Carnet de piste d'Alex - Le Mans, 19 et 20 juillet 2014

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vendredi 18 juillet 2014, mon départ, en vue d’assister à la prochaine manche du Promosport a une saveur toute particulière. Car, elle se déroule sur le mythique circuit du Mans, là où se sont affrontés les pilotes les plus célèbres, aussi bien sur deux que sur quatre roues, lors d’épreuves renommées.

J’ai d’autant plus de raisons de me réjouir que je pars au guidon de ma toute nouvelle moto, achetée une semaine avant, une Honda 600 Transalp. Sept ans après avoir vendu ma troisième Transalp,après avoir vécu d’incroyables moments au guidon de cette moto.

Je suis impatient de rouler, avec malgré tout la crainte que la magie du souvenir ne se soit altérée avec le temps. Deux cents kilomètres plus tard, dans la région des vignobles bordelais, je suis rassuré. J’ai retrouvé cette douceur, cette onctuosité qui la caractérise. Confortablement installé, voilà qu’elle me donne de nouveau des envies de grands espaces.

 

 

Je sais que la route sera belle avec elle et j’arrive frais comme un gardon aux abords du circuit. C’est qu’elle a bigrement bien vieilli, l’ancêtre !

J’aperçois au loin les grandes tribunes, j’ai le visage de Steve Mac Queen en tête, dans le film « Le Mans » tourné en 1971. L’émotion est bien présente alors que je pénètre dans l’enceinte du circuit. Alors que je longe le Chemin aux bœufs, je vois Alex sur la piste ! Freinage d ‘urgence, je gare la moto et assiste à la fin de sa séance d’essais.

 

 

Je rejoins un peu plus tard l’équipe. Max est présent sur cette épreuve. Il me parle de l’impressionnante courbe Dunlop et du freinage violent qui suit.

Alex est en sueur, il ; vient d’enchaîner deux séances d’affilée. Il confirme que ce circuit n’est pas évident à apprendre et qu’il est un peu perdu dans ces repères de freinage. Tout va tellement plus vite qu’avec la CB 500.

Max a tourné en un peu plus de 1.51 et Alex en 1.49.07.

Je monte tout en haut de la tribune de la ligne droite. Les hurlements des moteurs résonnent de manière assourdissante. Il est difficile d’avoir une vue générale du circuit.

Vu d’ici, la courbe Dunlop a l’air effectivement d’être un gros morceau et certains pilotes sont sur la réserve au moment de l’attaquer.

 

 

 

Le temps est lourd ; plus tard le vent se lève, annonçant peut-être du changement. Effectivement, une averse violente s’abat sur nous pendant 10 minutes puis la moiteur revient.

Alex et Max font un peu de mécanique, purgent les freins. Jordan, du haut de ses 17 ans, apprend le métier. Hier, il a fallu changer l’amortisseur dont un réglage semblait inopérant. EMC l’a contrôlé et en a donné un nouveau à Alex.

C’est la fin de journée, le paddock retrouve un certain calme. Terminés les bruits des moteurs hurlant sur la piste ou sur le banc de puissance installé à proximité.

Mais, tranquillement, tout le monde s’affaire dans son coin, peaufine les détails, ajuste les réglages. Demain, ce sont les essais qualificatifs, le week-end de course commence vraiment.

 

 

Assis sous l’auvent, je regarde ma Transalp. Soufflets de fourche, garde-boue enveloppant, pare-mains imposants, tête de fourche bien dimensionné, large sabot : à l’époque, on n’oubliait pas le côté fonctionnel et je trouve que cela ne s’est pas fait au détriment de l’esthétique.

Je la trouve encore belle, cette moto ! 4,8 litres, 4,7 litres et 5 litres sur la partie autoroutière en fin de parcours, cela reste raisonnable comme consommation.

Bon, je crois que je m’égare, je suis ici pour parler de motos de course….

 

 

Samedi matin, je me réveille difficilement après une nuit mouvementée, ponctuée par de violentes averses. L’humidité est encore bien présente. Je vais assister aux essais des attachantes vieilles motos mais la pluie redouble et la séance est interrompue.

 

 

L’ambiance est bonne sur le paddock. On se prête du matériel. On discute avec un pilote du Promosport 500.

Pendant le petit déjeuner, on parle de Bruno, le père d’Alex qui participe en ce moment au rallye du Dourdou. La compétition est chevillée au corps des Sarrabayrouse !

La séance d’essais qualificative arrive. Max s’installe en pré-grille.

 

 

 

J’aime ces minutes qui précèdent l’entrée sur la piste. On sent une certaine tension chez certains, d’autres ont l’air concentrés, dans leur bulle. La piste est encore mouillée mais elle est en train de sécher, ce qui ne peut que créer un peu de stress supplémentaire.

Mais, comme ce fut systématiquement le cas depuis le début de la saison, en dehors de Lédenon, les pilotes doivent commencer à être habitués. C’est presque devenu routinier !

 

Elles m’impressionnent ces tribunes imposantes. Ici, on sent un grand professionnalisme. De même, les véhicules d’intervention sont très éloignés de ceux que l’on trouve à Lédenon par exemple. Au Mans, il y a de superbes Audi haut de gamme. On ne joue pas dans la même catégorie !

 

 

 

Je me suis installé contre le muret de la ligne droite des stands.

Si près de la piste, tout change. Les sensations de vitesse, d’accélération sont décuplées. Je peux voir les pilotes à la lutte sur leur moto, car c’est bien un combat qu’ils mènent, tour après tour.

En les voyant passer, je réalise à quel point, du premier au dernier, il y a cette recherche permanente de la performance quel que soit le niveau et je ressens à l’attitude de chacun sur sa moto cette détermination à aller chercher ses limites.

Et, avec ces 600, ça va quand même très vite !

 

 

Le soleil s’invite au cours de cette première séance d’essais. Alex vient jeter un coup d’œil, sûrement pour apprécier l’état de la piste qui s’assèche.
Max en termine avec sa séance d’essais. C’est au tour d’Alex.

 

 

Après dix minutes, alors qu’il est 7ième temps, il s’arrête le long des stands, fait un rapide réglage de suspension et repart.

 

 

 

 

La séance se termine. Alex et Max livrent leurs impressions. Max a vu deux pilotes qui se sont « envolés » devant lui et ça l’a calmé, comme il dit.

Pour Alex, il a eu confirmation de ce qu’il pensait de ces pneus pluie. Difficile de savoir jusqu’à quelle limite on peut aller, sauf si on envie de jouer. Sinon, il a trouvé que la moto bougeait beaucoup sur cette piste séchante.

Résultat, au classement général des deux séances d’essais, Alex est 12ième à 2.22 de la Pôle position et Max plus loin derrière, en 51ième position, car sa séance a été réalisée sur une piste plus mouillée.

Les deux demi-finales sont prévues en début d’après-midi. Juste après le repas, voilà que les nuages refont leur apparition. Décidément, la météo est changeante dans la région !

Les pneus pluie sont préparés au cas où….

 

 

Max court dans la première demi-finale.

Je vais m’installer dans la tribune située à la sortie de la courbe Dunlop. J’ai envie de voir les différences de pilotage. J’ai le souvenir d’Alberto Puig, pilote à l’attaque ô combien généreuse, qui avait fait une chute spectaculaire lors des essais du Grand Prix en 1995.

Je croise les doigts car Max m’a parlé d’un départ assez « chaud » avec cette courbe qui suit la ligne droite. J’ai le palpitant qui s’accélère.

C’est le départ.

Trente moteurs en furie rugissent.

Mince, Max passe en 29ième position à la chicane.

Deuxième tour, il est 27ième, ça va être dur car ça roule fort devant.

Tour suivant, il est 26ième avec quatre pilotes à sa portée juste devant, car je trouve qu’il passe mieux cette chicane. Allez Max, il te faut terminer 18ième pour être qualifié !

25ième puis 23ième aux deux tours suivants. Il a trois pilotes devant lui à deux secondes.

Au sixième tour, il est 22ième.

Malheureusement, son classement ne varie pas jusqu’à la fin de la course. Il sera donc contraint de passer par la consolante demain matin pour espérer pouvoir participer à la finale.

 

 

 

C’est maintenant au tour d’Alex. Quelques nuages menaçants s’installent au-dessus du circuit, le vent se lève. Pitié, pas de pluie !

Les pilotes rentrent en piste. Je ressens l’impuissance du spectateur condamné à assister au déroulement de la course sans pouvoir intervenir. Ne te fais pas mal, surtout, Alex !

Je suis tendu comme un arc.

Enfin, le départ !

Sortie de la courbe Dunlop, Alex est 11ième.

 

 

Deuxième tour, Alex est juste derrière l 10ième et je le sens bien sur sa moto, en confiance.

Troisième tour, il est 9ième avec trois « furieux » juste derrière lui.

Quatrième tour, Alex remonte sur le 8ième au freinage.

Cinquième tour, il est 8ième, il a réussi à le passer, mais il y a du monde derrière. Je le trouve bien incisif. Il a passé Jérôme Hazard.

 

 

Au tour suivant, il est toujours 8ième, mais Guilhem remonte fort.

Septième tour, il n’est plus que 10ième.

 

 

Neuvième tour, il se rapproche de Guilhem au freinage de la chicane où je le trouve plutôt bon.

Pas de changement au dixième tour, mais il se rapproche des deux concurrents devant lui. La lutte est serrée entre les trois !

Ligne d’arrivée, il termine 9ième juste derrière Jérome Hazart. Bravo !

C’est pour moi la plus belle course d’Alex depuis le début de la saison. Combatif, mais toujours propre dans son pilotage, il m’a fait vibrer en ne lâchant rien du début jusqu’à la fin de la course.

Son meilleur tour en course fut de 1.47.327. Pour Max, ce fut 1.50.834.

 

 

Nous partons ensuite au Chemin aux bœufs où les freinages sont violents. C’est vraiment un circuit où il faut savoir se servir du levier droit !

Je me régale toujours autant du bruit rauque du moteur des Yamaha R1 et de cette impression qu’ils donnent de tracter avec vigueur la moto en sortie de virage.

Courte rencontre avec Fred, notre voisin de Carole qui, pour sa deuxième course de la saison, est passée en Finale A. Il partira en fond de grille.

Il a toujours ce côté amateur au bon sens du terme. Il dort dans sa voiture et son réchaud est tout simplement posé sur sa remorque.

Quant à sa moto, dehors, je crois qu’elle va de nouveau avoir droit à sa bâche en plastique vu le climat incertain du week-end.

 

 

Je continue mon exploration du circuit en m’installant au virage du raccordement qui commande l’entrée dans la ligne droite.

C’est la fin de la deuxième demi-finale des 1000 et un des trois pilotes de tête mord sur la bande synthétique au-delà du vibreur. Résultat sans appel, un travers généreux de la roue arrière.

Cela ne semble pas trop contrarier le pilote qui garde les gaz ouverts en grand et en quille la ligne droite et la courbe Dunlop comme si de rien n’était !

Plus tard, les petites vieilles font des vocalises, notamment une Laverda 3 cylindres à la voix envoûtante. 

 

Puis, les « moins » vieilles rentrent en pré-grille. Il y a beaucoup de rides sur les visages, les cheveux sont souvent grisonnants et les ventres poussent parfois sous le cuir.

 

 

L’un des pilotes, sur sa Suzuki RG 500 maintiendra son moteur en régime pendant un bon quart d’heure. Difficultés de démarrage, peut-être, pour ce moteur que l’on disait complexe à l’époque de sa sortie ?

 

 

L’ambiance est paisible en cette fin d’après-midi. Je discute avec le père et le fils qui court tous les deux, le jeune en Promosport 500 et le tout aussi jeune (dans la tête !) en Sénior.

 

 

La nuit, très estivale, s’est installée. Nous parcourons un tour du circuit à pied. Très instructif pour un routard tel que moi. Alex m’explique les trajectoires, les énormes différences de repère de freinage entre sa 500 de l’an dernier et la 600 actuelle. Tout va tellement plus vite avec cette dernière.

Quand je le questionne sur les virages, il répond inlassablement par « pas évident ». Sa passion pour la compétition moto transpire lorsqu’il me décrit la trajectoire des pilotes en GP, où la manière acrobatique utilisée par Marquez dans le raccordement franchi au-delà des vibreurs, coude par terre.

 

 

Au matin, je sors de mon sac de couchage. La nuit fut animée avec des trombes d’eau régulières.

Pour l’instant, c’est calme.

Près des douches, un gars m’aborde, simplement, juste pour le plaisir de parler … de moto essentiellement. Sympathique discussion avec cet attachant personnage, ancien judoka de haut niveau dont le fils débute en Promosport 600.

Alex est parti à l’infirmerie, car il a mal à un œil. Il revient soulagé avec du collyre cicatrisant. Espérons qu’il ne sera pas trop gêné en course.

A 10H40, c’est l’épreuve si délicate de la consolante. Seuls 8 pilotes sur les 20 présents seront retenus pour la finale de l’après-midi. Les concurrents sont en pneus secs mais je sens une humidité qui s’installe, annonciatrice d’une pluie prochaine.

Sur la pré-grille, je vois Alex qui discute avec son copain Max. Les derniers conseils et encouragements ?

 

 

Je file d’un coup de vélo à la tribune Dunlop pour assister au départ.

Max est 5ième à la chicane où ça se bouscule pas mal au freinage.

 

 

Deuxième tour : 6ième

Troisième tour : 7ième. Il a trois pilotes devant lui et un qui le colle derrière, puis il y a un petit écart avec le neuvième. C’est bien parti. Allez, Max !

Au tour suivant, il se fait passer au freinage : 8ième, talonné par deux pilotes.

Sixième tour : 9ième. Il résiste bien au sixième tour à la tentative de freinage du dixième.

 

 

Au tour suivant, il est toujours 9ième mais il n’est plus menacé derrière et se tient tout près du 8ième. Je le trouve combatif.

Huitième tour, il remonte au freinage sur le 8ième .

Aie ! Il se fait doubler dans la courbe Dunlop au neuvième tour. Les quatre devant lui sont proches et tout parait possible pour la fin de course.

Malheureusement, il termine 10ième.

Il n’y aura pas de finale pour Max.

Je le rejoins sous l’auvent. Il est déçu, bien sûr, mais heureux quand même d’avoir livré une belle bataille.

Dans le dernier tour, il a fait le freinage au concurrent devant lui qui l’a bien « écarté ».Lui qui recherche avant tout le plaisir dans la course, il a été servi.

Peu après, un déluge (un de plus !) s’abat sur le circuit. Le temps semble durablement s’installer dans l’humide, voire le franchement mouillé.

Dans deux heures, c’est la course d’Alex. Les pneus pluie sont installés sur la moto.

Nouvelle grosse averse qui oblige la direction de course à arrêter une épreuve. Les courses suivantes sont retardées.

Enfin, c’est l’heure d’aller en pré-grille. Une lourde chaleur s’installe. Le temps est fou !

Coup de théâtre, alors que les concurrents sont fin prêts, la direction de course annonce un retard de 30 minutes car un des concurrents de l’épreuve en cours vient de vidanger son carter sur une bonne partie du circuit. Il faut procéder au nettoyage de la piste.

 

 

Tout autour de moi, ça discute, ça regarde le ciel, l’indécision est encore là, mais, peu à peu, ça commence à s’activer.

Avec ce retard, la piste séchante risque d’être complètement sèche au moment du départ. C’est alors la valse des pneus.

La tension est palpable dans cette fourmilière qui s’agite. Les groupes électrogènes donnent de la voix pour alimenter les couvertures chauffantes.

Je vois Alex qui aide à monter les pneus, le casque sur la tête. Il transpire. Ce n’est peut-être pas le meilleur moyen de se concentrer, d’autant que quelque chose bloque au moment de monter les étriers de freins.

Court instant de panique avant que tout rentre dans l’ordre. Enfin, la moto est fin prête … mais l’attente se poursuit, s’éternise.

Je scrute le ciel, aperçoit les nuages qui reviennent à la charge. Surtout pas de pluie !

 

 

C’est enfin la libération du groupe des 44 pilotes. Il était temps !

Je file à la tribune Dunlop.

C’est le départ. Alex reste prudent au premier freinage et se fait passer par deux motos, il est 19ième.

 

 

Au troisième tour, il sort 17ième de la courbe Dunlop mais se fait passer au freinage.

19ième au cinquième tour. Il a quatre pilotes en ligne de mire. C’est serré, je sens qu ’il va falloir se battre.

17ième au sixième tour.

16ième au septième tour.

 

 

Au tour suivant, il fait l’intérieur au 15ième dans la courbe Dunlop, celle qui lui fait si peur. Bravo !

Au neuvième tour, il est 14ième mais se passer au freinage par le n°12 qui le gêne à la réaccélération. C’est chaud !

De nouveau 14ième au tour suivant au coude à coude avec le n°12. Quelle belle bagarre.

La course s’achève sur une 14ième place finale.

Je rejoins Alex, il est tout sourire, heureux du déroulement de la course où il s’est donné à fond.

Manifestement, il a apprécié les bagarres avec ses concurrents directs. Avec Jérome Hazard notamment qu’il a dû éviter en mettant plein angle, sa botte gardant le souvenir d’un contact rugueux avec la piste.

Quant à moi, je suis aux anges. Qu’elle est belle, la course, quand il y a un groupe en pleine bataille.

Merci Max et Alex, chacun dans votre course, vous n’avez rien lâché et je me suis régalé à vous regarder.

D’ailleurs, Alex a réalisé un temps de 1.46.601 dans son meilleur tour en course. Il y a eu une belle évolution comparé au 1.49.007 de vendredi.

L’ambiance est joyeuse sous l’auvent.

 

 

Je dois malheureusement m’éclipser. C’est qu’il y a quelques kilomètres jusqu’à Pau ! 650 exactement au cours desquels je prends des saucées mémorables.

A un moment, j’ai cru que je roulais sur l’eau. Je savais que j’avais une bonne moto, mais de là à ce qu’elle se transforme en bateau….

6H30, plus tard, pas plus fatigué que cela, j’arrive à la maison, peut-être porté par le plaisir intense que m’a procuré ce week-end de course, mais aussi par ma Transalp, quatrième du nom, qui, dans la lignée de ses sœurs, se révèle être une machine à avaler les kilomètres dans un grand confort. Et ne dites pas que je suis subjectif, je suis juste amoureux de cette moto!