Sortie de mon premier roman : L’araignée et les volets de bois

Carnet de piste d'Alex - Lédenon, 6 et 7 septembre 2014

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’entame la montée impressionnante qui annonce l’arrivée sur le circuit de Lédenon.

Je viens de parcourir 500 kilomètres et je me dis « Tiens, je suis déjà arrivé ». C’est quand même bien une moto confortable.

 

 

 

 

 

C’est le début d’après-midi, ce vendredi 5 septembre. Je suis content de retrouver ce circuit que j’avais découvert il y a quelques mois, pour la deuxième manche du Promosport.

Je retrouve Alex au box n°4. C’est le grand luxe, ce week-end ! En fait, il a loué un box, comme le font beaucoup d’équipes, avec quatre autres pilotes pour se partager les frais. Au final, le coût est limité.

Alex me dit qu’il m’a inscrit à la séance des essais libres suivante, celle des séniors, afin que lui mette au point sa machine….

Ma lucidité sur mes capacités de pilotage est suffisante pour que je n’y crois pas une seconde !

Nous parlons un peu de la dernière manche d’Alés où je n’ai pas pu me rendre. Alex n’aime pas ce circuit, le revêtement pourri avec des trous rebouchés succinctement. Il s’est fait plaisir à Magny-Cours (et les résultats ont suivi), mais ce ne fut pas le cas à Alès.

La séance d’essais débute. Je me place au sommet de la côte, dans la ligne droite. Les moteurs passent dans des hurlements stridents, les roues délestent. Cela me met dans l’ambiance, mes oreilles vont être mises à rude épreuve !

 

 

Fin de la séance : Alex rentre avec une impression mitigée, même s’il note une amélioration par rapport à la première course d’avril. Il a le sentiment étrange d’aller vite, sans que cela ne se traduise réellement au chrono, et de ne pas savoir dans quels endroits du circuit il pourrait améliorer.

Il est vrai que, vu de l’extérieur, j’avais noté comme une certaine réserve dans la mise sur l’angle, comme un manque de confiance.

 

 

 

 

Dans le box, il y a Antonin, un sympathique gars du nord qui court en Promo découverte avec sa Kawasaki. Son unique but est le plaisir et il me confirme que c’est ce qu’il éprouve depuis trois ans.

Je sens qu’il a fait des sacrifices financiers mais « cela m’a permis de courir sur les plus beaux circuits de France » conclut-il, avec du bonheur dans les yeux.

A côté de nous, il y a les deux frangins que j’avais rencontrés en avril. Ils roulent avec des CB 500. Très chaleureux, ils ont fait l’épreuve d’Alés de concert, comme cela avait été le cas ici en avril. Une histoire de famille….

Enfin, il y a Pierre Sambardier. Un personnage attachant, généreux dans son pilotage que j’avais pu remarquer cette saison. Pour la première fois, je peux approcher sa moto de près.

Elle est… disons qu’elle a un style unique. Déjà, une Kawasaki dans une catégorie monopolisée par les Honda CBF, c’est inusité, mais avec une apparence aussi spéciale, c’est la preuve d’un long et difficile vécu.

Je reste admiratif devant le rythme que lui impose Pierre. La dureté de l’embrayage est exceptionnelle, une vraie commande à tendinite !

 

 

18 heures. Après le déchaînement des chevaux sur le circuit, le calme est revenu. Une pilote vient demander quelques renseignements à Pierre Sambardier.

Elle roule avec deux « vieilles », une Aprilia RS 250 et une Yamaha RDLC 350. Je les écoute analyser mètre par mètre les difficultés du circuit. Je trouve Pierre très pédagogue et cela me donnerait envie d’aller mettre en application tous ses précieux conseils. Mais je ne crois pas qu’une Transalp, même avec le double-disque, ait sa place sur une piste de vitesse!

Je la trouve intéressante, cette démarche, très féminine, d’écouter ceux qui savent et de demander humblement un avis éclairé pour progresser plus rapidement.

Plus tard, la discussion s’engage avec le père de Pierre Sambardier, qui fait office de mécano également. Il me raconte ses hivernales de l’époque en France avec ses motos, le serrage de la Suzuki T 500, la réparation sur le bord de la route, je lui réplique avec « mes » Eléphants en 1982 par -20 degrés. Oui, je sais, ça fait un peu anciens combattants !

L’ambiance est chaleureuse dans le box avec les deux jeunes Bretons, Antonin qui arrive à mijoter de magnifiques petits plats avec les moyens du bord.

Bruno, le père d’Alex, arrive tard le soir. Sa KTM est un peu gourmande ; 10 litres aux 100 …. à 180 km/h. Je lui dis que j’ai fait du 5 litres à 130 et il me rétorque qu’il n’a jamais essayé à cette allure!  

 

 

Samedi matin, les essais chronométrés ont lieu de bonne heure. Le soleil est omniprésent. Est-ce sa présence, si rare tout au long de la saison, ou le fait que ce soit la dernière épreuve,mais je me sens moins tendu alors qu’Alex rejoint la pré-grille.

 

 

De mon emplacement, je le trouve plus incisif que hier dans les entrées de virage.

Effectivement, il améliore son chrono d’une seconde, avec un temps de 1.29.311.Cela le met en 18ième position.

Jérôme Hazart, un sympathique pilote qui passe souvent voir Alex, est 9ième, avec 6 dixièmes de moins. Les temps sont serrés.

Bruno semble un peu déçu car cela veut dire qu’il ne sera pas dans le bon paquet, et il n’est pas très aisé de doubler ici.

 

 

C’est au tour des 500 de faire les qualifications ; Branle-bas de combat. Benjamin n’a pas de compte-tours sur sa CB et, alors que la séance vient de commencer, Alex lui installe son chrono Alfano.

 

Juste avant, c’est un concurrent qui est passé en catastrophe car on lui refusait l’accès en pré-grille pour deux petits trous dans le sabot. Jérôme Hazart, présent dans le stand, le dépanne dans l’urgence avec une pâte bleue.

C’est ça le Promosport, je trouve, une entraide naturelle. Peut-être qu’au niveau des hommes de tête, cela est moins vrai, je ne sais pas.

Dans le box, il y a un écran sur lequel on peut suivre les temps au tour au fur et à mesure de la séance ; les deux frangins se tiennent dans le dixième, comme d’habitude, pourrais-je dire, puis le petit frère fait parler la poudre ; il améliore d’un coup d’une seconde puis plus tard de cinq dixièmes.

Dans la matinée, je vais jeter un œil en pré-grille des vieilles motos. C’est toujours un plaisir de regarder, d’admirer souvent, ces motos bichonnées. Et elles vont très vite. Allégées au maximum, avec des moteurs travaillés, certaines envoient du gaz dans la ligne droite.

Un des motards annonçait 80 chevaux pour un peu plus de 120 kilos sur sa Yamaha 350 RDLC, ça commence à causer !

 

 

 

 

    14 heures ; La première finale des 600 Promosport va commencer. Il fait très chaud. Les 18 tours vont être longs sur ce circuit très physique.

Je m’installe en haut, au fer à cheval. Je croise les doigts pour qu’Alex fasse un bon départ.

Hélas ! Il passe en 22ième position, puis 24ième au quatrième tour. C’est mal engagé….

Au sixième tour, il est 23ième avec un paquet de pilotes devant lui ; beaucoup perdent l’avant à l’entrée du fer à cheval, mais, heureusement, aucune chute à déplorer.

Neuvième tour : 22ième ;21ième au tour suivant.

 

 

Encore deux places de gagnées au 11ième tour.

17ième au treizième tour et il met la pression sur le 16ième.

Fin de la course, il est 16ième, son meilleur tour est de 1.29.268 au quatorzième tour.

Une légère amélioration de son chrono des essais.

Comme souvent, il lui a fallu un peu de temps pour trouver un bon rythme, gêné, je suppose par son mauvais départ.

A son retour, il m’explique qu’il a fait un bon départ mais qu’il s’est retrouvé trop à l’intérieur à l’entrée du triple gauche et qu’il s’est fait enfermer.

Je vais éviter ça à la prochaine finale, conclut-il.

A priori, il a un peu souffert de la chaleur….

 

 

 

C’est au tour des deux frangins et de Pierre. Comme toujours, la course des 500 est spectaculaire et le rythme imposé à ces pauvres motos pas vraiment prévues pour cela, est impressionnant.

Les deux frères sont ensemble au premier tour, puis Benjamin fait parler la poudre et remonte de la 20ième à la 12ième place au sixième tour.

Il est déchaîné et se bat comme un beau diable. Il en fait même un peu trop et manque de mettre par terre dans le dernier tour.

Quant à Pierre Sambardier, il termine 8ième. Baptiste est 17ième.

 

 

 

Peu après, j’assiste à la course des « missiles ». Cette catégorie des 1000 vaut le coup d’œil, avec des motos surpuissantes.

J’admire le niveau des pilotes qui donnent l’impression, parfois, de dompter leur machine, tel le cavalier sur un cheval sauvage.

Avec les dénivelés du circuit, la roue avant parait vouloir s’envoler à tout instant.

Romain Maitre est au-dessus du lot. La veille, après les essais libres il avait dit à Alex que les autres pilotes ne le verraient pas pendant la course. Une confiance totale et justifiée dans son pilotage.

En quelques virages, il a déjà fait le trou dans le premier tour. Son pilotage est beau, il provoque les glissades en entrée de virage, comme le fait un certain Luca Mahias. Et l’efficacité est au rendez-vous.

 

 

 

C’est la fin de journée. Antonin nous prépare des frites succulentes pour l’apéro. Un vrai chef cuistot !

 

 

   Dimanche, de bonne heure.

J’aime les petits matins.

Le silence de la nuit y est encore présent mais, çà et là, on perçoit des bribes de vie.

J'ai eu un peu de mal à me sortir du sac de couchage, mais je ne le regrette pas.

Le paddock ne va pas tarder à se réveiller. La lumière du jour s’installe doucement.

Dans la salle du petit déjeuner, il ‘y a qu’une personne. J’engage la conversation. Il est mécano de Romain Maitre. Il me parle de son pilote qui s’entraine tous les jours, sur une piste de kart, près de Vezoul avec une moto montée en super motard.

Puis de Vincent Philippe, car il officie au SERT. Huit fois champion du monde d’endurance avec la Suzuki, cela commence à prendre de la place sur une carte de visite !

Il me parle de ce sportif accompli, excellent cycliste, qui n’arrête pas de s’entrainer. Il faut dire que l’endurance, c’est physique, surtout quand on double les relais comme cela lui arrive parfois.

La conversation se poursuit avec son épreuve fétiche, les 8 heures de Suzuka, sur un circuit extraordinaire, avec des écuries japonaises exceptionnelles.

Une anecdote m’a frappé, c’est la description qu’il me fait de l’équipe Yoshimura, dont les mécanos, tous très jeunes, passeront une bonne partie de la journée à être chronométrés …. pour le seul béquillage ! Afin de gagner quelques dizièmes de secondes.

Je ne m’attendais pas à ce qu’un mécano du SERT, dont la réputation n’est plus à faire, m’avouer son admiration pour le professionnalisme de cette équipe.

« A côté, nous faisons club du 3ième âge » conclut-il en riant.

Ce qui m’a le plus étonné, c’est son rêve que l’on passe aux moteurs électriques….

Je rentre au box, en pleine forme après cette belle rencontre matinale.

Plus tard, je vais assister à la course d’Antonin. Il est en fin de groupe et perd quelques places dans la dernière partie de la course. Je m’attends donc à le voir déçu lorsqu’il rentre.

Au contraire, il est heureux, car il a amélioré significativement ses chronos. Jamais il n’a roulé aussi vite ici.

Et cela suffit à son bonheur.

 

 

Je m’arrête un instant au box de romain Maitre et j’y retrouve le sympathique mécano.

 

 

Ce dernier m’annonce qu’il va devoir démonter le moteur après la dernière finale.

« Je dois apporter une bielle, un piston et une soupape pour vérification. C’est normal quand on gagne. Mais je ne m’inquiète pas, je sais ce qu’il y a dans le moteur. Si notre Suzuki marche si bien, c’est que l’on a un pilote exceptionnel dessus. Demain, je remonterai le moteur ».

Bref, c’est une opération de routine pour lui, comme effectuer une vidange et changer les bougies pour moi. « Chacun son métier » me dit-il.

Après le repas de midi, c’est la deuxième finale des 500.

Je regarde « nos » trois pilotes se préparer. Tout devient plus sérieux. Ce n’est pas le moment de les distraire ; ils sont déjà dans leur course.

Pierre m’a paru un peu désabusé, en cette fin de saison difficile pour lui.

Les informations qui circulent font état de motos pas vraiment conformes chez les pilotes de tête.

« La coupe que j’ai eue cette année, je peux la regarder avec fierté », lâche-t-il, un brin amer.

 

 

La course se résume, en tête, à un mano a mano entre les deux premiers du championnat, à égalité de points.

Derrière, je vois Benjamin nous rejouer la partition de la première finale avec un pilotage généreux. Mais, il faiblira un peu sur la fin.

Pierre, lui, remonte régulièrement des places mais on voit qu’il n’a pas les moyens de jouer devant.

 

 

Voilà maintenant les 600.

Sous un soleil de plomb, j’attends avec un peu d’angoisse le premier passage d’Alex.

Appréhension justifiée, hélas, car il est 26ième. C’est fini pour lui, il n’y a plus qu’à espérer une belle remontée.

C’est le cas. Il est 22ième au septième tour, puis 20ième au 13ième tour pour finir à la 17ième place.

 

 

Il raconte sa course, avec de nouveau le premier triple gauche délicat où il s’est fait enfermer et bousculer.

Après, il s’est appliqué à remonter.

A peine la course terminée, il est temps de plier bagage. J’aide au chargement.

Ce départ du circuit a un goût particulier car c’est la dernière course et je réalise que j’ai pris goût à ces week-end intenses sur le plan émotionnel.

Pour Alex, il y a encore une épreuve car la manche de Supersport qui devait se dérouler à Dijon aura lieu à Nogaro, « son » circuit, le week-end prochain.

Il va pouvoir de nouveau côtoyer la catégorie au-dessus, comme il l’avait fait il y a quelques mois.

Il n’y a pas le choix, le retour se fait sur la monotone autoroute. Bruno, qui m’accompagne, vit une expérience nouvelle (enrichissante ?) en conduisant sa belle KTM 5 heures durant à 130 km/h.

Il va falloir que je l’appelle pour savoir s’il s’est remis d’un tel traumatisme….

J’ai regardé les résultats sur le site du Promosport.

Voilà ce qui y est écrit:  « Lors du contrôle technique du vendredi, un premier coup de théâtre vient semer la zizanie lorsque la Honda de Thibaud Doutre est présentée avec un plombage arraché. Thibaud se voit immédiatement disqualifié de l’épreuve d’Alès et des 26 points qu’il avait pu acquérir. Kévin Lavainne a alors le champ libre pour décrocher la Coupe au moment où les feux des deux dernières finales passent au vert. Second puis premier des deux courses du week-end, Kévin est logiquement couronné. Deuxième coup de théâtre ! Refusant le démontage du moteur de sa machine, Kévin Lavainne est à son tour disqualifié, le reléguant ainsi à la 3ème place du classement final ».

Je comprends mieux l'état d'esprit un brin morose de Pierre sambardier tout au long du week-end.