neuvième tour. Devant nous, Erwan Quellet décroche de l’arrière à la sortie du fer à cheval. Il se

retrouve au milieu de la piste, à contre-sens ! Il remonte immédiatement sur sa moto.

Heureusement, la vitesse est lente à cet endroit et la visibilité bonne. Les pilotes passent sans le

toucher et il peut reprendre la course.

 

 

Onzième tour : drapeau rouge. Arrêt de la course. J’imagine l’état d’esprit des pilotes obligés de

couper leur effort, rentrer aux stands, attendre, se reconcentrer. Difficile pour les nerfs.

Nouvelle procédure de départ quelques minutes plus tard. Je suis tendu, je crains que cette

deuxième partie sourie moins à Alex.

 

Départ ! Alex surgit en deuxième position suivi comme son ombre par Cyril. Bravo !

Au tour suivant, Cyril le passe à l’intérieur dans le triple gauche. Alex lui rend la pareille peu après

dans la ligne droite.

Tous les deux parviennent à dépasser le 58 Clément Stoll, à un tour de l’arrivée.

Alex ne lâche rien et je vois sa moto revenir sur celle de Cyril dans la ligne droite d’arrivée. Ils

finissent côte à côte. Alex est 2ième à 7 centièmes de Cyril. Quelle course haletante !

Au cumul des deux manches, Alex monte sur le podium, son premier en 600, juste derrière son

copain Cyril. C’est la joie dans le box 7. Je consulte la feuille des résultats, Alex a réalisé le meilleur

temps de cette seconde manche, en 1.27.786. Quel progrès comparé à ses temps de l’an dernier : 1.5

seconde de gagnée !

Je me souviens m’être posé la question sur son style de pilotage. Très coulé, fluide, je m’étais

demandé s’il pourrait le conserver s’il voulait augmenter son rythme de course. Alex vient de me

répondre. Même au plus fort de sa lutte avec Cyril, il est toujours resté très « propre », avec des

trajectoires régulières tour après tour.

 

Plus tard, je vais assister à la course des side-cars. Les moteurs hurlent histoire de montrer leurs

efforts pour emmener l’équipage à son maximum. Les singes me laissent pantois ; ils dansent sur

leur attelage, pour accompagner le pilote et, soudain, dans la ligne droite, tentent de se faire oublier

en se faisant tout petit, recroquevillés au maximum. Un attelage domine la course, celui des

Delannoy qui avale la ligne droite à une vitesse stupéfiante, avec un moteur survitaminé et des

passages de vitesse d’une rapidité exceptionnelle.

 

 

Pendant ce temps, une grosse séance de réparation a débuté au box n°7. La moto de Benjamin a

souffert dans la chute. Fourche pliée, axe de roue tordu, té de fourche dans le même sale état. Il y a

du boulot pour tout remettre en état. Baptiste revient de Montpellier avec deux tubes de fourche.

Toute l’équipe se met au travail. Quant à moi, vu mes talents en mécanique, je décide qu’il est

raisonnable de m’éclipser et de laisser faire ceux qui savent !

 

 

Je fais un petit tour du paddock. Je revois avec plaisir Pierre Sambardier en compagnie de son père. Il

se fait plaisir au guidon de sa nouvelle monture, même s’il n’a pas encore compris toutes les

subtilités de pilotage.

 

Peu après, je poursuis ma promenade en admirant les petites vieilles.

 

 

Comme d’habitude, ça mécanique pas mal dans le quartier et, très souvent, ce n’est pas pour un

simple changement de bougies. Ô surprise, je tombe sur une Moto Guzzi 650 ; j’avais envisagé d’en

acheter une , il y a bien longtemps, pour succéder à mon petit mono. Après réflexion, c’est plutôt

une Honda 500 VTE qui sera choisi. Je crois que je n’ai jamais aimé prendre de risques en moto et

acquérir une Moto Guzzi 650 à l’époque présentait une part d’incertitude non négligeable !

 

 

Je fais la rencontre d’un side-cariste du Territoire de Belfort. Il me confirme que les moteurs

souffrent plus qu’en solo et nécessitent une révision régulière. C’est qu’il faut emmener un attelage

de 220 kilos et deux passagers à bord.

Il m’autorise à m’installer au guidon de son side.

A genoux, avec le pied gauche difficilement installé dans un espace très réduit, couché en avant pour

atteindre le guidon, avec la chaleur du moteur remontant sur le buste, je réalise que cela n’a rien à

voir avec la moto, et je pense que c’est pour cette raison que certains l’aiment tant. Le jeune pilote

me confirme que, lorsqu’il a débuté l’an dernier sur ce circuit, venant de la catégorie solo, il s’est

demandé ce qui lui arrivait, lors de ses premiers tours de roues en aveugle.

Je crois que je vais encore m’accorder de longues années de réflexion avant d’envisager de faire un

tour dans un tel engin !

 

20H15. La moto de Benjamin est presque remontée. Cela a du bon l’expérience : le père de Cyril,

lorsqu’il a vu toute la direction en cours de démontage, a proposé son aide. Une fois toutes les pièces

remises en place, il a coincé la roue avant entre ses jambes et il a redressé l’ensemble en s’arc-

boutant sur la direction. Un petit coup d’œil pour vérifier l’alignement et la moto est déclarée bonne

pour le service. Simple, rapide et efficace….. à voir malgré tout ce que cela donnera demain !

La nuit s’annonce froide et j’anticipe, comme tout motard sait le faire en me couchant revêtu d’un

pantalon de survêtement ET du sur-pantalon de moto, de deux pulls et d’un bonnet, sans oublier de

garder mes chaussettes. Bien m’en a pris car un vent glacial se met à souffler durant la nuit.

 

Je me lève tôt le matin et déjeune avec Benjamin. Je tente de la raisonner, lui expliquant que le

remontage rapide de sa moto risque de donner un comportement moins sain ; la fourche,

notamment semble plus souple. J’utilise le terme de modération et il semble m’écouter, tout au

moins m’entendre….

 

Pour lui, c’est la course avant la course. Il y a encore plein de petits détails à régler. Il enfile la

combinaison prêtée par son frère ainé car la sienne a souffert dans la chute, hier. Baptiste colle dare-

dare les autocollants obligatoires et Benjamin file au contrôle technique. Il fait très froid, le

thermomètre indique 3 degrés !

 

Je vais m’installer au fer à cheval, d’où je peux suivre la course de bout en bout.

Départ ; Benjamin semble bien parti. Effectivement, il passe devant nous en 4ième position ; Baptiste

est 8ième.

Au deuxième tour, ils sont 5ième et 10 ième .

Au troisième tour, Benjamin se fait passer au freinage et réplique immédiatement.Il a mangé du lion

!

Au tour suivant, il passe en 4ième position. Et il se détache peu à peu de ses poursuivants.

 

Au neuvième tour, il passe en 3ième position en faisant l’intérieur dans le triple gauche. Maintenant,

j’en suis sûr, il ne connait pas la définition du terme « modération ». Baptiste est alors 8ième.

 

 

Onzième tour. Martial Bellut le dépasse.

Au tour suivant, il le repasse dans la ligne droite mais Bellut réplique dans le triple gauche.

 

 

 

C’est l’arrivée avec une inespérée 4ième place, à 1.056 du vainqueur. Quant à Baptiste, il a su

augmenter son rythme de course pour terminer à une belle 6ième place. Bravo les Bretons, vous

m’avez fait vibrer !

 

Pendant le repas de midi, le vent frappe violemment la tente sous ses coups de butoir. Je m’inquiète.

Je sais combien il est difficile de rouler en moto dans de telles conditions, et je n’ose imaginer ce que

cela doit être quand on est en course, sur des trajectoires précises, au maximum de ses possibilités.

 

C’est la deuxième course des 500.

Les deux frères sont bien partis et passent très près l’un de l’autre en 7 et 9ième position. Juste

après, je les vois côte à côte dans la ligne droite mais, malheur ! un pilote sort violemment dans le

triple gauche, la moto part en tonneau ; le pilote reste un court instant immobile et se relève. Ouf !

 

Ma crainte se confirme, Baptiste passe seul devant nous. Il doit être un peu perturbé car Benjamin a

chuté juste devant lui. D’ailleurs, il perd quelques places dans les tours suivant pour se retrouver

12ième au cinquième tour. Par la suite, il semble reprendre le dessus et remonte en 9ième position.

Il rejoint le n°97, mais me fait très peur avec une entrée très large dans le fer à cheval, dans le 7ième

tour.

Par la suite, il ne pourra suivre le rythme de Pierre Grimoux et termine à une seconde de ce dernier.

 

 

C’est maintenant au tour des 600, Le vent a forci et cela ma tracasse.

Enfin, le départ. Alex est bien parti. Cyril comme à son habitude part moins bien mais remonte très

vite dès les premiers virages et fait l’intérieur à son copain.

 

 

Au deuxième tour, Alex semble sortir moins bien du triple gauche, là où le vent frappe soudainement

les motos.

Au troisième tour, Stoll double Alex qui se retrouve 5ième.

Puis 6ième au cinquième tour.

Au septième tour, il me fait peur avec un passage sur les vibreurs devant nous.

Je le sens un peu sur la réserve, et je suppose qu’il est gêné par le vent violent. Son pilotage fluide ne

semble pas apprécier de telles conditions.

Au onzième tour, Ganfornina est juste derrière lui.

Drapeau rouge, la course est de nouveau arrêtée.

Une nouvelle procédure de départ est entamée pour 5 petits tours ; il ne va pas falloir se louper au

départ.

Je suis tendu comme un arc.

Alex me semble être bien parti mais, ne passe que 14ième devant nous. Que s’est-il passé ?

Par contre, Cyril fait de nouveau un premier tour très engagé. Alex remonte progressivement mais, 5

tours, c’est trop court.

Cyril remonte jusqu’à une très belle 2ième place et Alex aux alentours de la 10ième place. Je suis un

peu déçu, mais je me console en me disant qu’il n’a pas chuté car il y en a eu un paquet qui est allé

au tas ce week-end.

D’ailleurs, Ganfornina, qui avait fait une superbe 2ième manche en prenant la tête a été éjecté dans

la descente avant le dernier virage, heureusement sans mal pour lui. Par contre, la moto a tapé le

mur et semble détruite.

Je reviens au box. Tout le monde s’agite ; il faut ranger tout la matériel et faire les 500 kilomètres du

retour. Pour ma part, on m’attend en Dordogne et je laisse l’équipe.

Ma déception s’estompe en regardant le classement des deux manches cumulées.

Alex termine 7ième, ce qui n’est pas trop mal, mais la journée d’hier avait fait naître quelques

espérances.

 

Avant de quitter le circuit, j’ai le temps d’entendre brièvement Alex. Lors du second départ, il s’est

fait bousculer une première fois dans le triple gauche et une deuxième tout de suite après au virage

du pont par un pilote très optimiste….

Il y a de l’explication dans l’air lors de la prochaine course.

Je n’ai plus qu’à parcourir 450 kilomètres jusqu’à un petit hameau de Dordogne. Le soleil ne me

quitte pas, j’ai l’esprit léger en pensant à cette première coupe gagnée par Alex lors de sa première

course.

 

J’espère qu’elle en appelle d’autres.

 

 

 Quelques photos trouvées sur le site officiel des coupes de France Promosport: